Vêpres du samedi 28 mai supprimées

Attention ! Les vêpres de ce samedi sont supprimées, la liturgie du dimanche 29 est évidemment maintenue.

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Dimanche des rameaux

         L’Eglise a fêté hier la Résurrection de Lazare et aujourd’hui l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem. Les deux événements sont liés dans notre calendrier liturgique. Ils marquent la fin du Grand carême qui s’achève ce soir, juste avant le début de la Semaine de la Passion.

         Mgr Kallistos Ware a écrit que « le rôle du christianisme n’était pas de fournir des réponses faciles à nos questions, mais de nous faire prendre conscience progressivement du mystère ». Et il a ajouté que « par mystère, nous n’entendions pas simplement le surprenant, l’énigme ou le problème insoluble, mais qu’un mystère était, au contraire, quelque chose qui était révélé à notre entendement, mais que nous ne comprenions jamais pleinement, parce qu’il nous menait à la profondeur, à l’obscurité de Dieu. Nos yeux étant à la fois fermés et ouverts ».

          L’humanité du Christ, associée à Sa divinité est un de ces mystères. Ses disciples ont accompagné quelqu’un qui était vraiment homme et, jusqu’à la Résurrection, ils ne sont pas allés plus loin. Ils n’ont vraiment compris tout ce que le Christ avait dit qu’après Sa Résurrection. Pour ce qui est de Lazare – le Christ a commencé par annoncer que sa mort ne serait que provisoire, que « sa maladie n’aboutirait pas à la mort, mais servirait à la gloire de Dieu ». Ces paroles avaient été accueillies avec scepticisme. Comment un homme pouvait-il tenir de tels propos ? Le Christ aurait pu guérir Lazare encore vivant, comme Il l’avait fait pour beaucoup d’autres, mais une résurrection après plusieurs jours de mort clinique paraissait inconcevable. Le Christ-homme a pleuré Lazare, le Christ-Dieu l’a fait revenir à la vie. Les sœurs de Lazare et les disciples avaient compris qu’Il était certes un homme, mais pas comme les autres. Les miracles dont ils avaient été les témoins indiquaient qu’Il était un peu plus qu’un homme normal, qu’Il était sans doute le Messie, le roi que les Juifs attendaient. La résurrection de Lazare les a étonnés, mais confortés. La foule qui L’a accueilli triomphalement à Jérusalem a partagé cette opinion.

        La crucifixion du Christ et Sa mort sur la Croix ont eu raison de l’enthousiasme des habitants de Jérusalem, et ont plongé les apôtres dans le désespoir. L’enseignement du Christ, Ses miracles, Sa Transfiguration sur le Mont Thabor, les annonces de Sa mort et de Sa résurrection n’ont pas suffi. Les disciples ont perdu la foi au pied de la Croix. Sans la Résurrection, ils n’auraient jamais cru en Sa divinité.

           La foi en la divinité et l’humanité du Christ a été une certitude pour les témoins directs, pour ceux qui L’ont rencontré et ont pu Le toucher après la Résurrection. Pour les générations qui ont suivi jusqu’à notre époque, la certitude des témoins a été remplacée par la certitude de la foi. Cette certitude n’a pas été partagée par tout le monde. Des hérésies sont nées, certains ont nié soit la divinité, soit l’humanité du Christ. C’est là que nous sommes rattrapés par la notion de mystère. Comment un Dieu peut-Il Se faire homme, comment peut-Il S’incarner ? Comment peut-Il être à la fois complètement homme et complètement Dieu ? Quelles sont les interférences entre Sa divinité et Son humanité, en particulier dans Son enfance ? Comment un Dieu peut-Il passer par l’étape de la mort ? Voilà un certain nombre de questions qui dépassent notre raison et auxquelles il nous est très difficile de répondre. Mais est-il vraiment utile de se poser ces questions ?

