Nativité de Saint Jean Baptiste

            Nous fêtons aujourd’hui la Nativité de Saint Jean-Baptiste. L’appellation « Nativité » est réservée au Christ, à Sa Mère et à Saint Jean-le-Précurseur, celui qui a fait la jonction entre l’Ancien et le Nouveau testaments, celui qui a préparé ceux qui venaient se faire baptiser par lui dans le Jourdain à recevoir le Messie, annoncé par les prophètes.

            Saint Jean-Baptiste, l’oncle de Marie, la Mère du Christ, a institué « le baptême de conversion, demandant au peuple de croire en Celui qui viendrait après lui » – écrit Saint Luc dans les Actes des apôtres (Ac. 19, 4). C’est dans les Evangiles de Luc et de Jean que les informations sur Jean-Baptiste sont les plus complètes. Il est question de lui dès les premiers versets du premier chapitre de l’Evangile de Jean qui est lu la nuit de Pâques : « Il y eut un homme, envoyé de Dieu : son nom était Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient en Lui. Il n’était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la Lumière ». Quelques versets plus loin, l’évangéliste cite Jean le Précurseur : « voici Celui dont j’ai dit – après moi vient un homme qui m’a devancé, parce qu’avant moi, Il était ». Cela signifie que le Christ, en tant que Fils de Dieu, était préexistant, qu’Il était « Celui qui est » avant la Création, de toute éternité, et donc avant que Jean ne vienne au monde. Mais en tant que Dieu fait homme, Il est apparu sur Terre, Il est né après Jean. Et la vie publique du Christ a commencé après celle de Jean.

            Il est aussi écrit au chapitre 3 de l’Evangile de l’apôtre Jean qu’avant que le Baptiste ne soit jeté en prison et exécuté sur ordre du roi Hérode, il continuait de baptiser en même temps que le Christ, dans la vallée du Jourdain ».

          Le judaïsme avait et a toujours recours aux ablutions rituelles. Pour les Juifs, comme pour nous, l’eau a une action purificatrice. Le baptême institué par Jean était précédé d’une confession des péchés, et suivi d’une conversion, devant préparer ces baptisés de l’Ancien testament à accueillir le Christ. « Convertissez-vous, car le Règne de Dieu s’est approché – proclamait Jean-Baptiste – (…) moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi, (…) Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu ». Ces paroles étaient trop mystérieuses pour être comprises immédiatement.

          La conversion proposée par Jean, comme celle demandée par le Christ restent d’actualité. Les recommandations faites par Saint Paul dans les lectures d’aujourd’hui reprennent celles que nous entendons juste avant le début du Grand-carême. Saint Paul exhorte les chrétiens de la communauté de Rome à devenir « des esclaves de la justice, maintenant qu’ils se sont libérés du péché ». L’expression « esclaves de la justice » serait avantageusement remplacée de nos jours par « serviteurs » de la justice ». En Eglise, quand on nomme quelqu’un au cours d’un office, l’on dit le serviteur de Dieu ou la servante de Dieu, et suit le prénom. Le mot esclave a une connotation péjorative – l’on est esclave du péché, mais l’on essaie d’être serviteur de Dieu. Lorsque nous péchons, lorsque nous n’accordons pas la priorité à Dieu, nous servons les forces du Malin dont nous devenons inconsciemment les esclaves.

          Dans l’extrait de l’épître aux Romains lu aujourd’hui, Saint Paul indique la marche à suivre pour  « rejeter les œuvres des ténèbres et revêtir les armes de la lumière ». Il faut « se conduire honnêtement, comme en plein jour, sans ripailles ni beuveries, sans débauches, querelles et jalousies ». Faisons donc notre possible pour accorder la priorité à Dieu. Profitons de la pause estivale pour réfléchir à nos priorités et privilégier le spirituel par rapport au matériel. Exerçons nous à faire de notre prochain, et donc de Dieu, le centre de nos préoccupations.

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Dimanche des Saints locaux – 2-ème dimanche après la Pentecôte

         Avant la communion, le célébrant, élève l’Agneau qui va être fractionné en proclamant : « Les saints Dons aux saints ! », c’est-à-dire aux chrétiens rassemblés. Le chœur répond au nom de l’assemblée des fidèles : « Un seul est saint, un seul est Seigneur, Jésus-Christ, à la gloire de Dieu le Père. ». Le dialogue mérite une explication. Le sens de l’adjectif saint est double – il signifie « qui appartient à Dieu » et il signifie également « qui dispose des attributs de Dieu, qui est parfait ». Dans les premiers temps du christianisme, le mot saint désignait simplement les chrétiens, dans la mesure où ils affichaient leur appartenance à Dieu. Plus tard, l’Eglise a réservé le terme à ceux qu’elle propose comme modèles à l’ensemble des fidèles. Cela ne signifie pas que les saints reconnus par l’Eglise sont parfaits, mais qu’ils sont plus proches de Dieu que les autres, malgré leur imperfection. Et la manifestation de cette proximité avec Dieu est différente pour chacun d’entre eux. Dans sa liturgie, saint Jean Chrysostome met l’accent sur l’imperfection de tout être humain, y compris celle des saints – dans la prière avant la communion. Il cite l’apôtre Paul. « Je crois, Seigneur, et je confesse – est-il dit, que Tu es en vérité le Christ, le Fils du Dieu vivant, venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier ». Saint Paul, et tous les saints reconnus par l’Eglise, sont conscients de leur état de pécheurs.

