Parabole du riche et de Lazare   05/11/ 2017

         La parabole du riche et de Lazare est moins claire qu’il n’y paraît. Elle n’est pas, tout d’abord, une condamnation de la richesse matérielle, même si le Christ met souvent en garde contre ses dangers. La richesse est condamnable lorsqu’elle a été acquise de façon malhonnête ou quand elle est le résultat de l’exploitation d’autrui. Elle est dangereuse sur le plan spirituel quand sa recherche devient obsessionnelle. Toutes les formes de richesse – matérielle, intellectuelle ou physique peuvent devenir des obstacles à la progression spirituelle.

         La parabole du riche et de Lazare n’est pas non plus une illustration de l’incommunicabilité entre le monde dans lequel nous vivons et le Royaume auquel nous aspirons, et elle n’est certainement pas un argument contre les prières pour les défunts que l’Eglise nous propose. Nous prions pour ceux qui nous ont quittés et eux prient pour nous. L’Eglise est constituée par les vivants et les défunts qui sont tout aussi vivants, mais autrement. Vivants et défunts sont associés au cours de la proscomédie, la première partie de la liturgie, quand les fidèles viennent lire leurs dyptiques. Le célébrant prélève des parcelles dans les prosphores qu’ils apportent pour les déposer devant l’Agneau sur la patène. A la fin de la liturgie, le prêtre demande à Dieu d’effacer les péchés de tous ceux qui ont été mentionnés à la proscomédie.

         La parabole du riche et de Lazare ne signifie pas davantage que les riches sont nécessairement mauvais et que les pauvres sont systématiquement bons. La pauvreté peut, malheureusement, rendre parfois des gens mauvais, même si elle est alors une circonstance atténuante.

         S’il ne s’agit pas d’une condamnation de la richesse a priori, s’il ne s’agit pas d’un message destiné à bien séparer les vivants des défunts qui prient les uns pour les autres, de quoi est-il question ? Dans la parabole, il est question de la foi et de ce sur quoi elle se fonde. La foi est une certitude qui ne s’appuie pas sur des preuves matérielles. Sinon, elle ne serait pas la foi, mais une constatation. Les miracles ne sont jamais des preuves de l’existence de Dieu pour ceux qui ne croiraient pas. Ne serait-ce que parce que ces miracles sont peu nombreux. Tous les malades ne guérissent pas, malgré les prières de ceux qui demandent leur guérison. Encore moins de morts ressuscitent, et ce n’est alors qu’un sursis – Lazare, l’ami du Christ ressuscité par Lui, avant la Passion, a fini par mourir une trentaine d’années plus tard en Crête, dont il était devenu l’évêque, et de mort naturelle, contrairement à beaucoup de disciples, morts en martyrs. Les miracles les plus discrets, comme les plus spectaculaires, sont rarement des déclencheurs de foi pour ceux qui ne veulent pas croire, même lorsqu’ils en ont été les témoins. Le riche de la parabole avait cinq frères, et il aurait voulu que Lazare revienne sur terre pour les avertir de ce qui les attendait s’ils persistaient dans leur erreur et continuaient de vivre comme lui, le riche, avait vécu. Mais il n’y aurait eu que très peu de chances que les frères du riche croient Lazare et se convertissent.

         Dieu a créé le premier homme à Son image, Il l’a créé libre. Les descendants d’Adam, que nous sommes, avons conservé cette liberté. Nous sommes libres de croire ou ne pas croire. L’homme qui ne veut pas croire trouvera toujours une explication plus ou moins rationnelle à un miracle. Dieu ne force pas la main de ceux qui ne veulent pas de Lui. Il respecte leur liberté. La foi de l’homme qui veut croire, en revanche, est acceptée par Dieu. « Je crois, viens au secours de mon incrédulité » a dit le père d’un enfant que le Christ allait guérir. Les portes du Royaume sont ouvertes par la mansuétude divine, par la foi de l’homme ou tout au moins le désir d’acquérir la foi, par l’humilité et l’amour du prochain.

Ce contenu a été publié dans sermon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.