         Notre foi n’est pas une certitude logique. Nous sommes invités à intégrer l’enseignement du Christ développé dans les Evangiles, à adhérer à la foi de l’Eglise et surtout à la vivre. Les Evangiles ont admis la possibilité d’une coexistence de la foi avec le doute. C’est même la norme pour la plupart d’entre nous, comme cela l’a été pour les apôtres. Cette coexistence a été résumée par les paroles du père qui demandait au Christ la guérison de son enfant : « Seigneur, je crois, viens à l’aide de mon manque de foi ». N’hésitons pas à reprendre cette prière à notre compte.

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Le samedi 16 avril une panykhida sera célébrée à la mémoire de Philippe Aristide à 11h00.

Il n’y aura pas d’autres offices – ni de vêpres le soir, ni de liturgie le lendemain, le recteur de la paroisse célébrant à Troyes.

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4-ème dimanche de carême 2016

 Nous sommes à mi-parcours sur le chemin qui mène à la fête de la Résurrection du Christ. Le Grand carême est un temps de prière, de jeûne et de méditation. C’est une période pendant laquelle nous essayons de vivre comme nous devrions vivre en permanence, imitant en cela ceux qui ont adopté le mode de vie monastique. Faisons le point sur notre vie. En quoi nous distinguons-nous de ceux qui ne sont pas chrétiens ? En quoi nous distinguons-nous de ceux qui sont chrétiens, mais dont le chemin est plus ou moins différent du nôtre, alors que nous allons dans la même direction ? Et enfin, sommes-nous vraiment ecclésialisés ?

L’ecclésialisation de la vie, l’ecclésialisation de notre vie, préconisée par nos prédécesseurs dans l’Archevêché, fait partie de l’héritage que nous avons reçu du Concile de Moscou de 1917-1918. Les participants à ce Concile ont eu juste le temps d’envisager un certain nombre de réformes. Certaines visaient à corriger les dérives imposées par Pierre le Grand. Le Concile a, entre autres, rétabli le Patriarcat que le tsar et empereur avait supprimé pour transformer l’Eglise en une administration à son service. Les autres réformes n’ont pu être mises en œuvre, mais les réflexions amorcées au cours du Concile ont été poursuivies dans l’émigration qui a mis l’accent sur le concept d’ecclésialisation.

 La racine du mot ecclésialisation est « ecclesia » – « église » en grec. L’Eglise est cette construction mystique dont le Christ est la tête et les vivants et les défunts sont le corps, Elle est aussi l’institution humaine, fondée par le Christ. L’ecclésialisation de notre vie est notre participation à cet édifice à la fois mystique et humain, dans le cadre des offices et ensuite dans notre quotidien. L’ecclésialisation est un mode de vie, complété par une prière, par un dialogue avec Dieu à la fois individuel et collectif.

Quelle part accordons-nous au « je », à « l’individuel », quelle part accordons-nous au « collectif », au « nous » et à l’Eglise-institution ? Cette question ne se pose pas seulement dans la mouvance protestante, elle se pose malheureusement aussi chez nous. La tentation est grande de vouloir se passer de l’Eglise-institution et de se contenter du « je ». La tentation est grande de se passer d’intermédiaire, avec l’illusion que l’on peut avoir, tout seul, une relation directe avec Dieu. Dans la prière que le Christ nous a léguée, nous utilisons largement la première personne du pluriel – nous nous adressons à « notre Père », nous Lui demandons de « nous donner notre pain de ce jour », « de nous pardonner nos offenses, de ne pas nous soumettre à la tentation, de nous délivrer du Malin ». Dans la prière à l’Esprit Saint, dans la prière au Roi céleste, nous Lui demandons de « venir faire Sa demeure en nous, de nous purifier de toute souillure, de sauver nos âmes ». Dans ces deux prières, il ne s’agit pas d’un « nous » de majesté, du « nous » qui autrefois était d’usage dans les dissertations en cours de français. Il s’agit d’un « nous » collectif.

