Dimanche des ancêtres   Saint-Prix 12/2017

         « Heureux qui prendra part au repas dans le Royaume de Dieu », dit un convive au cours d’un repas de sabbat chez un dignitaire pharisien. Le Christ lui répond par la parabole des invités qui refusent l’invitation et sont remplacés par des pauvres. La parabole est toujours actuelle. La liturgie est une anticipation du Royaume, Royaume si souvent symbolisé par un repas dans les Evangiles. L’achat d’un champ, ou de cinq paires de bœufs, ne sont plus vraiment d’actualité et ne s’appliquent guère à nous. Mais ils peuvent être aisément remplacés par toutes les raisons que nous pouvons invoquer quand nous déclinons l’invitation qui nous est faite de participer à une liturgie.

          En privilégiant cette parabole, que tout le monde connaît et qui ne demande pas vraiment d’explications, l’on omet souvent les recommandations du Christ qui la précèdent.

           Avant le repas, le Christ avait commencé par guérir un malade et l’avait renvoyé chez lui. A ceux qui avaient assisté à la guérison, tout en gardant un silence réprobateur, parce que la guérison était faite le jour du sabbat, le Christ demande ce qu’ils auraient fait si leur fils ou leur bœuf était tombé dans un puits. Il n’obtient pas de réponse, tant les invités sont gênés, sachant qu’ils auraient alors tous enfreint les règles du sabbat. Pour être juste, il convient de préciser que lorsqu’il y a danger pour la vie, les règles du sabbat passent au second plan dans le judaïsme contemporain. Et c’était probablement aussi le cas à l’époque du Christ qui, Lui, met l’accent sur la priorité de l’amour du prochain sur tout le reste, même quand une vie n’est pas mise en danger.

            Remarquant ensuite que les invités choisissent spontanément les meilleures places, le Christ ajoute une leçon d’humilité – Il avertit ceux qui se mettent en avant : ils risquent une humiliation, si le maître de maison leur demande de s’effacer et laisser la place à quelqu’un d’autre, à quelqu’un de plus important. « Tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé » – est-il écrit dans ce passage de l’Evangile de Luc. Dans l’Evangile de Matthieu, il est dit que « les premiers, – en fait ceux qui veulent être les premiers, seront les derniers ». Et le Christ ajoute : « Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur, et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner Sa vie en rançon pour la multitude ».

           Les Pères de l’Eglise affirment que l’humilité est une condition incontournable pour entrer au Royaume. N’oublions pas que c’est l’orgueil, le manque d’humilité, qui est à l’origine de la chute du premier homme.

            Revenant enfin sur l’amour désintéressé du prochain, le Christ conseille au maître de maison « d’inviter plutôt les pauvres, les estropiés, les aveugles », parce qu’ils ne pourront rendre l’invitation, contrairement aux amis, aux proches et aux riches voisins. Les propos rapportés par l’évangéliste Luc au chapitre 6 de son Evangile sont encore plus explicites : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs en font autant. (…) Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour ». Et comme le Christ connaît notre faiblesse Il ajoute : « Alors votre récompense sera grande, et vous serez les Fils du Très-Haut, car Il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants ». En fait, la récompense réside dans l’acte lui-même.

            Dans ce chapitre 14 de l’Evangile de Luc, le Christ S’attaque d’abord au formalisme, quand la pratique de la loi prend le pas sur l’amour du prochain. Le Christ pourfend ensuite l’orgueil, quand on recherche spontanément les honneurs. Il dénonce, enfin, la bonne action faite par intérêt, quand on espère une récompense ou un retour.

             Dans une autre parabole, celle dite « du serviteur inutile », le Christ précise que nous devons faire le bien, non pour en tirer une quelconque gloire ou récompense, mais parce que c’est tout simplement notre devoir, parce que c’est ce que nous devrions faire naturellement, sans même réfléchir.

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 Ep. 5, 9-19 Lc 12, 16-21

           L’Evangile et l’épître d’aujourd’hui se complètent. Dans l’extrait de l’épître aux Ephésiens, l’apôtre Paul exhorte ses lecteurs, et nous exhorte, à vivre en « enfants de lumière ». Le thème de la lumière revient souvent dans les Evangiles. Et des saints, comme saint Séraphim de Sarov sont passés par des phases de transfiguration – la lumière immatérielle qui émanait d’eux était le signe de leur proximité avec Dieu. Les cas de transfiguration sont très rares et réservés au Christ et à quelques saints, mais il existe d’autres formes de lumière, moins spectaculaires, qui ont aussi leur importance. Dans la langue de tous les jours, lorsqu’on dit que quelqu’un ou un événement a illuminé notre journée, cela signifie que nous avons éprouvé une grande joie, une forme de bonheur. Les apôtres Pierre, Jacques et Jean ont éprouvé un bien-être extraordinaire quand ils ont été illuminés au moment de la Transfiguration du Christ.

