Dimanche du Jugement dernier 1 Co 8, 8 – 9, 2 Mt 25, 31-46

Nous sommes entrés dans la période de préparation au Grand carême. Les textes lus au cours de notre liturgie font partie de cette préparation. Dans l’extrait de l’épître aux Corinthiens de ce jour, l’apôtre Paul demande aux chrétiens de Corinthe de ne pas consommer de viande provenant de sacrifices faits aux idoles. « Si un aliment doit faire tomber mon frère, je renoncerai à tout jamais à manger de la viande plutôt que de faire tomber mon frère » – écrit-il. Cette phrase a été précédée d’une autre phrase déroutante : « Ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : si nous n’en mangeons pas, nous ne prendrons pas de retard ; si nous en mangeons, nous ne serons pas plus avancés ». Nous non plus d’ailleurs ne sommes pas plus avancés, dans la mesure où la phrase n’est pas très claire. Il est cependant possible d’en déduire, en ce qui concerne notre carême, que nous observerons le jeûne pour nous et non pour Dieu, à qui nos menus importent peu. Les restrictions alimentaires et autres, que nous allons nous imposer, nous aideront à recentrer notre vie sur l’essentiel. Elles seront une aide, mais certainement pas un but en soi.

Un second thème est abordé, cette fois, dans l’évangile d’aujourd’hui, celui du Jugement dernier. La présentation de ce Jugement a de quoi effrayer. A commencer par les conditions à remplir pour gagner notre entrée au Royaume. S’il nous est arrivé, de nourrir les affamés directement, ou indirectement, par le biais de dons à des associations, s’il nous est arrivé de rendre visite à des malades, rares sont ceux, parmi nous, qui ont recueilli un étranger, et encore plus rares sont ceux qui sont allés voir un prisonnier, ne serait-ce que parce que c’est matériellement difficile à réaliser. Alors, si nous n’avons pas accompli ce qui est demandé ici par le Christ, et la liste n’est pas limitative, serons-nous condamnés à être « maudits », serons-nous « condamnés au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges », comme il est écrit dans l’Evangile ? La fin du passage est encore plus angoissante – « les justes bénéficieront d’une vie éternelle, les autres d’un châtiment éternel ». C’est le mot éternel qui fait problème quand il s’agit du châtiment. Les théologiens de toutes les époques ont essayé de trouver des réponses plus ou moins convaincantes pour nous remonter le moral.

Certains ont déduit, sans doute à juste titre, que Dieu étant à la fois infiniment bon et ami des hommes, l’idée d’un châtiment éternel pour tous ceux qui ne seraient pas parvenus à la perfection était difficile à admettre. Les plus pessimistes ont avancé la théorie du purgatoire, les plus optimistes ont imaginé une période d’adaptation entre le moment de la mort physique et l’entrée au Royaume.

Les paroles très dures de l’Evangile d’aujourd’hui semblent contredire de très nombreuses autres paroles du Christ qui a affirmé qu’Il était venu sauver les pécheurs et non ceux qui se croyaient justes, que si atteindre la perfection était impossible aux hommes – leur faiblesse pouvait être compensée par l’infinie miséricorde de Dieu.

L’un des théologiens les plus optimistes a été Saint Isaac le Syrien, un saint du 7-ème siècle, dont voici quelques réponses à nos interrogations légitimes.

« Il n’est point de péché non pardonné, hormis le péché non repenti ». Voilà une première réponse au désespoir de celui qui a conscience de son état de pécheur. Saint Isaac ajoute : « Voici, mon frère, un commandement que je te donne : que la miséricorde l’emporte toujours dans ta balance, jusqu’au moment où tu sentiras en toi-même la miséricorde que Dieu éprouve envers le monde ».

Saint Isaac poursuit en précisant que « La miséricorde est contraire à la justice ; la justice (…) donne à chacun ce dont il est digne (c’est à dire ce qu’il mérite), sans admettre de faveur ni de partialité. Mais la miséricorde (la miséricorde divine) (…), se penche sur chacun avec compassion ; elle ne rend point le mal à celui qui le mérite, et restitue le bien avec une grande surabondance ». L’idée a été reprise par Mgr Antoine de Londres qui a dit que « Si Dieu était juste, nous serions tous condamnés ». Saint Isaac va encore plus loin : « Une poignée de sable dans la mer immense, a-t-il écrit, voilà ce qu’est le péché de toute chair (c’est-à-dire de tout être humain) en comparaison avec la Providence et la miséricorde de Dieu ». La poignée de sable – ce sont nos péchés, la mer c’est la miséricorde divine.

            Cet optimisme est cependant relativisé par les paroles suivantes : « La voie qui mène à Dieu est une croix quotidienne. Nul n’est monté aux cieux en menant une vie de fraîcheur. Nous savons où cette dernière se termine ».

            Profitons du Grand-Carême, qui va bientôt commencer, pour nous efforcer de trouver un équilibre en vivant le plus chrétiennement que nous le pourrons, sans complaisance envers nous-mêmes. Ne soyons pas déstabilisés par nos chutes, par nos échecs inévitables. Ayons confiance en la mansuétude divine mais ne comptons pas sur elle seule pour nous relever, elle ne nous dispense ni de nos efforts, ni de notre croix.