Le Christ a dit à Ses disciples que « là où deux ou trois seraient réunis en Son Nom, Il serait au milieu d’eux ». C’est en s’appuyant sur ces paroles qu’au cours de la liturgie, le célébrant annonce aux fidèles : « le Christ est parmi nous » et qu’ils répondent : « Il est et Il sera ». Que ce soit dans les litanies ou dans presque toutes les prières, la 1-ère personne du pluriel prédomine très nettement sur la première du singulier. Le « nous » prime sur le « je ». Nous ne passons au « je » qu’à deux moment de la liturgie : dans le credo : « Je crois en un seul Dieu, (…) en un seul Seigneur, (…) en l’Esprit Saint, (…) en l’Eglise (…), Je confesse une seul baptême, (…) j’attends la résurrection des morts ». Nous passons aussi au « Je » dans la prière avant la communion : « Je crois et je confesse, (…) Je Te prie donc, aie pitié de moi et pardonne-moi mes fautes volontaires et involontaires », et ainsi de suite, jusqu’à la fin de la prière. Le « je » est la marque d’un engagement personnel. Mais nous nous engageons tous ensemble.

Quelles conclusions peut-on tirer de tout cela ? La foi ne peut être qu’individuelle, mais elle n’a aucun sens si elle est égocentrique. C’est pourquoi la prière doit également impérativement être collective. On ne peut faire fi de son prochain. D’ailleurs, un prêtre orthodoxe n’a pas le droit de célébrer seul. L’Esprit est, certes, présent en tout lieu, et la prière individuelle est nécessaire et incontournable. Mais le Christ nous demande de la compléter par une prière collective, dont nous ne pouvons faire l’économie. L’une ne va pas sans l’autre. Et la vie spirituelle est plus que bancale, si l’on privilégie la prière individuelle, si l’on estime que l’on peut se passer de la prière collective en Eglise.

Dans la liturgie de Saint Basile nous prions pour ceux qui se sont absentés pour « de justes raisons », pour des raisons de santé ou de force majeure. Cela veut dire que dans la plupart des cas, quand nous n’allons pas aux offices pour « convenances personnelles », pour ne pas dire autre chose, nous nous mettons en dehors de l’Eglise (avec un E majuscule). Le carême est là pour nous aider à retrouver le bon chemin, essayons d’en tirer profit, sans oublier que dans notre paroisse le régime est léger par rapport aux normes orthodoxes en vigueur. Gardons à l’esprit que les offices nous apportent plus de bienfaits qu’ils ne nous demandent d’efforts.

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2-ème dimanche de carême Mc 2, 1-12 Jn 10, 9-16

Le miracle dont il est question dans l’Evangile d’aujourd’hui a été également rapporté  par les évangélistes Luc et Matthieu dans les deux autres évangiles synoptiques. Les miracles opérés par le Christ sont parfois spontanés – Il Lui arrive de prendre un infirme en pitié et de le guérir, sans qu’une demande ait été formulée. Mais le plus souvent, Il répond à la supplication de la personne qui souffre ou à celle de ses proches, de ses parents ou, tout simplement, de ses amis.

Le paralytique a été porté par quatre amis qui sont allés jusqu’à démonter le toit d’une maison pour réussir à s’approcher du Christ. Les commentateurs pensent qu’il s’agissait de la maison de l’apôtre Pierre. Il est évident que le paralytique avait vraiment envie de remarcher, mais il ne devait pas trop croire en la possibilité d’une guérison. Ce n’est pas sa foi qui a été à l’origine de sa guérison miraculeuse, en tout cas, il n’est question de cette foi dans aucune des trois versions des Evangiles. La guérison a été obtenue à l’initiative de ses amis, elle a été le résultat de la puissance de leur amour et de leur foi à eux. Elle a été le résultat de leur prière. « Voyant leur foi, le Christ dit : tes péchés te sont pardonnés » – est-il écrit dans l’Evangile de Luc. Le paralytique devait vraiment mériter que ses amis fournissent de tels efforts.

