Ephésiens 2, 14-22 Lc 8, 41-56    Saint-Prix, décembre 2019

L’extrait de l’épître aux Ephésiens qui vient d’être lu nous concerne, autant qu’il a pu concerner les membres de la communauté d’Ephèse à qui s’adresse l’apôtre Paul. « Le Christ est notre paix – écrit-il, de ce qui était divisé, Il a fait une unité et Il a détruit le mur de séparation qu’est la haine. (…) Vous n’êtes plus des étrangers ni des émigrés, mais des concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu ».

Sur un plan historique, cela signifie que dans un monde ou Juifs, Samaritains et païens, vivaient, au mieux – dans une indifférence mutuelle, au pire – dans une atmosphère conflictuelle, le Christ est venu rassembler et pacifier. Les chrétiens de toutes origines, de statuts sociaux différents, ont formé une même famille où se côtoyaient riches et pauvres, esclaves et hommes libres, Juifs, Romains, Grecs et autres. Nous savons que cette vision idyllique du christianisme primitif a été, malheureusement, très vite mise à mal par les différents egos – que ce soit ceux des apôtres Pierre et Paul, ou ceux des membres des communautés qui se rattachaient à l’un ou l’autre des apôtres et s’en recommandaient. Ces frictions ont eu des conséquences limitées, moins que celles des déviations des ariens et autres hérétiques des premiers siècles du christianisme. Jusqu’au premier schisme, jusqu’à la rupture entre les Eglises d’Orient et d’Occident en 1054, les chemins empruntés par les chrétiens pouvaient être parallèles, sans que leur unité soit remise en cause. La rupture de 1054 a été suivie plus tard d’une autre, tout aussi grave, au sein de l’Eglise d’Occident, avec les conflits violents, avec les guerres de religion que l’on connaît.

Le 20-ème siècle a été progressivement marqué par une volonté d’apaisement dans les relations entre Eglises, autrefois concurrentes, maintenant sœurs. Aux yeux des catholiques nous sommes passés du statut d’hérétiques à celui de schismatiques, puis à celui de frères séparés. C’est loin d’être parfait, mais les progrès sont notables.

Cependant, pour reprendre les paroles de l’apôtre Pierre, « le Malin, comme un lion rugissant, rôdant et cherchant qui dévorer » s’est attaqué ces derniers temps, avec succès, à nous autres orthodoxes, jouant sur les ego, comme au temps des premiers chrétiens, semant la division et parfois la haine. Les chrétiens, par leurs divisions ont été un contre-exemple pendant des siècles, et voilà qu’alors que nos conflits interconfessionnels semblent être en voie de règlement, nous orthodoxes devenons des contre-exemples. Pour l’instant, nos conflits internes sont loin d’être réglés. Chacun a évidemment le sentiment d’avoir raison. Il est difficile d’échapper à l’agressivité ambiante. Alors que faire à notre niveau ? Tout en restant fermes sur nos positions, sans trahir nos convictions, essayons de calmer le jeu autant que possible. Dans nos relations avec l’extérieur, pratiquons la paix, l’entente, la fraternité, et l’ouverture qui règnent dans notre communauté – riche de sa diversité. Gardons l’esprit qui y règne. L’apôtre Paul demande aux Ephésiens « de s’intégrer à la construction (c’est-à dire à l’Eglise) qui a pour fondations les apôtres, les prophètes, et le Christ Lui-même, comme pièce maîtresse». A nous de suivre ses recommandations.

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