        Dans la deuxième épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul écrit que « pour qu’il ne soit pas, lui Paul, enflé d’orgueil, à cause de l’excellence des révélations, (qu’il a eues), il lui a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour le souffleter et l’empêcher de s’enorgueillir. Trois fois il a prié le Seigneur d’éloigner Satan de lui, et le Christ a répondu que Sa grâce suffisait, car Sa puissance s’accomplissait dans la faiblesse ». Dieu respecte la liberté de l’homme et sa faiblesse. Il ne lui impose pas la perfection, Il ne le rend pas parfait alors que ce serait si simple. Cela pose problème à beaucoup de monde, aux chrétiens, comme aux personnes qui ne sont pas ecclésialisées. Et les athées et agnostiques demandent à ceux qui confessent un Dieu bon d’expliquer pour quelles raisons Il permet le mal dans le monde, alors qu’Il est tout-puissant. Dostoïevski, écrivain orthodoxe par excellence, évoque la question dans le dialogue entre deux frères, dans son roman Les frères Karamazov : Ivan Karamazov pose la question suivante à son frère Alexis : «  Si tu étais l’architecte des destinées humaines et désirais bâtir un monde où l’humanité trouverait le bonheur, le calme et la paix, entreprendrais-tu cette œuvre, sachant qu’elle ne pourrait être réalisée qu’au prix de la souffrance, ne fût-ce que d’un seul petit être innocent ? De cette enfant, par exemple, qui se frappait la poitrine à coups de poings ? Si l’édifice ne pouvait être bâti que sur les larmes de cette petite, si c’était une nécessité inéluctable sans laquelle le but ne pourrait être atteint, consentirais-tu encore à être l’architecte de l’univers dans de telles conditions? – Non, je n’y consentirais pas, répondit Aliocha d’une voix ferme. » La question ne trouve donc de réponse satisfaisante ni pour Dostoïevski, ni pour nous.

           La semaine dernière, l’Eglise a fêté les saints du monde entier, aujourd’hui nous fêtons les saints locaux. Dimanche dernier, l’accent a été mis sur l’universalité de l’Eglise. Ce dimanche, l’accent est mis sur les particularités locales. La conjonction des deux fêtes marque l’unité de l’Eglise et sa diversité. La diversité est parfaitement compatible avec l’unité et enrichit même cette unité. Nous sommes tous appelés à la sainteté, nous sommes tous appelés à être « le sel de la terre », chacun à sa façon. Nous en sommes loin. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Nous ne serons pas jugés sur nos résultats qui seront toujours insuffisants, mais sur nos efforts, notre persévérance, sur notre faculté à nous relever après chaque chute, sur notre volonté de progresser sur le chemin qui mène au Royaume. Et nous aurons toujours une « écharde dans notre chair » qui nous aidera à ne pas sombrer dans l’orgueil, le plus grand obstacle sur la voie du salut, et nous rappellera que sans aide de l’Esprit, nous ne pouvons rien, comme vous l’entendez souvent.

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Ascension et Pentecôte

        Ascension et Pentecôte sont deux fêtes qui forment un ensemble. L’Ascension annonce la Pentecôte, qui la couronne et la complète. L’Ascension est une séparation. Elle est, en tant que telle, source de tristesse. C’est résumé dans l’une des stichères des vêpres de la fête : « Seigneur, lorsque les apôtres T’ont vu T’élever sur les nuées, Toi le Christ, Donateur de vie, remplis de tristesse, ils se lamentaient et en larmes, ils disaient : « Maître, ne nous laisse pas orphelins, nous, Tes serviteurs que Tu as aimés dans Ta bonté, car Tu es compatissant. Mais, comme Tu l’as promis, envoie-nous Ton Esprit très Saint, afin qu’Il illumine nos âmes ».

        Les évangélistes Matthieu et Jean passent l’Ascension sous silence. L’évangéliste Marc se contente d’une phrase : « le Seigneur Jésus, après avoir parlé aux disciples fut enlevé au ciel et S’assit à la droite de Dieu ». Le seul qui ait rapporté l’événement plus en détails, dans son Evangile et dans les Actes des apôtres, dont il est également l’auteur, est l’évangéliste Luc. Dans le dernier chapitre de son Evangile, il évoque les recommandations faites par le Christ aux onze apôtres, juste avant l’Ascension, quand, dans un premier temps, anticipant la Pentecôte « Il leur ouvre l’intelligence pour qu’ils comprennent les Ecritures ». L’apôtre termine en rapportant qu’après que « le Christ a été emporté au ciel, les apôtres retournèrent à Jérusalem pleins de joie ». La compréhension des Ecritures, et de l’enseignement du Christ, n’a été ni immédiate, ni complète. Quand les apôtres demandent au Christ « si c’est maintenant le temps où Il va rétablir le Royaume pour Israël », les apôtres, commettent la même erreur que la foule qui avait accueilli triomphalement le Christ à Jérusalem avant Sa Passion,

         Pour que les apôtres soient capables « d’enseigner la Bonne nouvelle à toutes les nations », il leur fallait le soutien et l’action de l’Esprit. C’est Sa descente sur les apôtres, que nous fêtons aujourd’hui. Il est dit que « l’Esprit est descendu sous la forme de langues de feu qui se sont posées sur chacun d’entre eux. Et remplis de l’Esprit Saint, ils se mirent à parler en d’autres langues », pour être compris de tous, stupéfiant la foule, composée de Juifs et de prosélytes, c’est-à-dire de païens convertis au judaïsme. Tous étaient venus à Jérusalem de presque toutes les parties du monde connu de l’époque – Parthes, Mèdes, Grecs, Arabes d’Egypte et de Libye, et Juifs de Rome. Déconcertées par ce miracle, trois mille personnes se convertirent, les autres, préférant en rire, mettant tout sur le compte de la boisson, comme si les apôtres s’étaient enivrés.