Nous avons donc raison de prier les uns pour les autres. C’est notre devoir, en dépit des questions qui se posent inévitablement – pourquoi certaines demandes sont-elles exaucées et pourquoi d’autres ne le sont-elles pas ? Pourquoi les miracles sont-ils si rares ? Est-ce parce que nous n’entrons pas dans la catégorie des justes que Dieu écoute ? Mais le Christ a exaucé les prières de personnes qui n’entraient pas non plus dans cette catégorie. Nous n’avons pas de réponses à toutes ces questions. Prions pour que notre foi soit assez forte, pour qu’elle nous permettre de reprendre à notre compte les paroles du Notre Père : « Que Ta volonté soit faite » et pour que nous acceptions que la volonté de Dieu ne corresponde pas toujours à la nôtre. Les portes du Royaume son étroites. Cela signifie que notre cheminement spirituel est escarpé. Il n’est pas une promenade, il est le parcours du combattant pour la foi, programmé le jour de notre baptême.

Comme il n’y a pas de hasard, le second Evangile d’aujourd’hui fait référence à ce que nous allons vivre demain. Nous allons choisir notre nouvel archevêque. L’un des candidats, l’évêque Jean, qui a assuré la transition en tant que Gardien du trône archiépiscopal, peut être assimilé au Bon berger de la parabole. Il n’a pas demandé à être élevé à la dignité d’évêque. Il a accepté ce choix, cette décision de Constantinople qui ne correspondait pas à son humilité naturelle. « Il s’est dessaisi de sa vie » de prêtre de paroisse qui lui convenait parfaitement pour assurer une mission de pacificateur dans notre Archevêché en une période de troubles gravissimes. Et, comble d’abnégation, il a accepté de présenter sa candidature à la fonction d’Archevêque, afin de devenir le Bon pasteur des brebis que nous sommes. Les visites qu’il a rendues dans différentes paroisses, dont la nôtre, ont rendu manifestes sa bonté et l’amour qu’il éprouve pour le troupeau qui lui a été confié temporairement et qui lui sera, sans doute confié demain de façon définitive.

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Modification !

Attention, la liturgie des Présanctifiés prévue le lundi 28 mars à 18h00 est supprimée en raison de l’élection de notre nouvel Archevêque qui aura lieu le même jour.

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Entrée en Carême

Nous entrons ce soir dans la période du Grand-Carême. C’est le plus long des quatre carêmes proposés par l’Eglise. Il n’est pas plus que les autres un but en soi. Il est une préparation à ce qui est le fondement, à ce qui est l’essentiel de notre foi ; il est une préparation à la Résurrection du Christ que nous revivons en permanence chaque dimanche de l’année, et d’une façon encore plus marquée, dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques.

Pour que nous puissions bénéficier de cette résurrection, sans laquelle notre foi serait vaine et qui préfigure la nôtre, il nous est demandé de passer par une phase de conversion, par un retour à l’essentiel. La discipline spirituelle et l’ascèse physique que l’Eglise propose pendant le carême ne sont sont que des instruments, des aides qui facilitent le retour à l’essentiel. Faut-il rappeler que l’essentiel est l’observance des deux commandements dont tous les autres découlent ? L’apôtre et évangéliste Jean rappelle, dans sa première épître, que l’amour du prochain et l’amour de Dieu sont indissociables.

Le carême est assimilé, à tort, à des contraintes et à des privations. C’est le contraire – le carême libère de tout ce qui est un obstacle à notre marche vers le Royaume. Et les obstacles sont nombreux. Il y a notre attachement aux biens et aux plaisirs matériels, il y a l’orgueil, sous toutes ses formes, les plus évidentes, comme les plus discrètes, qui sont les plus dangereuses – le jugement des autres, l’autosatisfaction, la fausse modestie, la recherche des compliments, la liste est longue. C’est l’orgueil qui a poussé Adam à la désobéissance quand il a voulu se passer de Dieu pour accéder seul à la connaissance. Penser que nous sommes capables de nous améliorer par nos seules forces, sans aide divine, est une reprise à notre compte de la faute d’Adam.