          « Les fruits de la lumière », – écrit l’apôtre Paul, sont la bonté, la justice et la vérité ». Les chrétiens sont appelés à apporter cette lumière à leur prochain. Etre juste en langue d’Eglise, c’est observer les règles de vie qu’induisent les Ecritures, les règles qu’induit la Vérité, apportée par le Christ. La bonté au quotidien, la bienveillance permanente, concrétisées en paroles, et surtout en actes, illuminent le monde déchu dans lequel nous vivons, elles peuvent inonder de bonheur ceux qui la reçoivent, comme ceux dont elles émanent.

           « Si l’Eglise, au lieu de prétendre administrer des preuves philosophiques de l’existence de Dieu cherchait davantage à témoigner de la présence du Dieu vivant dans Sa vie et celle de Ses membres, (c’est à dire de nous) le monde athée lui prêterait une oreille plus attentive » a dit le Père Cyrille Argenti. Il ajoute : « Un culte qui ne transforme pas notre vie n’est qu’hypocrisie. » (…) « L’orthodoxie ne doit pas être une étiquette confessionnelle, mais une réalité existentielle. (…) Il n’y a pas d’orthodoxie sans orthopraxie ». Plus simplement, la foi et les œuvres sont indissociables. « Il ne suffit pas de Me dire : « Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de Mon Père qui est aux cieux » – a dit le Christ à Ses disciples.

            Dans la parabole du riche insensé l’accent est mis sur la priorité du spirituel sur le matériel. Le Christ ne dit pas que le matériel n’a aucune importance, mais qu’il vaut mieux se soucier du Royaume. Les biens amassés, le confort de vie sur terre, ne seront d’aucune utilité dans l’autre-monde, où ils ne pourront être emportés par celui qui les a acquis. Et le p. Cyrille Argenti, encore lui, ajoute que ce n’est pas la réussite que le Christ a offerte à Ses disciples, mais la Croix ».

           Quand les préoccupations d’ordre matériel prennent le pas sur tout le reste, en particulier sur la relation avec Dieu, c’est un très mauvais calcul – la durée d’une vie, même si l’on meurt centenaire est infiniment, ridiculement courte, comparée à l’éternité. Aussi difficile que cela puisse paraître, être « enfant de lumière » est une tache extrêmement difficile, car cela demande que nous allions contre notre penchant naturel à penser d’abord à nous-mêmes. Le rôle du chrétien, de « l’enfant de lumière » est d’illuminer le monde, de l’éclairer. Il est donné à tout le monde, à un moment de sa vie, d’illuminer inconsciemment son prochain, non par la pratique des bonnes œuvres, comme on le pense souvent, mais par un état de rayonnement intérieur, propre à ceux qui, ne serait-ce que quelques instants, s’oublient pour accorder, véritablement et sans calcul, la priorité à leur prochain. Et, encore une fois, l’illumination inonde de bonheur celui qui la reçoit, comme celui dont elle émane.

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Parabole du riche et de Lazare   05/11/ 2017

         La parabole du riche et de Lazare est moins claire qu’il n’y paraît. Elle n’est pas, tout d’abord, une condamnation de la richesse matérielle, même si le Christ met souvent en garde contre ses dangers. La richesse est condamnable lorsqu’elle a été acquise de façon malhonnête ou quand elle est le résultat de l’exploitation d’autrui. Elle est dangereuse sur le plan spirituel quand sa recherche devient obsessionnelle. Toutes les formes de richesse – matérielle, intellectuelle ou physique peuvent devenir des obstacles à la progression spirituelle.

         La parabole du riche et de Lazare n’est pas non plus une illustration de l’incommunicabilité entre le monde dans lequel nous vivons et le Royaume auquel nous aspirons, et elle n’est certainement pas un argument contre les prières pour les défunts que l’Eglise nous propose. Nous prions pour ceux qui nous ont quittés et eux prient pour nous. L’Eglise est constituée par les vivants et les défunts qui sont tout aussi vivants, mais autrement. Vivants et défunts sont associés au cours de la proscomédie, la première partie de la liturgie, quand les fidèles viennent lire leurs dyptiques. Le célébrant prélève des parcelles dans les prosphores qu’ils apportent pour les déposer devant l’Agneau sur la patène. A la fin de la liturgie, le prêtre demande à Dieu d’effacer les péchés de tous ceux qui ont été mentionnés à la proscomédie.