         A notre baptême, nous avons été lavés du péché par l’eau des fonts baptismaux. Nous avons reçu l’Esprit, immédiatement après, au cours de la chrismation – les langues de feu ont été remplacées par le saint chrême dont nous avons été oints. Le don des langues, malheureusement, a été réservé aux apôtres et, semble-t-il de façon ponctuelle. Le Christ n’est plus présent parmi nous physiquement, comme Il l’a été auprès des apôtres, pendant quarante jours, après Sa résurrection. Mais Il est invisiblement présent à chacune de nos liturgies, et à chaque fois que deux ou trois sont réunis en Son Nom. Quant à l’Esprit, « Il est partout présent et Il emplit tout » – la conscience de ces présences est à la mesure de notre foi. A nous de demander la présence de l’Esprit en nous et de faire notre possible pour L’accueillir, le plus dignement possible, avec la conscience de ne pas la mériter. A nous de croire en la présence du Christ parmi nous, présence réelle, matérialisée au cours de la communion aux Saintes Espèces.

            Malgré tous les avantages qu’ils ont eu sur nous, les apôtres n’ont pleinement compris et intégré l’enseignement du Christ qu’à la Pentecôte. Nous, nous sommes dans la situation de ceux dont le Christ a dit : « bienheureux, ceux qui ont cru, sans avoir vu ». Cela signifie que tout dépend de notre foi. Ne partons pas perdants. Même si les conséquences de la chute du premier homme sont loin de faciliter notre croissance spirituelle, la miséricorde divine est là pour compenser nos doutes et notre manque de foi. Mais nous devons le désirer vraiment et nous relever à chaque chute.

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Calendrier prévisionnel des offices 2018-2019

(sauf mention contraire : vêpres à 18h00, liturgies à 10h00)

Septembre :

dimanche 9 : (pas de vêpres le samedi 8) liturgie, suivie d’agapes de rentrée, puis vêpres de la Création.

samedi 22, dimanche 23

Octobre :

samedi 6, dimanche 7

samedi 20, dimanche 21

Novembre :

samedi 3, dimanche 4

samedi 17, dimanche 18

Décembre :

samedi 1, dimanche 2

samedi 15, dimanche 16

lundi 24 : offices de la Nativité à 20h00 ou 20h30 (après consultation)

Janvier :

samedi 12, dimanche 13 : report de la Théophanie

vendredi 25, samedi 26 : liturgie, dimanche 27 : horaires et offices à préciser, ils seront fonction du pèlerinage commun avec la paroisse catholique à l’occasion de la fête de Saint Prix, évêque de Clermont.

Février :

samedi 2 : vigiles de la Sainte Rencontre, dimanche 3 : fête paroissiale, suivie d’agapes festives.

samedi 16, dimanche 17

Mars :

samedi 9, dimanche 10 : liturgie, suivie d’agapes modestes, puis des vêpres du Pardon

jeudi 14 : lecture du canon de Saint André (18h30)

samedi 23 mars : office de l’onction des malades à 18h00, dimanche 24 : liturgie

Avril :

samedi 6, dimanche 7

samedi 20 : liturgie de Lazare (10h00), vigiles des Rameaux (18h00),

dimanche 21 : dimanche des Rameaux (10h00)

jeudi 25 : offices du Jeudi saint (19h00)

vendredi 26 : offices du Vendredi saint (19h00)

samedi 27 : matines et liturgie de Pâques (20h30)

Mai :

samedi 11, dimanche 12

samedi 25, dimanche 26

Juin :

mercredi 5 : vêpres et liturgie de l’Ascension (18h30)

 

 

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Ascension 2018

Mercredi 16 Mai : vêpres de l’Ascension à 18h30, liturgie à 19h00

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2-ème dimanche de Carême 03/2018

Le récit de la guérison spectaculaire, opérée par le Christ à Capharnaüm, probablement dans la maison de l’apôtre Pierre, nous concerne directement, comme chaque page des Evangiles. L’apôtre Jacques nous demande dans son épître « de prier les uns pour les autres afin d’être guéris, car la requête d’un juste agit avec beaucoup de force ». Les justes auxquels il s’adresse sont les chrétiens de base, ceux qui observent ou essaient d’observer la Loi avec un grand « L ». Les quatre porteurs qui ont apporté le paralytique aux pieds du Christ, en passant par le toit, qu’ils ont démonté en partie, n’étaient sans doute pas des saints, ils n’étaient sans doute pas parfaits et pourtant leur prière a été entendue. Le paralytique est reparti sur ses pieds, alors que lui-même n’avait rien demandé. Les amis du paralytique ont pris l’initiative, ils ont fourni un effort, et ils l’ont fait par amour, par charité et ils ont fait œuvre de foi.

Notre paroisse est petite, nous nous connaissons tous, nous entretenons tous des relations d’amitié. L’exemple des amis du paralytique nous parle d’autant plus. Dans notre contexte, il nous est naturel, même si ce n’est pas toujours facile, de porter les malheurs, les souffrances et les fardeaux les uns des autres. L’étape suivante serait d’adopter la même attitude au-delà de notre communauté, même si cela requiert davantage d’efforts, même si cela nous est moins évident.