Le carême nous aide à nous libérer de toutes sortes de formes de dépendance, d’esclavage dont nous sommes des victimes consentantes, quand nous sommes incapables de nous passer de certaines choses ou de certaines activités. Il nous incite à nous affranchir de notre égoïsme naturel, alors que nous sommes le centre de nos préoccupations. Les restrictions alimentaires et les restrictions dans le domaine des distractions futiles servent de rappel permanent. Elles sont un frein à une vie sociale, quand cette vie éloigne de Dieu. Ces restrictions rappellent aussi que les besoins matériels prennent souvent le pas sur les besoins spirituels.

Il y a deux travers dans lesquels il ne faut pas tomber – L’abstinence matérielle n’a pas l’importance que l’on a tendance à lui accorder. Sans la prière et la pratique de l’amour du prochain elle est inutile et même dangereuse sur le plan spirituel, mais la négliger viendrait à l’encontre des recommandations du Christ qui appelait Ses disciples – et nous sommes Ses disciples – à prier et jeûner. Alors, engageons-nous dans ce carême sans le considérer comme une corvée. Fixons des objectifs raisonnables qui ne soient pas trop difficiles à atteindre, mais pas trop faciles non plus. Et si nous faisons une chute, ce n’est certainement pas un signal pour tout arrêter, pour laisser tomber le carême, c’est juste un petit coup de main d’en-haut pour nous empêcher d’adopter l’attitude du pharisien de la parabole du pharisien et du publicain, pour nous empêcher de sombrer dans l’orgueil.

         Bon entrée en carême à tous !

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Dimanche du Publicain et du Pharisien 2016

Hier soir, nous sommes entrés dans le Triode de carême. Le Triode est la période qui précède Pâques et se divise en trois parties – la partie préparatoire au Grand-carême, le Grand-carême et la Semaine Sainte. C’est aussi le livre liturgique où figurent tous les offices de cette période. L’Evangile de dimanche dernier, qui n’entre pas dans le Triode, fait cependant aussi partie de cette préparation.

Zachée, le collecteur d’impôts, abhorré par la population locale, est pour nous un exemple dans trois domaines. Il a d’abord eu une folle envie de voir le Christ. Nous sommes invités à partager cette envie et à la concrétiser par notre participation à la liturgie. Il a ensuite fait preuve d’une grande humilité, il a été conscient de son indignité. Considéré par tout le monde comme un voleur, Zachée a été surpris, quand Le Christ S’est invité chez lui, au vu de tous. Il a éprouvé un immense sentiment de reconnaissance pour l’honneur qui lui était fait. Nous qui sommes de pécheurs, nous qui invitons le Christ et qui sommes, dans le même temps invités par Lui à chaque liturgie, nous aussi devrions être surpris de cette invitation, nous devrions éprouver le même sentiment de reconnaissance. Il arrive pourtant qu’à l’invitation à la liturgie, soient préférées les invitations du monde. Nous rendons-nous compte de ce que signifie ce refus ?

Et, enfin, la visite du Christ chez Zachée l’a amené à une conversion profonde. Zachée a changé de vie. Il a réparé tous ses torts, il a remboursé ceux qu’il avait volés. Nous aussi sommes appelés à la conversion, au changement de notre vie, à la réparation de nos torts envers autrui.