         La parabole du riche et de Lazare ne signifie pas davantage que les riches sont nécessairement mauvais et que les pauvres sont systématiquement bons. La pauvreté peut, malheureusement, rendre parfois des gens mauvais, même si elle est alors une circonstance atténuante.

         S’il ne s’agit pas d’une condamnation de la richesse a priori, s’il ne s’agit pas d’un message destiné à bien séparer les vivants des défunts qui prient les uns pour les autres, de quoi est-il question ? Dans la parabole, il est question de la foi et de ce sur quoi elle se fonde. La foi est une certitude qui ne s’appuie pas sur des preuves matérielles. Sinon, elle ne serait pas la foi, mais une constatation. Les miracles ne sont jamais des preuves de l’existence de Dieu pour ceux qui ne croiraient pas. Ne serait-ce que parce que ces miracles sont peu nombreux. Tous les malades ne guérissent pas, malgré les prières de ceux qui demandent leur guérison. Encore moins de morts ressuscitent, et ce n’est alors qu’un sursis – Lazare, l’ami du Christ ressuscité par Lui, avant la Passion, a fini par mourir une trentaine d’années plus tard en Crête, dont il était devenu l’évêque, et de mort naturelle, contrairement à beaucoup de disciples, morts en martyrs. Les miracles les plus discrets, comme les plus spectaculaires, sont rarement des déclencheurs de foi pour ceux qui ne veulent pas croire, même lorsqu’ils en ont été les témoins. Le riche de la parabole avait cinq frères, et il aurait voulu que Lazare revienne sur terre pour les avertir de ce qui les attendait s’ils persistaient dans leur erreur et continuaient de vivre comme lui, le riche, avait vécu. Mais il n’y aurait eu que très peu de chances que les frères du riche croient Lazare et se convertissent.

         Dieu a créé le premier homme à Son image, Il l’a créé libre. Les descendants d’Adam, que nous sommes, avons conservé cette liberté. Nous sommes libres de croire ou ne pas croire. L’homme qui ne veut pas croire trouvera toujours une explication plus ou moins rationnelle à un miracle. Dieu ne force pas la main de ceux qui ne veulent pas de Lui. Il respecte leur liberté. La foi de l’homme qui veut croire, en revanche, est acceptée par Dieu. « Je crois, viens au secours de mon incrédulité » a dit le père d’un enfant que le Christ allait guérir. Les portes du Royaume sont ouvertes par la mansuétude divine, par la foi de l’homme ou tout au moins le désir d’acquérir la foi, par l’humilité et l’amour du prochain.

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Résurrection d’un jeune homme à Naïn

Le mot « mystère » a deux sens qui découlent l’un de l’autre. Le premier sens est associé à toute intervention divine, à l’intervention invisible de l’Esprit au moment où les sacrements sont dispensés et au cours de la liturgie. Le second sens, plus courant met l’accent sur la notion de secret, puisque toute intervention divine est rarement perceptible par le commun des mortels et est inexplicable selon nos critères humains. L’adjectif « mystérieux » signifie alors « que l’on ne peut expliquer ». Nous ajouterons que c’est précisément là qu’intervient la foi qui permet d’accepter et d’adhérer à ce que l’on est, en général, incapable de comprendre. Au début du chapitre 11 de son épître aux Hébreux, l’apôtre Paul écrit que « la foi est une manière de posséder déjà ce que l’on espère et un moyen de connaître des réalités que l’on ne voit pas ».

En russe comme en français l’ambigüité linguistique du mot mystère et de ses dérivés est complète. Une des conséquences de cette ambigüité est la dérive courante dans le monde orthodoxe, en particulier dans le monde orthodoxe russe, où très souvent, les prières dites « secrètes », les prières « mystérieuses » sont lues en catimini par le clergé derrière l’iconostase. Le contre-sens est total, et là où ces prières ne sont pas lues à haute voix, l’assemblée est en partie privée d’une belle leçon de théologie. De nos jours, ce n’est pas si grave, les fidèles qui ne peuvent entendre ces prières peuvent toujours les lire avant les offices. Tout le monde sait lire. Et même en Russie, il est de plus en plus courant que les micros restent branchés pendant ces lectures et les retransmissions télévisées des offices permettent à tout le monde de les entendre.

