Dimanche du Publicain et du Pharisien, Saint-Prix 17 février 2019

Nous sommes entrés hier soir dans la période de préparation au Grand-carême, qui, en fait, a commence dimanche dernier, le dimanche de Zachée. Qu’avons nous de commun avec Zachée, et pourquoi l’Eglise nous le présente-t-elle comme un modèle à suivre ? Qu’avons-nous de commun avec le Publicain et le Pharisien ?

Zachée est riche et sa richesse a pour origine son statut de collecteur d’impôts, en chef qui plus est, et donc de voleur aux yeux de tous ses contemporains. C’est en quelque sorte un pécheur par définition. Pour ce qui est du statut de pécheurs, nous entrons tous dans cette catégorie, que nous en soyons conscients, ou non – ce qui serait grave. Un certain nombre de saints moines, un certain nombre de Pères du désert qui ont mené des vies bien plus proches de l’idéal que les nôtres, ont demandé à Dieu de rallonger leur vie, parce qu’ils estimaient ne pas s’être suffisamment repentis. Eux, n’avaient pas la conscience tranquille, comme cela nous arrive trop souvent … Qu’il soit fidèle ou membre du clergé, tout homme est pécheur, tout homme est loin de la perfection à laquelle nous sommes tous appelés. Si nous avons la conscience tranquille, nous sommes dans l’erreur. Suivons donc l’exemple de Zachée, et prenons conscience de notre imperfection, sincèrement et sans concessions.

Mais l’exemple de Zachée est à suivre aussi pour sa soif de spiritualité. Ne craignant pas le ridicule, lui, le notable, court pour voir le Christ, alors qu’un notable se déplace sans précipitation. Et encore pire, comme un gamin, il monte sur un arbre pour mieux voir. Quels efforts fournissons-nous en général sur le plan religieux, et en particulier dans le domaine de la lecture des Ecritures pour comprendre le message du Christ ? Répondons-nous toujours spontanément à l’invitation qui nous est faite d’entrer au Royaume, le temps d’une liturgie ? Une tendance lourde, dans notre monde, parmi les pratiquants occasionnels et parmi ceux qui ne sont pas pratiquants du tout, mais se disent croyants, est d’affirmer qu’il est possible d’avoir un contact direct avec Dieu et de ne pas avoir besoin d’intermédiaires. C’est une justification un peu facile.

Pour le commun des mortels, l’Eglise, peut-être trop exigeante aux yeux de certains, parce qu’elle impose des règles, apporte une aide incontournable. Son enseignement, celui du Christ, ne peut être ignoré. L’Eglise est parfaite de par l’action de l’Esprit, même si ses membres ne le sont pas. Il ne faut pas prendre pour prétexte l’indignité de certains pour excuser la nôtre. Un baptême est toujours valide, même si le prêtre qui l’a célébré est indigne. Et l’on peut se poser la question de notre propre dignité. Qui peut vraiment prétendre être digne de communier ? Personne. Heureusement, le Christ est venu sauver les pécheurs, restés humbles, les pécheurs conscients de leur état, comme le Publicain, et non ceux qui se prétendent justes, comme le Pharisien, parce qu’ils estiment suivre les commandements de Dieu, et ceux de la synagogue, puis de l’Eglise. Est juste celui qui recherche en permanence la perfection à laquelle le Christ nous appelle. Il ressort de la lecture des Evangiles et des épîtres que nous serons jugés moins sur nos résultats, car ils seront toujours insuffisants, que sur notre persévérance dans nos efforts.

N’oublions jamais que la recherche du salut est à la fois individuelle et collective, en Eglise. Et nous sommes responsables de nous-mêmes, mais aussi de notre prochain. Le péché est contagieux. La colère de l’un entraîne celle de l’autre, le péché de l’un entraîne le jugement de l’autre, or le jugement est un péché gravissime. Nous serons jugés en fonction de la façon dont nous avons jugé notre prochain. L’idée de responsabilité traverse toute l’œuvre de Dostoïevsky, pour qui elle est une évidence. Nous sommes tous responsables, y compris de ce qui a été fait par d’autres, même si nous ne sommes pas toujours coupables.

Seuls, nous ne pouvons rien. Nous avons besoin du soutien de l’Esprit, ne serait-ce que par le biais des sacrements dispensés dans le cadre de l’Eglise. Les efforts fournis porteront d’autant plus de fruits que nous serons soutenus par l’Esprit.

N’imitons pas ceux qui, influencés par le Malin pensent pouvoir obtenir le salut en dehors de l’Eglise, s’appuyant sur l’affirmation de l’apôtre Paul selon laquelle « seront sauvés les païens qui, sans avoir de loi, font naturellement ce qu’ordonne la loi ». Nous ne sommes pas des païens, puisque notre baptême nous a fait entrer dans l’Eglise.

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