Le collecteur d’impôts de l’Evangile d’aujourd’hui, est également un exemple à suivre. Lui aussi est conscient de sa profonde indignité. Venu au Temple de Jérusalem pour y prier, il se tient à l’entrée et ose à peine s’adresser à Dieu. Les seules paroles qui sortent de sa bouche sont : « O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ». Ce sont ces paroles qu’ont reprises tous les grands mystiques, ce sont ces paroles que Saint Séraphin de Sarov répétait en permanence.

Au chapitre 12 de l’Evangile de Luc, il est question dans une autre parabole du manque de vigilance, du manque de sérieux d’un serviteur. Le Christ conclut Ses explications aux apôtres qui L’écoutent par des paroles très dures pour eux, comme pour nous : « Le serviteur qui connaissait la volonté de son maître et qui pourtant n’a rien préparé, ni fait selon cette volonté, recevra bien des coups ; celui qui ne connaissait pas la volonté du maître et qui a fait de quoi mériter des coups en recevra peu. A qui l’on a beaucoup donné, on redemandera beaucoup. A qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage ». C’est là que nous sommes concernés. Il nous a beaucoup été donné – d’abord les Ecritures – l’Ancien et le Nouveau testaments, les offices, les sacrements et l’expérience de l’Eglise, depuis sa fondation. Lorsque nous désobéissons à Dieu, nous savons ce que nous faisons. Nous ne pouvons prétendre ignorer ce qu’Il attend de nous. Nous sommes appelés à la perfection. La perfection des hommes n’est pas celle de Dieu, que nous sommes incapables d’imaginer, et pourtant, comme les apôtres, nous comprenons qu’il nous est impossible d’atteindre la perfection des hommes. Il ressort cependant de tout ce qui vient d’être dit que nous devons au moins fournir des efforts. Mais il serait suicidaire sur le plan spirituel que ces efforts nous incitent à adopter l’attitude du Pharisien, l’attitude de celui qui a tout fait comme il fallait et estime mériter une récompense.

Nous sommes entrés en période de pré-carême. La lecture, en fonction des possibilités de chacun, des textes quotidiens, ou au moins hebdomadaires, indiqués dans le calendrier liturgique, aide à cette préparation. Les Evangiles des dimanches de Zachée, du Publicain et du Pharisien et du Fils prodigue donnent des indications précieuses sur l’état d’esprit indispensable pour que le carême porte ses fruits. Le chemin qui mène vers l’ascèse physique est lui aussi progressif. Il se fait en douceur. Le dimanche du carnaval, le dimanche de l’adieu à l’alimentation carnée est suivi de la semaine des laitages et du poisson, auxquels on renonce, à leur tour, le dimanche du Pardon qui marque l’entrée en Carême. Commençons donc tout doucement à nous préparer au carême qui, lui-même, nous préparera à la Fête des Fêtes, à la Résurrection du Christ.

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Saint Prix   24/01/2016

 La traditionnelle semaine de prière pour l’Unité des chrétiens a été inaugurée aux Etats-Unis en 1908 par le père Paul Wattson, alors prêtre épiscopalien de l’Eglise anglicane américaine. L’initiative a été reprise en France dans les années 1930 par l’abbé Couturier. L’objectif, dans les deux cas, était la réunification du monde chrétien sous la bannière de Rome. Ce n’était certainement pas celui de Monseigneur Euloge, le premier primat de notre Archevêché, qui a néanmoins délégué des représentants orthodoxes aux semaines de l’Unité, à partir de 1935. La semaine est préparée maintenant par une commission interconfessionnelle composée de membres du Conseil Œcuménique des Eglises et du Vatican. Il n’est évidemment plus question d’un quelconque retour dans la juridiction de Rome, mais d’un effort de compréhension mutuelle et de prières pour le rétablissement de l’Unité entre les Eglise chrétiennes.

Je livre à votre réflexion et à votre méditation les deux citations suivantes :

Le métropolite Antoine de Londres, reprenant un Père de l’Eglise a écrit que « les murs construits par les hommes ne montaient pas jusqu’au ciel ». Et la dédicace d’un livre du p. Boris Bobrinkoy à un protestant responsable de la communauté de Troyes : « Chacun de nous est fils unique du Père ».