Le mystère est lié à la foi. Nous devons admettre qu’il nous est impossible de tout comprendre. Nous ne devons pas reproduire la faute d’Adam qui, par orgueil, a voulu tout comprendre par lui-même, sans passer par Dieu. Et même en passant par Dieu, il y a des choses que l’on ne comprend pas. L’Evangile d’aujourd’hui met en évidence ce mystère. Le Christ croise une procession funéraire et est pris de pitié pour la veuve qui a perdu son fils unique. Il ressuscite le jeune homme. Plusieurs questions se posent. Quels ont été les critères de choix pour les guérisons que le Christ a opérées, pourquoi a-t-il fait revenir ce jeune homme à la vie et pas tous les autres, qu’Il n’a pas manqué de croiser ? La notion de mérite étant absente dans les Evangiles, la réponse à ces questions est tout, sauf évidente. C’est là qu’interviennent la foi, et l’acceptation du fait qu’on ne peut tout comprendre.

 A la question « pour quelles raisons les Juifs doivent-ils observer 613 commandements – 365 commandements négatifs ou interdits et 248 obligations ou commandements positifs », le rabbin de la synagogue de la Place des Vosges a répondu que, si une partie de ces commandements était le résultat d’une certaine logique, ce n’était pas le cas de certains autres, mais qu’il fallait tous les observer et que la compréhension complète viendrait dans l’autre monde. D’autres rabbins ajoutent que l’effort permanent que représente l’observance de ces lois apporte sa récompense et son bonheur dans leur accomplissement.

Le Père Cyrille Argenti va dans le même sens quand il dit que « dans les moments difficiles, quand on ne sait ni ne sent plus ce qui est vrai ou faux, ce qui est bien ou mal, les commandements sont alors la seule chose qui nous reste. Ce sont eux qui dans l’obscurité permettent de garder le cap ». Il est évident que les commandements dont parle le p. Cyrille sont le Décalogue – les dix commandements, et ceux qui découlent des Béatitudes.

Nous pouvons reprendre ces raisonnements et ces conclusions à notre compte. C’est cela la foi. Nous ne comprendrons sans doute jamais pourquoi des enfants naissent avec des handicaps, pourquoi certains d’entre eux ont été et continuent d’être tués dans des conflits. Nous ne comprendrons sans doute jamais pourquoi le malheur semble s’abattre plutôt sur les pauvres, pourquoi les riches semblent préservés, pourquoi la maladie frappe plutôt certains que d’autres. Le Christ a en partie répondu à l’avance à cette dernière question en disant que ce n’était pas une punition, que ce n’était pas la faute des parents, mais Il n’est pas allé plus loin dans Sa réponse. Nous avons le choix entre une révolte naturelle et la foi en la mansuétude divine. C’est la foi qui peut permettre, à la longue, de dépasser la révolte.

Il arrive que nous ne comprenions que beaucoup plus tard pourquoi une prière, qui apparaît comme étant raisonnable, semble ne pas avoir été entendue. Des justes ont obtenu des réponses à toutes ces questions grâce à leur maturité spirituelle, grâce à leur appartenance à Dieu, grâce à la proximité qu’ils ont eue avec Lui. Le mot « Saint » signifiant « qui appartient à Dieu ». Nous obtiendrons peut-être certaines réponses en ce monde, mais nous n’aurons la réponse à toutes les questions qu’après notre passage dans l’au-delà.

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Les démons et l’Esprit   Lc IV, 31-36

En chaque être humain coexistent l’Esprit, à qui nous demandons de faire Sa demeure en nous, et les forces du Malin. Chaque être humain a en lui le germe de l’Esprit Saint qui prend possession de celui qui accepte de Le recevoir. C’est ce qui se passe au cours du sacrement de baptême. Le célébrant exorcise le futur baptisé, dont il chasse les forces du Malin qui l’habitent, et l’Esprit prend ensuite toute la place au moment de la chrismation. Le problème est que notre vie d’après le baptême est marquée par une lutte permanente – nous avons constamment des choix à faire. Or les bons choix exigent des efforts, alors que les mauvais n’en demandent pas.