Il peut nous sembler que nos prières ne sont pas toujours entendues, que nous ayons prié pour les autres ou pour nous. Les miracles du Christ rapportés par les évangélistes ont été nombreux, mais ils ont été tout de même exceptionnels au sens propre. Dans l’histoire de la chrétienté, les miracles sont l’exception – l’écrasante majorité des demandes de guérison n’aboutissent pas, ou en tout cas, n’aboutissent pas au résultat escompté par ceux qui les demandent. Il est presque impossible d’expliquer pour quelles raisons des prières sont exaucées ou ne le sont pas. Parmi les malades ou les infirmes qui ont demandé ou demandent leur guérison à Dieu, il y a eu, et il y a encore certainement, des personnes qui, selon nos critères humains, mériteraient pourtant d’être guéries. « Les voies du Seigneur sont impénétrables » – a écrit l’apôtre Paul dans son épître aux Romains. Cette affirmation prend ici tout son sens.

Dans la mesure où les évangélistes ne rapportent pas les cas où le Christ aurait refusé de guérir quelqu’un, mais seulement ceux où Il a fait des miracles, l’on ne peut que tenter de trouver les raisons pour lesquelles Il a bien voulu les faire. Il est écrit qu’Il a eu pitié ou que les miracles avaient pour but de manifester la puissance de Dieu. Nous savons pourtant que les témoins de miracles peuvent être troublés dans un premier temps, avant de trouver ensuite des explications rationnelles, s’ils n’ont pas envie de croire. Et pour quelles raisons le Christ aurait-Il pitié de certains et pas d’autres ? Nous n’avons aucune réponse satisfaisante à cette question. La souffrance que l’on peut éprouver, comme celle dont on est le témoin, peuvent faire chanceler la foi. Elles sont des épreuves que l’on est appelé à surmonter.

Dans les récits évangéliques la guérison physique est presque toujours associée à la guérison spirituelle. Nous avons tendance à accorder plus d’importance à la guérison physique, alors qu’elle n’est que provisoire, alors que même une résurrection, comme celle de Lazare, l’ami du Christ, n’est qu’un sursis. La guérison spirituelle, si elle est définitive, débouche sur l’éternité, sur notre vie dans l’au-delà. Un prêtre russe du début du siècle dernier a eu une formule qui résume tout, même s’il ne pensait pas spécialement aux miracles – « notre vie sur terre ne serait que la courte préface du livre que sera notre vie dans l’éternité ».

Nous avons trop peu conscience de cela, pas plus que nous n’avons conscience de nos maladies spirituelles que les Pères de l’Eglise appellent « passions », à commencer par l’orgueil, qui nous fait précisément penser que nous n’en souffrons pas et que les passions ne nous concernent pas. Nous avons tendance à demander à Dieu de nous éviter les souffrances physiques, les ennuis matériels et à reléguer nos maladies spirituelles au second plan. Dieu n’est pas à l’origine de nos souffrances. La souffrance physique, morale ou même spirituelle, héritage de la faute du premier homme, reste un problème incontournable. Dieu agit parfois pour atténuer nos souffrances ou nous les éviter, mais trop rarement à notre goût. La souffrance a parfois des effets positifs, si elle est acceptée et assumée, si elle est sublimée, mais il ne faut jamais la rechercher. A l’inverse, elle peut avoir avoir pour conséquence un sentiment de révolte contre Dieu. Il faudrait être capable de la relativiser, dans la mesure du possible. C’est facile à dire, mais très difficile à faire.

Hier soir, au cours de l’office d’onction des malades, nous avons demandé notre guérison spirituelle. Dans le même temps nous avons également demandé la santé physique, qui dans la hiérarchie de nos valeurs occupe la première place. C’est humain, mais nous devrions inverser nos priorités. Essayons, au moins, de rétablir un certain équilibre et de placer les deux, la santé spirituelle et la santé physique au même niveau. Ce serait déjà un progrès. Et continuons de porter les fardeaux les uns des autres.

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Dimanche du Pardon, 02- 2018

            Nous entendrons tout à l’heure la prière de Saint Ephrem le Syrien. La prière a été introduite dans les offices de la semaine qui vient de s’écouler. Elle accompagne les fidèles dans leurs prières personnelles pendant le Grand Carême. Elle est dite aux offices célébrés en semaine pendant les quarante jours de carême, puis aux liturgies des Présanctifiés des trois premiers jours de la semaine Sainte qui suit. Saint Ephrem énumère quatre passions – les occidentaux parlent de péchés capitaux, il énumère des péchés majeurs, qu’il faut vaincre et quatre antidotes à ces passions, quatre vertus, qu’il faut acquérir avec l’aide de Dieu.

            L’oisiveté, la première passion évoquée, est le contraire du labeur, du travail. C’est un manque d’activité ou une activité vide de sens. L’une des conséquences de la chute du premier homme, rapportée dans la Genèse est que l’homme « se nourrira dans la peine, tous le jours de sa vie », ou plus clairement, qu’il devra « se nourrir à la sueur de son front ». Saint Paul le reformule dans sa 2-ème épître aux Théssalonissiens : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » – écrit-il. Le travail est donc une obligation. Il faut cependant distinguer l’oisiveté du repos, qui est nécessaire. Le refus de l’oisiveté ne signifie pas qu’il faille travailler jour et nuit. Il est demandé à l’homme de se reposer, de ne pas travailler le 7-ème jour. Et tous les 50 ans, les agriculteurs hébreux étaient appelés à laisser la terre se reposer, elle aussi, pendant une année. Chacun a des talents, chacun a des connaissances qu’il peut mettre à profit pour servir Dieu et servir son prochain. C’est aussi de cette façon que l’on échappe à l’oisiveté, qui pour les Pères de l’Eglise, est à la source de nombreuses autres passions, et ramollit le corps et l’esprit.