La semaine de l’Unité a été inaugurée à Troyes par une soirée consacrée aux chrétiens persécutés au Moyen-Orient, thème fédérateur, s’il en est. Il m’est revenu de clore la soirée par une prière composée à partir de prières de la liturgie de Saint Basile :

« Souviens-Toi, Seigneur, de ceux que Tu as établis pour gouverner la Terre. Couronne-les de vérité et de bienveillance, fais entendre à leurs cœurs de bons conseils en faveur de Ton Eglise et de Tes enfants qui souffrent au Moyen-Orient et partout dans le monde. Maintiens les bons dans Ta bienveillance. Rends bons les mauvais et rends la raison à ceux qui versent le sang de leurs frères. Car, Seigneur, Tu es le secours de ceux qui sont sans secours, l’espérance des désespérés, le sauveur de ceux qui sont dans la tempête, le havre des navigateurs, le médecin des malades. Sois Toi-même tout pour tous, Toi qui connais chacun, ce qu’il demande, sa famille et ses nécessités. Délivre, Seigneur, toute ville et tout pays de la famine, des épidémies, des tremblements de terre, des inondations, du feu, de la violence, de l’invasion de peuples étrangers et de la guerre civile. Amen ».

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St Prix janvier 2016

 Nous-nous posons des questions existentielles auxquelles Evangiles et épîtres apportent des amorces de réponses, sans parfois y répondre complètement. Nous pouvons éprouver alors de la frustration et nous retrouver dans la même situation que le premier homme quand il a consommé le fruit de l’arbre de la connaissance. Il voulait avoir la réponse à toutes les questions, indépendamment de Dieu, sans Sa bénédiction, en fait, sans Lui.

Ce qui nous différencie de nos frères occidentaux, dans notre approche spirituelle, est que la priorité, chez nous, devrait être donnée à la pratique, à l’imprégnation, tandis que la théologie, la connaissance, nous seraient accordées de surcroît. « Cherchez le Royaume de Dieu, le reste vous sera donné » – est-il écrit.

Mgr Kallistos Ware raconte qu’il a fait connaissance avec l’orthodoxie en entrant un soir dans une église où les célébrations étaient faites en slavon, une langue qu’il ne connaissait pas, et où l’atmosphère était très différente de celle du monde anglican dont il était issu. Dès ce jour-là, les jeux étaient faits, le futur évêque Kallistos avait commencé par ressentir, par s’imprégner, par s’abandonner, et le reste a suivi, au point qu’il est maintenant l’un des évêques les plus orthodoxes du monde occidental. Il n’a pas commencé par se poser des questions.

Il y en a cependant, dont nous voudrions connaître les réponses – des questions posées par des personnes a priori éloignées de Dieu, comme par celles qui essaient d’En être proches.

La question première est celle du mal. Pourquoi un Dieu bon accepte-t-Il les horreurs que commettent certains hommes, pourquoi accepte-t-Il l’extrême pauvreté, le dénuement de populations entières ? Pourquoi Dieu accepte-t-Il les souffrances d’êtres innocents ? Aux lettrés qui Lui demandent à propos d’un aveugle-né – qui est responsable de sa cécité, le Christ répond que – ni Lui, ni ses parents n’en sont responsables. Et Il ajoute que la guérison de l’aveugle de naissance a été accordée pour que la puissance de Dieu, puisse se manifester de cette façon. Cet ajout incite à poser une autre question – pourquoi cet aveugle a-t-il bénéficié de la mansuétude et de la manifestation de la puissance divine et pas les autres ? Nous n’avons pas de réponse.