Dieu nous laisse entièrement libres. Quand Il nous suggère les bonnes décisions, Sa voix est discrète, et nous n’avons pas toujours envie de l’entendre. En revanche, les forces du Malin n’ont pas les mêmes scrupules et font tout pour nous séduire et reprendre, avec notre complicité, la place qu’ils ont perdue le jour de notre baptême, puis à chacune de nos confessions. Leur voix, elle, n’a rien de discret et nous l’écoutons avec intérêt. Sans l’aide de l’Esprit, le combat est perdu d’avance. Nos armes sont notre imprégnation par la Parole, le recours à la confession de nos péchés, la prière, et la communion aux saintes Espèces.

Dans le récit évangélique d’aujourd’hui, le Christ chasse un démon impur. Notre société réfute l’existence des anges et des démons. Nos tendances à faire le bien ou le mal seraient le résultat de l’activité de notre cerveau, et Dieu serait une invention destinée à nous tranquilliser. A ceux qui parlent d’opium du peuple et nient en bloc toute vie immatérielle, les Pères ont répondu à l’avance, en les comparant à des aveugles qui nieraient l’existence du soleil parce qu’ils ne le voient pas. Nous ne sommes pas tous aveugles sur le plan spirituel, mais nous sommes tous myopes, voire très myopes et sommes peu conscients de l’existence des anges – des bons, et des mauvais – des anges déchus, et des forces du Malin.

L’action de l’Esprit, doublée par celle de notre ange spécifique qui nous est attribué par Dieu, ne peut s’exercer qu’avec notre assentiment, même s’il arrive que nous bénéficiions de coups de pouce que, par ignorance, nous attribuons au hasard.

L’Eglise propose deux prières à l’ange gardien qui sont très claires :

« Ange de Dieu, mon saint Gardien, envoyé du ciel pour me protéger, je te prie avec ferveur : éclaire-moi aujourd’hui, et garde-moi de tout mal, instruis-moi dans la pratique du bien, et conduis-moi dans le chemin du salut, amen.

« Ange Saint, toi qui veilles sur mon âme misérable et sur ma pauvre vie, n’abandonne pas le pécheur, la pécheresse que je suis, et ne t’éloigne pas de moi à cause de mon intempérance. Ne permets pas au malin démon de dominer sur moi, par l’asservissement de mon corps mortel. Garde ma main faible et sans force et conduis-moi sur la voie du salut. Oui, Saint Ange de Dieu, gardien et protecteur de mon âme misérable et de mon corps, pardonne-moi de t’avoir affligé tous les jours de ma vie jusqu’à cette heure.Couvre-moi pendant la nuit présente, garde-moi de toute embûche de l’ennemi afin que je n’irrite pas Dieu par une quelconque faute. Prie le Seigneur de m’affermir dans Sa crainte et de faire de moi un serviteur digne de Sa bonté. Amen ».

Pour résumer, nous avons besoin de l’aide de l’Esprit et, pour cela, de l’intercession de la Mère de Dieu, de notre Ange Gardien, des saints, des vivants et des défunts qui prient Dieu pour nous. Et pour ne pas encourir les foudres de nos frères protestants, soyons bien conscients que l’aide vient du seul Esprit qui répond aux prières, aux nôtres et à celles de ceux qui intercèdent pour nous.

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La Croix

L’Eglise fête l’Exaltation de la Croix le 14 septembre. Il se trouve que nous ne la fêtons que très rarement dans notre paroisse, le calendrier voulant que ce soit presque toujours la communauté de Troyes qui ait une liturgie à ce moment-là. Nous sommes entre la clôture, selon le calendrier grégorien, et la fête selon le calendrier julien. C’est donc une belle occasion de revenir sur cette fête importante.

Que fêtons-nous exactement ? Un événement historique rapporté dans les chroniques. L’empereur Constantin le Grand a voulu édifier une église sur le lieu de la crucifixion du Christ. Sa mère, la future Sainte Hélène s’est rendue à Jérusalem en 326 pour essayer de trouver la Croix sur laquelle le Christ avait été crucifié.

La coutume romaine voulait que les croix soient enterrées près du lieu de supplice. La Tradition dit que, sur les indications d’un vieux juif, trois croix avaient été retrouvées, ainsi que séparément l’écriteau sur lequel il avait été écrit « Jésus le Nazoréen, roi des Juifs ». Pour savoir laquelle des trois croix avait porté le Christ, le patriarche Macaire de Jérusalem se rendit avec l’impératrice Hélène au chevet d’une femme gravement malade. Au contact de la troisième Croix, la malade fut guérie. Sur le chemin du retour, le patriarche refit la même expérience sur le corps d’un défunt que ses proches emportaient au cimetière. Le défunt revenu à la vie, une foule énorme se rassembla autour de la croix. Le patriarche monta alors sur une colline et éleva la croix pour que tous puissent la voir, la foule s’écriant : « Seigneur aie pitié ». C’est l’origine du rite de la célébration de l’Exaltation de la Croix dans nos cathédrales, quand l’évêque, au milieu de l’église, reproduit ce geste en élevant la Croix qu’il présente aux fidèles aux quatre côtés.