            L’abattement, la seconde passion, peut avoir des raisons objectives – le décès de proches, la maladie, des problèmes familiaux ou au travail. Le sentiment d’abandon et de solitude qui en résulte est dû au fait que nous ne mettons pas notre espoir en Dieu, mais comptons sur les autres ou sur nos seules forces, pour régler nos problèmes. Alors que le prophète David, dans son psaume 145 nous demande « de ne pas compter sur les princes, ni sur les hommes, incapables de sauver ». (…) et il ajoute : « Heureux qui a pour aide le Dieu de Jacob et pour espoir le Seigneur, son Dieu ». Nous ajoutons le Christ et l’Esprit Saint. Nous avons le droit d’être tristes, mais pas abattus, car Dieu est toujours à nos côtés. La confiance en Dieu, la foi, sont les remèdes pour lutter contre l’abattement. Mais cela n’a rien de facile en raison de notre manque de foi.

            L’esprit de domination, la troisième passion, est une des conséquences de l’orgueil. Il se manifeste à tous les niveaux, en famille, comme dans les relations avec notre prochain, quand l’on veut avoir du pouvoir sur autrui, quand on veut obtenir quelque chose par la force sur les plans matériel, intellectuel ou même affectif. « Le pouvoir n’est positif que dans une perspective de service – a dit le patriarche Cyrille de Moscou dans une homélie. Il n’est pas mauvais en soi, mais quand il est détourné au profit de quelques uns, quand il ne sert que les besoins de celui qui en est détenteur, il est source de péchés ».

            Les vaines paroles, enfin, la quatrième passion, peuvent sembler, à tort, inoffensives. Les ragots, les calomnies, les paroles désagréables ou méchantes peuvent pourtant avoir de lourdes conséquences. Et il est écrit dans les Evangiles que nous aurons à répondre de chaque parole que nous aurons prononcée. N’oublions pas que la parole est ce que nous distingue de l’animal. Chacune des étapes de la Création rapportées dans la Genèse commence par ces paroles : « Dieu dit » et suit ce qui a été créé. Quand Dieu crée l’homme à Son image, Il lui donne la parole que l’homme et Dieu ont alors en commun. En tenant des propos futiles, dénués d’intérêt, nous détournons cette faculté qui nous a été offerte, nous la rabaissons. Le Christ est désigné comme le Verbe de Dieu. Ce sont les premiers mots de l’Evangile de Jean : « Au commencement était le Verbe, (…) et le Verbe était Dieu ». La Parole avec un grand P est le message du Fils de Dieu. Il ne nous est pas demandé de faire vœu de silence, comme dans certains ordres monastiques, mais de faire attention à ce que nous disons et ne pas rabaisser le don que nous avons reçu, il nous est demandé d’en faire usage avec sobriété.

            Venons-en aux vertus dont il est question dans la prière de Saint Ephrem.

           Nous demandons à Dieu de nous accorder l’esprit d’intégrité, la première vertu citée par Saint Ephrem. Dans certaines versions de la prière, l’intégrité est réduite à la chasteté. En fait, la traduction exacte est « totale intégrité ». Le père Alexandre Schmemann explique que dans cette prière nous demandons au Christ de « restaurer notre intégrité en nous redonnant la vraie échelle des valeurs, en nous ramenant à Dieu ».

          L’humilité, la seconde vertu, est, dans la version en slavon, traduite mot à mot du grec ancien, est la « sagesse dans l’humilité ». Le mot humilité et ses dérivés font problème à notre époque. L’humilité est synonyme de « faiblesse ». Ni l’une, ni l’autre ne sont valorisées de nos jours. Le mot « humiliation » et le verbe « humilier » ont une forte connotation négative. Et l’adjectif « humble » est le plus souvent dépréciatif, sauf en langue d’Eglise. Dans la liturgie de Saint Basile, célébrée pendant le Grand carême, il est dit que « bien qu’étant Dieu dès avant les siècles, le Christ est apparu sur terre et a vécu parmi les hommes, qu’Il S’est anéanti Lui-même, en prenant la forme d’un serviteur, Se conformant à notre corps de faiblesse pour nous rendre conformes à l’image de Sa gloire ». L’une des caractéristiques du Christ est Son humilité. Il n’est pas né dans un palais. Il a vécu dans une famille dont le père était un modeste artisan et Il est mort entre deux brigands. La faiblesse assumée par le Christ n’a pas grand-chose à voir avec la nôtre, pourtant, dans sa 2-ème épître aux Corinthiens, Saint Paul affirme : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Tous les Pères de l’Eglise ajoutent que l’humilité est une condition incontournable pour notre entrée au Royaume.

          La patience est la troisième vertu. Chez l’apôtre Jacques, il est question de persévérance dans les efforts. La « patience » de la prière de Saint Ephrem est aussi un état d’esprit positif qui se manifeste par l’absence de réaction négative au mal subi et par la confiance en Dieu en toutes circonstances – ce qui est loin de nous être naturel.