Certaines Eglises de la mouvance protestante américaine établissent une relation entre la richesse, la réussite sociale et la piété, la question de la santé restant en suspens. Il n’est pas certain, pourtant, que la richesse puisse être liée à la vertu, surtout si elle est le résultat de pratiques plus ou moins honnêtes, surtout si elle a été obtenue au détriment du bien-être d’autrui, pour ne pas dire en exploitant les plus faibles. Et si la prospérité et le bonheur matériel étaient liés de façon automatique à l’observance des commandements de Dieu, qui choisirait la pauvreté et le malheur ? Nous ne serions alors plus libres de choisir. Or Dieu a créé l’homme à Son image et à Sa ressemblance – Dieu a créé un homme libre de choisir, un homme qui a mal utilisé sa liberté, ce que nous continuons de faire.

La maladie, elle, frappe indifféremment les riches et les pauvres, la seule différence étant que certains ont accès aux soins et d’autres pas.

Les mots « mal » et « maladie » ont la même racine que le qualificatif « Malin », celui qui dans le Notre Père désigne le démon. C’est logique. Le mal, la maladie, le Malin sont liés au point que le mot « mal » peut avoir les trois significations. Le mal est à la fois le contraire du bien, le mal dont on souffre est une maladie et le mal avec une majuscule désigne le démon. Pour éviter la confusion, nous préférons parler du Malin. Le Malin, le Mauvais, le Tentateur, le Démon, quel que soit son nom, est là pour nous éloigner de Dieu. Il essaye de Lui faire porter la responsabilité de tous les désagréments et de tous les malheurs qui nous arrivent – c’est là le plus dangereux. Et pour couronner le tout, il nous présente le mal comme séduisant et le bien comme ennuyeux et pesant.

Tout cela étant dit, même si l’on peut comprendre que le mal, la maladie, notre propension au péché, sont des conséquences de la désobéissance et de l’orgueil du premier homme, il reste difficile à admettre que Dieu, au nom de notre liberté, laisse quasiment toute sa liberté au démon pour nous tenter, pour nous faire dévier du chemin qui mène au Royaume. Dieu nous « abandonne » d’une certaine façon, comme un père qui laisse un enfant grandir et prendre ses responsabilités, sans trop intervenir.

Le Christ a aussi éprouvé un sentiment d’abandon pendant Sa Passion. « Pourquoi M’as-Tu abandonné » ? dit-Il en S’adressant au Père. Si le Christ a éprouvé une profonde angoisse avant Sa crucifixion, si Lui-même S’est senti abandonné, le Père ne peut qu’être indulgent avec nous quand nous éprouvons ces mêmes sentiments, nous qui sommes si imparfaits et si faibles.

Il est curieux de constater que dans un certain nombre de cas, les vétérans de conflits armés ou les rescapés de drames affreux peuvent éprouver une forme de nostalgie. En période de forte crise, le mal et le bien sont exacerbés. Les bons deviennent meilleurs, et les mauvais deviennent pires, avec parfois de rares cas de rédemption. Les récents événements qui ont frappé la France ont eu pour résultat de créer un grand mouvement d’union et de solidarité, et de créer plus d’empathie pour les autres pays souffrants.

Pour ce qui est de l’Eglise, et lorsque nous nous réunissons ici, nous sommes toute l’Eglise, la visible, comme l’invisible, l’apôtre Paul La compare à un corps dont tous les membres sont solidaires. Quand l’un souffre, tous les autres souffrent avec lui. N’oublions pas cependant que la souffrance n’est pas un bien, et qu’il ne faut surtout pas la rechercher.

Nous sommes imparfaits, nous sommes pécheurs et notre foi n’est pas assez solide, mais il nous faut accepter qu’il y a un côté positif aux souffrances physiques ou morales qu’il y a un côté positif à la détresse que peuvent subir les uns ou les autres parmi nous, même si nous sommes incapables faire abstraction de tous les côtés négatifs. Cet aspect positif est le retour à l’essentiel, cet aspect positif est la solidarité et l’amour mutuel qu’ils font ressortir dans notre communauté.

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