L’évêque commence par abaisser la croix pour symboliser notre chute à la suite de celle d’Adam, puis l’élève pour symboliser la montée vers le Royaume.

La Croix rappelle à la fois les souffrances et la mort du Christ, puis Sa Résurrection et Sa victoire sur les forces du Malin.

Au cours de la cérémonie de baptême, le prêtre fait trois fois le signe de la croix sur l’eau du baptême, en disant : « que soient écrasées sous le signe de Ta Croix toutes les puissances adverses », c’est-à-dire les forces du Malin. Le baptisé reçoit une petite croix avec ces paroles du Christ, prononcées par le célébrant : « Si quelqu’un veut venir à Ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il Me suive ».

Tout chrétien doit porter sa croix, au sens propre, comme au sens figuré.

Saint Isaac le Syrien l’explique dans ses œuvres ascétiques : « La croix est la volonté prête à accepter toute souffrance et toute douleur ». «  Il n’y a pas d’homme qui ne souffre sur la voie du Royaume. Car sans les souffrances et la tentation, il est impossible de devenir forts. Résister aux tentations est au dessus de nos seules forces. Il nous faut demander le renfort du feu divin, le demander avec humilité et constance, puis accepter l’aide de notre Seigneur ».

« N’est pas ami de la vertu celui qui lutte pour faire le bien, mais celui qui accepte avec joie les maux, les souffrances qui en résultent ».

« Le Seigneur sait qu’il est impossible à ceux qui vivent dans la quiétude de demeurer en Son amour. C’est pour cette raison que les justes sont privés du repos ». Et enfin :

« La voie qui mène à Dieu est une croix quotidienne. Nul n’est monté aux cieux en menant une vie de fraîcheur », c’est-à-dire une vie sans soucis, sans épreuves.

Dans ces paroles il y a la réponse aux questions que nous nous posons lorsque nous sommes assaillis par un sentiment de révolte suggéré par le Malin et sommes tentés de fuir la croix que le Christ nous appelle à porter. Aussi difficile que ce soit, assumons les paroles du « Notre Père : « Que Ta volonté soit faite » ! – Ta volonté et non la nôtre, quand elle ne s’inscrit pas dans les plans de Dieu.

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Calendrier prévisionnel des offices à Saint-Prix 2017-2018

Septembre: samedi 09 / dimanche 10    samedi 23 / dimanche 24

Octobre: samedi 07 (liturgie, pas de vêpres la veille)

samedi 21 / dimanche 22

Novembre: samedi 04 / dimanche 05  samedi 18 / dimanche 19

modification : attention pas d’offices les 25/26 !

Décembre: samedi 02 / dimanche 03  samedi16 / dimanche 17

Nativité : dimanche 24 à 20h00

Janvier : samedi 13 / dimanche 14   samedi 27 : liturgie à 10h00 / dimanche 28 : office d’intercession devant les reliques de Saint Prix, puis procession commune depuis notre chapelle jusqu’à l’église catholique de Saint Prix-village

Février: samedi 03 / dimanche 04 (fête paroissiale)

samedi 17 / dimanche 18  mercredi 21 : canon St André (18h30)

Mars: samedi 03: onction des malades à 18h00 / dimanche 04

vendredi 9 : liturgie des Dons Présanctifiés à 18h30  en lieu et place des offices du 10 et du 11 mars.

jeudi 22 mars à 18h30 : Lecture du canon de Saint André de Crête.

samedi 24 / dimanche 25   samedi 31 /

Avril: dimanche 01: Rameaux

Jeudi Saint : 05 (19h00) Vendredi Saint : 06 (19h00)

samedi 07 (20h30): Pâques

samedi 14 / dimanche 15    samedi 28 / dimanche29

Mai: mercredi 16 : vêpres à 18h30 + liturgie Ascension à 19h00

samedi 26 / dimanche 27 : Pentecôte

Juin: samedi 09 / dimanche10  samedi 23 / dimanche24

 

Une liturgie des Présanctifiés, une onction des malades et des panykhides seront fixées ultérieurement.