         L’amour, enfin, la quatrième vertu. « Tu aimeras ton prochain, comme toi-même » a dit le Christ reprenant une phrase du Lévitique. « L’amour couvre une multitude de péchés », écrit L’apôtre Pierre dans sa première épître, détournant une citation du livre des Proverbes. (« La haine provoque les querelles, mais l’amour ne tient pas compte des fautes ».) L’apôtre Paul ne dit rien d’autre au chapitre 13 de sa première épître aux Corinthiens où il explique que, sans amour, toutes nos bonnes œuvres ne serviront à rien et que de la foi, de l’espérance et de l’amour du prochain, c’est l’amour qui est le plus important. L’apôtre Jean parvient à la même conclusion dans sa première épître.

         La dernière phrase de la prière de Saint Ephrem résume tout ce qui a précédé : « Oui, Seigneur et Roi, donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère ».

         L’importance et la pertinence de la prière de Saint Ephrem ne sont pas à démontrer. C’est pour cette raison qu’elle est répétée au cours des offices de carême. Dans la mesure où il nous est difficile de suivre les offices de carême en semaine, essayons de la dire et la mettre en pratique aussi souvent que possible.

 

 

 

 

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Dimanche du Fils Prodigue Saint-Prix, le 4 février 2018   Lc XV, 11-32 – Homélie du père André Fortounatto

        La parabole nous présente deux frères. Elle s’étend longuement sur le cadet, qui est un prodigue – dépensier, irréfléchi, ingrat. Il ne calcule pas, bien au contraire, incapable d’esprit de suite qu’il est. Mais son fond n’est pas mauvais ; il garde du cœur. Il s’est exilé loin de son Père. La sévérité de l’épreuve le ramène à la pensée du Père. Il a préparé un discours de retour, l’aveu de sa faute : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi ». L’épreuve a ouvert son cœur sur ce qui avait été un mouvement d’égoïsme, d’ingratitude et d’inconscience.

        Le Père accueille son fils dans la joie, sans un reproche, sans question humiliante. Bien au contraire, il lui rend robe, anneau et sandales, signes de ses prérogatives d’autrefois. Et il fait sacrifier le veau gras, en signe de communion retrouvée.

        Le portrait de l’aîné révèle colère, jalousie et agressivité. En affirmant qu’il sert son père depuis tant d’années et n’a jamais transgressé ses ordres, il se situe par rapport à lui dans une relation qui détermine le devoir plus que l’amour. Son attitude de juste renvoie à celle des pharisiens et des scribes. Comme eux, il manifeste la distance qui le sépare du prodigue en nommant son péché : « il a mangé ton bien avec des prostituées », et en le désignant comme « Ton fils que voilà » – et non « son frère ». Il accuse son père de favoritisme et, au bout du compte, lui reproche « d’avoir tué le veau gras », de manger et de festoyer avec celui qui n’est qu’un pécheur.

          En l’approche du Carême, il nous appartient de nous inspirer de cette parabole. Faire retour au Père, savoir se repentir, réintégrer la maison du Père. Mais à la condition nécessaire et préalable de nous réconcilier avec nos frères, de pardonner et d’accueillir, et ayant pardonné, d’oublier et de reconstruire.

        C’est là que nous trouvons tout encouragement dans les paroles du Père. Si au cadet le Père ne parle pour ainsi dire pas, il déclare à son retour : « Mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie. Il était perdu et il est retrouvé ». Voici la joie de Dieu, la joie du berger qui retrouve la brebis perdue, la joie du ciel qui se réjouit pour un pécheur sauvé, la joie de notre Père, qui « ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il vive ». C’est la reconnaissance de cet amour qui doit ramener en ce carême tous nos cœurs à Dieu.

        Mais avec l’aîné, le Père, c’est-à-dire Dieu, a des paroles littéralement extraordinaires : « Toi, mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ». Nous restons confondus de stupeur devant une telle confession. L’aîné, bien que vivant auprès du Père, est en réalité au plus loin de lui ; mais aux yeux du Père, l’aîné reste toujours aussi proche lui, aussi baigné de son amour, aussi entouré de sa tendresse. Affection, amour, ne sont que des mots pour dire qu’entre le Père et l’aîné, en dépit de l’attitude de celui-ci, il existe un lien indestructible qui est précisément ce foyer d’amour du Père.

       Ce n’est pas tout. « Tout ce qui est à moi est à toi ». Quelle communauté ! Ou plutôt, quelle unité entre le Père et son fils ! Alors, pourquoi cette jalousie de l’aîné pour le cadet ? Ce que le Père a fait pour l’un ne retire rien à l’autre. Il fallait l’étroitesse d’esprit, la sécheresse de cœur de l’aîné pour ne pas le comprendre. « Tout ce qui est à moi est à toi » ! On ne retrouve des mots pareils que dans la prière sacerdotale de Jésus, dans la confidence que fait Jésus à Ses disciples de l’unité d’amour qui le lie à Son Père : « Tout ce qui est au Père est à Lui ». Mais aujourd’hui c’est pour nous que Jésus rapporte cette parole, ce secret plutôt, qu’Il partage avec Dieu Son Père.

        La parabole du Fils prodigue révèle le plus extrême de l’amour du Père pour nous, un amour qui se fonde, qui s’enracine même dans l’amour qui unit Jésus à Son propre Père. Oui ! Jésus est Fils par nature du Père, et partage tout avec Lui. Mais s’Il S’est incarné, c’est bien pour faire de nous des fils par adoption, pour nous révéler que, comme Lui, nous recevons la plénitude de l’amour du Père.

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Début du triode de carême Saint-Prix janvier 2018

Nous sommes entrés dimanche dernier dans le Triode de carême. Le Grand carême est précédé de cinq dimanches qui le préparent. Le dimanche de Zachée a été le premier de ces cinq dimanches. Demain ce sera le dimanche du Publicain et du Pharisien. Chacun des Evangiles de ces dimanches met l’accent sur un ou plusieurs types d’efforts que nous sommes appelés à fournir pendant cette période, pour nous préparer à fêter dignement la Résurrection du Christ. Mais la Résurrection est également commémorée tous les dimanches. Il serait donc souhaitable que nos efforts soient permanents. Les différents carêmes, répartis sur toute l’année liturgique, sont des rappels, sont des incitations à s’en souvenir.

Le pauvre Zachée, dont il a été question, souffre de trois handicaps – un handicap physique, qui peut sembler anecdotique : il est vraiment petit de taille, ce qui dans le cas de Zachée a pourtant de l’importance. Il souffre d’un handicap moral – il éprouve un sentiment latent de culpabilité, et il souffre en plus d’un handicap social, conséquence de sa culpabilité : il est détesté par les habitants de Jéricho, parce qu’il est un collecteur d’impôts, un collecteur malhonnête qui détourne une partie de l’argent collecté. Et il est aussi un traître, un collaborateur au service des Romains pour qui il prélève ces impôts. Mû par la curiosité, Zachée veut voir le Christ. Il surmonte son premier handicap, il n’a pas peur du ridicule et grimpe sur un arbre. Nous sommes incités à faire preuve de la même curiosité, ne serait-ce qu’en lisant les Ecritures. Rien n’empêche de consulter également des ouvrages spirituels écrits par des Pères de l’Eglise ou des auteurs contemporains. Et nous sommes incités aussi à ne pas avoir honte de notre foi, à l’assumer dans une société qui n’est plus vraiment chrétienne et où la foi est souvent ridiculisée.

Quand le Christ remarque Zachée sur son arbre, Il S’invite chez lui. Zachée est complètement retourné par l’honneur qui lui est fait, honneur qu’il est conscient de ne pas mériter. Il se repent, et promet de se corriger et de réparer tous les torts qu’il a eus envers les gens qu’il a volés. Son sentiment de culpabilité va s’envoler. En langue d’Eglise, il s’est converti, il s’est tourné vers Dieu. Zachée règle aussi le problème de son handicap social. L’on peut supposer que sa conversion et le remboursement de l’argent qu’il avait détourné aura au moins augmenté sa popularité.

Nous avons un certain nombre de points communs avec Zachée. Comme pour lui, Dieu fait toujours le premier pas vers nous, nous sommes invités, sans que nous le méritions. Nous refusons souvent de le remarquer, parce que cela ne nous arrange pas, parce qu’il faudrait modifier notre mode de vie. Nous sommes ici, cela signifie que nous répondons partiellement à l’invitation de Dieu. Mais notre baptême, notre fréquentation des offices, ont-ils changé notre vie, comme la rencontre de Zachée, le futur premier évêque de Césarée, comme sa rencontre avec le Christ a changé la sienne ? Répondons honnêtement à cette question.

Notre handicap à nous, c’est notre état de pécheurs, et de pécheurs en connaissance de cause, même si nous n’allons pas jusqu’à suivre l’exemple du Publicain, encore un collecteur d’impôts, qui se sent tellement coupable qu’il n’ose entrer dans le Temple pour y prier. Mais nous pouvons être aussi des pécheurs qui s’ignorent, ou qui préfèrent ignorer leur état, si nous estimons que nous sommes plutôt meilleurs que la moyenne, parce que, comme le Pharisien de l’Evangile de demain, il nous semble que nous faisons tout à peu près comme il faut : nous fréquentons les offices, nous ne volons pas, nous évitons de faire du mal à notre prochain et pratiquons ainsi l’autosatisfaction, aux antipodes de l’humilité préconisée par le Christ, comme condition à l’entrée au Royaume.

Les situations de Zachée, comme celles du Publicain et du Pharisien, peuvent sembler éloignées des nôtres. Elles ne le sont pas tant que cela. En proposant ces extraits de l’Evangile, l’Eglise nous appelle à prendre conscience de notre état de pécheurs, à fournir des efforts pour nous rapprocher le plus possible de la perfection que Dieu attend de nous. Elle nous appelle à réparer les torts que nous avons eus envers notre prochain. Elle nous appelle aussi à prendre conscience qu’il nous faut laisser l’Esprit agir en nous. Nos péchés chassent régulièrement le Roi céleste, le Consolateur, que nous avons reçu après notre baptême, au moment de la chrismation. Sa présence en nous est renouvelable à chaque confession des péchés qui L’ont chassé.

Profitons de la période de préparation au carême et du carême lui-même pour opérer un retour vers Dieu, utilisons ce temps et les possibilités que nous offre l’Eglise pour nous convertir.

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Début du carême de Noël 11/2017

            Nous sommes entrés mardi dernier dans la période du carême de Noël, période de préparation spirituelle qui s’appuie sur une ascèse physique. Il est souvent dit que les efforts matériels sont secondaires, et que les efforts dans le domaine spirituel, eux, priment sur tout le reste. Sur quoi devrions nous alors faire porter nos efforts en priorité ?