 

 

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 Rentrée ecclésiale septembre 2017 St. Prix

         Il est constamment fait référence au Royaume céleste dans les Evangiles, et dans une de nos prières les plus importantes, nous demandons au Roi céleste, à l’Esprit Saint, de venir faire Sa demeure en nous. Saint Séraphin de Sarov rappelle que toute vie chrétienne a pour but l’acquisition de l’Esprit qui, déjà en ce monde, ouvre au moins provisoirement les portes du Royaume.

         Nous avons tendance à penser que le Royaume est hors de notre portée ici-bas. C’est à la fois vrai et faux. Le baptême, suivi de la chrismation, est notre Pentecôte personnelle. Nous recevons l’Esprit Saint en nous et confirmons la présence divine par la communion aux Saintes Espèces, qui suivent notre entrée dans l’Eglise. « l’Esprit de vérité demeure auprès de vous et Il est en vous » – dit le Christ au chapitre 14, verset 17 de l’Evangile de Jean. Cette présence de Dieu en nous, dont nous n’avons, et c’est regrettable, que rarement conscience, est presque immédiatement contrariée, dès notre sortie de l’église-bâtiment, parfois avant même cette sortie. «  Les soucis du monde, la séduction des richesses et les autres convoitises s’introduisent en nous, et y étouffent la Parole » – est-il écrit dans l’Evangile de Marc. Nous chassons alors l’Esprit que L’apôtre Paul nous invite à prier en permanence, comme nous respirons, et la place est libre pour les forces du Malin. Si nous essayions de faire ce que Saint Paul demande, cela devrait nous préserver, au moins en partie, du péché. Il y a différentes formes de prières. La prière n’est pas nécessairement verbalisée, elle peut être muette. La conscience de l’omniprésence permanente de Dieu est une forme de prière.

         Dieu respecte strictement notre liberté. Il est en nous, mais Il ne nous oblige pas à L’écouter. Il attend que nous agissions de concert avec Lui – c’est ce que les Pères appellent la synergie. A nous d’agir, donc, mais comment ? En nous laissant imprégner par la Parole, avec un grand P, et en nous efforçant de la mettre en pratique.

         Le Christ dit dans une parabole « qu’Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre – nuit et jour la semence germe et grandit. (…) Quand la graine de moutarde est semée, elle est la plus petite de toutes les semences, (…) mais elle monte et devient plus grande que toutes les autres plantes potagères et il pousse de grandes branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leurs nids à son ombre ». (Mc 4, 26-32) En fait, l’arbre en question, le sénevé, dépasse rarement les deux mètres de haut, mais sa taille est immensément grande par rapport à la graine dont il est issu.

         La semence – ce sont les Ecritures. En lisant et relisant les Evangiles et les épîtres, en lisant et relisant les psaumes auxquels tous nos offices font constamment référence ; en prêtant attention aux textes lus, psalmodiés ou chantés au cours des offices, nous permettons à l’Esprit, présent en nous, de nous apporter Son soutien et commençons alors à agir avec Lui.

        Ce labeur, le joug dont il est question dans les Evangiles, ne peut être léger, comme le dit le Christ, que lorsque nous sommes attelés à la même charrue que l’Esprit qui, alors nous soutient, parce qu’Il est infiniment plus puissant que nous. Sans l’aide de l’Esprit, nos efforts seront toujours insuffisants et inefficaces. Le joug sera trop difficile à porter. Tout cela est une illustration supplémentaire des avantages de la synergie, de la coopération que Dieu propose.

         Cela ne signifie pas que nous réussirons à résister à toutes les tentations, les chutes restent inévitables. Nous sommes humains, nous sommes imparfaits, mais nous pouvons prendre conscience de notre faiblesse et de notre impuissance à progresser sur le plan spirituel sans l’aide de Dieu. Lui, est prêt à nous apporter cette aide à tout moment. Sans cette prise de conscience, sans une véritable et profonde humilité, tous les efforts, même les plus grands, seront vains, dit Saint Isaac le Syrien. Le Christ n’est pas venu sauver ceux qui pensent être des justes, et y seraient parvenus par leurs seuls efforts. Personne n’est à l’abri de la tentation du pharisianisme, dans la version que le Christ a condamnée. Il est venu sauver ceux qui se reconnaissent pécheurs, ceux qui estiment à juste titre ne rien mériter, mais ont foi en la mansuétude divine. Il est venu sauver ceux qui laissent l’Esprit agir en eux, pour réaliser ce qui est impossible aux hommes, mais est possible à Dieu.