           Nous sommes tous sous l’emprise potentielle ou effective du démon, nous sommes tous atteints par des maladies spirituelles que nous devons combattre. Ces maladies que les Pères de l’Eglise appellent « passions », et dont nous sommes les victimes le plus souvent consentantes, seraient au nombre de huit. Nous allons en évoquer six qui concernent tout le monde : l’orgueil, l’avarice, terme réducteur pour ce que les Pères appellent la philargirie, la tristesse, la colère, la crainte et l’acédie.

           L’orgueil, et l’amour égoïste de soi, sont à la source de toutes les autres passions, de toutes les autres maladies spirituelles. L’orgueilleux s’estime et s’admire lui-même. Il attend les louanges des autres. Il a la prétention de tout savoir et est incapable de voir ses propres défauts. Il s’attribue les mérites de ses qualités, oubliant qu’elles viennent de Dieu. Il juge son prochain en permanence. Il recherche la vaine gloire. Il est fier des biens matériels qu’il possède. Il est fier de sa beauté ou de ses capacités intellectuelles ou artistiques. L’orgueil, c’est le désir d’être vu, considéré, estimé, honoré, flatté par les autres. C’est également l’amour du pouvoir, la volonté de domination, la recherche d’une situation ou d’un rang social plus élevé. C’est aussi le désir d’être admiré pour son ascèse, pour ses vertus. « Dès que l’homme se glorifie de ses vertus, il cesse aussitôt d’être vertueux » – rappelle Saint Jean Climaque. L’orgueilleux, enfin, se croit et se sent supérieur aux autres, il rabaisse son prochain, le méprise, le juge, le critique. Et il ne croit qu’en ses propres forces.

         La philargirie est l’attachement à l’argent et à toutes les formes de richesse – matérielle, intellectuelle ou même spirituelle. Elle est jouissance de la possession, volonté de conserver ses biens à tout prix, réticence à partager quoi que ce soit, volonté de posséder davantage, avidité, envie, convoitise, cupidité, avarice. Les Evangiles mettent souvent en garde contre les dangers de la richesse. Pour être sauvé, le riche, que ce soit sur les plans matériel, intellectuel ou spirituel doit partager et il ne doit pas être obsédé par sa richesse.

         La tristesse qui fait pleurer l’homme conscient de ses péchés, de son éloignement de Dieu est un bien. Elle est même nécessaire à son salut. La tristesse causée par la perte de biens matériels, l’insatisfaction des désirs dans tous les domaines non spirituels est une passion.

         La colère-vertu a été donnée à l’homme pour l’aider dans sa lutte contre les tentations et contre les forces du Malin. La colère devient une passion quand elle est détournée de sa fonction première, quand elle est retournée contre le prochain et parfois même contre Dieu. La colère-passion regroupe toutes les manifestations d’agressivité, rentrées ou ouvertes : le ressentiment (c’est-à-dire la colère entretenue), la rancune, la haine, l’hostilité, l’inimitié, la méchanceté, la mauvaise humeur, la manifestation de son irritation, les moqueries, l’ironie, la volonté de nuire à son prochain, la joie mauvaise (quand on se réjouit du malheur de quelqu’un), le manque de compassion, quand on ne partage pas la tristesse de son prochain à qui il est arrivé un malheur, et enfin, le refus de partager le bonheur d’un autre.

          La crainte, la crainte de Dieu, primaire, quand c’est la crainte du châtiment divin, ou la crainte de Dieu supérieure, quand c’est la crainte d’être séparé de Lui, de L’avoir contrarié, cette crainte est une vertu. La crainte-passion est le résultat d’un manque de foi. Elle est le signe d’un trop grand attachement au Monde, à la vie matérielle. Elle se manifeste par la peur, l’anxiété, l’angoisse. La crainte de la douleur, conséquence de la chute d’Adam, est naturelle et n’est pas répréhensible. Le Christ, totalement homme (sauf pour ce qui est du péché) a éprouvé de l’angoisse avant Sa Passion.

         L’acédie, enfin, est un état de paresse, d’ennui, de dégoût, de lassitude, d’abattement, de découragement, de nonchalance, de négligence, de laisser-aller et de tristesse. C’est une insatisfaction vague et générale que rien de précis ne motive. Cette passion est dangereuse parce qu’elle rend mou et sans courage, en particulier dans le domaine des efforts spirituels. « A quoi bon faire des efforts, puisque de toutes façons je n’y arriverai pas », … dit et pense celui qui est atteint par cette passion. Elle rappelle la tiédeur fustigée dans les Evangiles. Cette passion est répandue de nos jours, en tout cas dans les pays riches.

           Voilà au moins six domaines dans lesquels nous sommes appelés à faire des efforts. Ceux qui disent que les efforts matériels sont moins importants que les efforts spirituels ont raison, mais l’ascèse physique et la prière, soutiennent les efforts spirituels, qui eux sont bien plus difficiles à fournir. Et lorsque nous négligeons l’ascèse physique, accordons-nous réellement la priorité aux efforts spirituels. Nous sommes habituées à nos passions, à nos maladies spirituelles, et les trouvons même parfois confortables. Ne refusons pas l’aide de l’Esprit pour les chasser et demandons Lui de nous aider à les vaincre.

Classification et définitions adaptées à partir de l’ouvrage de Jean-Claude Larchet : Thérapeutiqe des maladies spirituelles

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