 

 

 

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Office en juillet.

Un office supplémentaire est programmé – le dimanche 16 juillet une liturgie sera célébrée à 10h00, à l’heure habituelle. En revanche la liturgie ne sera pas précédée de vêpres le samedi soir.

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Liturgie intégrant un baptême – 2 juillet 2017

            Nous venons de baptiser la petite Victoria au cours de la liturgie. Le baptême intégré à la liturgie est l’idéal. Le sacrement n’est pas seulement l’affaire d’une famille élargie à ses amis, c’est avant tout l’affaire de la communauté qui accueille le nouveau baptisé, communauté qui représente l’Eglise tout entière. Le baptême – office privé, pourtant largement pratiqué, est donc une concession. Il est pourtant largement pratiqué par économie, car on ne peut priver un enfant d’un sacrement fondamental. Dans notre paroisse, nous proposons le baptême au cours de la liturgie aux familles dont la pratique est régulière. Le choix de baptiser un enfant est très sérieux, c’est à la fois un engagement et une adhésion. Le baptême fait entrer celui qui est baptisé dans l’Eglise et quand l’enfant est trop jeune pour comprendre ce qui se passe, ses répondants, le parrain et la marraine et ses parents s’engagent à sa place. Ils s’engagent également à lui assurer une éducation chrétienne. C’est très important.

            Pendant la première partie de l’office, pendant le catéchuménat, le futur baptisé est partiellement déshabillé, ce qui symbolise le dépouillement de la vie passée, très courte pour un bébé, de la vie d’un être humain qui n’a pas encore bénéficié de l’aide de l’Esprit. Le célébrant exorcise le catéchumène et chasse les forces du Malin – « tout esprit impur qui se cache et se tapit dans son cœur ». Le catéchumène ou son répondant renonce solennellement « à Satan, à toutes ses œuvres, à son culte et à ses pompes », puis prononce les paroles du symbole de la foi, du « credo ». L’on procède ensuite au baptême proprement dit en trois étapes – bénédiction et onction de l’eau, puis onction du catéchumène et triple immersion dans l’eau. La triple immersion symbolise la mort de l’homme ancien et sa résurrection en un être nouveau. Le p. Marc-Antoine Costa de Beauregard, ajoute une signification supplémentaire : « la triple et totale immersion dans l’eau baptismale signifie la totale immersion dans la Parole de Dieu. L’on chante – vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ ». Le Christ est le Verbe incarné, c’est-à-dire la Parole et la pensée du Père. Le fait d’avoir été immergé en Christ et de L’avoir revêtu donne accès à la chrismation, à la réception de l’Esprit ». Saint Séraphin de Sarov nous rappelle que le but de la vie du chrétien est l’acquisition de l’Esprit. Le p. Marc-Antoine ajoute, sans citer St Séraphin, que l’acquisition de l’Esprit Saint est conditionnée par notre imprégnation préalable par la Parole et par la communion aux Saintes Espèces.

            Nous sommes absolument tous concernés. L’imprégnation par la Parole – et n’oublions pas que la Parole, le Verbe de Dieu, c’est le Christ, cette imprégnation suppose une lecture régulière des Ecritures. La répétition permet de découvrir en temps voulu, ce que l’on n’a pas compris précédemment, sachant que nous ne comprendrons jamais tout. Cela explique aussi pourquoi le texte de notre liturgie est immuable. A force de l’écouter, à force de s’en imprégner, comme pour le Nouveau testament, nous permettons à l’Esprit d’agir en nous. Et la communion complète l’imprégnation « intellectuelle » par l’imprégnation physique.

            Le baptême lave l’enfant ou l’adulte de tous ses péchés. Le baptême est renouvelé à chaque confession des péchés et est consolidé par la communion. Ce n’est pas rendre service à un enfant de le baptiser si son baptême n’est pas suivi par une vie en Eglise, s’il n’assiste à aucun office avant son mariage, qui sera alors vide de sens, et donc une imposture spirituelle. L’on oublie alors que le mariage est un sacrement et non une jolie cérémonie avec de beaux chants.

            La petite Victoria a la chance d’avoir des frères, des parents et des grands-parents ecclésialisés. Elle aura toutes les armes qui lui permettront de s’engager sur la voie qui mène au Royaume, même si cette voie est semée d’embûches. A la fin de la liturgie nous demanderons à Dieu de lui accorder, ainsi qu’à tous ses proches et à la communauté qui va les entourer, la prospérité, une vie paisible, la santé, le salut et de longues années.

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