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Dimanche de la Théophanie Saint-Prix 2017

 Nous fêtons la nouvelle année deux fois par an – quatre fois par an pour ceux qui jouent sur les deux calendriers, le julien et le grégorien. Nous fêtons le Nouvel an liturgique, le 1-er septembre, et le Nouvel an civil, le 1-er janvier. Voilà, en plus des carêmes, deux occasions de prendre de bonnes résolutions. Nos bonnes résolutions ecclésiales diffèrent des bonnes résolutions civiles par leurs destinataires. Il est difficile, même si c’est nécessaire, de faire bénéficier de nos résolutions un « Dieu inexprimable, incompréhensible, invisible et insaisissable », comme le définit Saint Jean Chrysostome. Alors faisons bénéficier de nos efforts à venir, le prochain que nous voyons et réussissons à peu près à comprendre et à cerner.

Saint Jean résume très bien la situation dans sa première épître : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas ». Commençons donc par aimer nos proches, ce qui devrait être le moins difficile. Etendons notre rayon d’action à ceux qui nous aiment ou nous apprécient, ce qui n’est pas trop compliqué non plus. Mais le Christ nous a demandé d’aimer aussi ceux qui ne nous aiment pas, et nous pouvons rajouter ceux qui nous sont indifférents – c’est ce qui devrait distinguer les chrétiens de ceux qui ne le sont pas. Cela ne veut pas dire qu’il faut aimer tout le monde de la même façon. Le Christ préférait bien Saint Jean aux autres apôtres. Cela ne signifie pas qu’Il ne les aimait pas. Le Christ, Lui, aimait Ses ennemis, c’est au dessus de nos forces, pour la plupart d’entre nous. Le père Alexandre Men’ demandait à ses paroissiens qui en étaient aussi incapables que nous, d’au moins ne pas souhaiter de mal à leurs ennemis, et d’essayer d’être bienveillants à l’égard de tout le monde.

Commençons donc par travailler notre relation avec notre prochain, en nous fondant sur les textes fondamentaux que sont les dix commandements qui se résument en deux : l’amour de Dieu et du prochain, puis sur les Béatitudes et le Notre Père.

Les Béatitudes indiquent clairement la marche à suivre. Il faut cependant régler une question de vocabulaire. Etre pauvres en esprit, c’est un certain nombre de choses. C’est opérer un renversement de nos valeurs, c’est nous détacher, ne plus être esclaves de notre bien-être matériel et même spirituel, c’est ne plus centrer notre vie sur l’assouvissement de nos besoins réels ou imaginaires, ne plus nous accorder la priorité à nous mêmes, mais à notre prochain et, par ce biais, à Dieu. La pauvreté dont il est question, c’est aussi avoir l’humilité d’intégrer que quoi que nous fassions, quelles que soient nos éventuelles réussites sur le plan spirituel, elles seront ridiculement petites, tant nous serons loin de la perfection. De toutes façons, nous n’aurons fait que ce qu’il faut faire. La pauvreté en esprit, c’est enfin la conscience de notre impuissance à obtenir, par nos seules forces, le salut qui dépend infiniment plus de la miséricorde divine que des efforts que nous aurons pu fournir. Nous dépendons entièrement de l’aide de l’Esprit et de la miséricorde du Père.

« Heureux les doux et les miséricordieux ; il leur sera fait miséricorde » – est-il écrit. Et dans la prière léguée par le Christ, nous avons une fâcheuse tendance à oublier que nous devons pardonner les offenses si nous voulons être pardonnés. C’est aussi une des conditions pour que vienne le Règne du Père et que Sa volonté soit faite sur la terre.

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour les autres » – a résumé le Christ.

Dans l’épître de la fête qui vient d’être lue, il est écrit que « la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes (…) enseigne à renoncer (…) aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété ». « Justice », signifiant « en observant les règles préconisées par le Ecritures ». Et plus loin, l’apôtre Paul ajoute : « Notre Sauveur (…) nous a sauvés, non en vertu d’œuvres que nous aurions accomplies nous-mêmes (…), mais en vertu de Sa miséricorde ».

Le jour du Jugement, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Alors vivons dès aujourd’hui, comme si ce devait être notre dernier jour et n’attendons plus pour mettre en pratique nos bonnes résolutions, même si elles peuvent paraître dérisoires par rapport à ce que Dieu attend de nous. Il compensera nos insuffisances, si nous faisons le premier pas.

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Saints André, Barbara et Nicolas. Mc 5, 24-34 Ep 2, 14-22 Ga 3, 23-29

 Les deux lectures de l’apôtre – celle du dimanche, comme celle de Sainte Barbara, l’une des saintes du jour, mettent l’accent sur un changement majeur du statut de la personne dont l’enseignement du Christ est à l’origine. Ce changement a troublé les membres des premières communautés chrétiennes auxquelles Saint Paul adresse ses épîtres. « Grâce au Christ, – est-il écrit dans l’épître aux Ephésiens, (…) les uns et les autres, dans un seul Esprit, (…) nous ne sommes plus des étrangers, ni des émigrés, nous sommes concitoyens des saints, nous sommes de la famille de Dieu ». Dans le même extrait, l’apôtre ajoute que « de ce qui était divisé, le Christ a fait une unité. Dans Sa chair, Il a détruit le mur de séparation qu’est la haine » (…) « A partir du Juif et du païen, Il a voulu créer un homme nouveau (…) et les réconcilier tous les deux avec Dieu ». Dans l’épître aux Galates, Saint Paul reprend la même idée : « par la foi, devenus fils de Dieu, en Jésus Christ, nous tous qui avons été baptisés en Christ, nous L’avons revêtu. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, nous sommes un en Jésus Christ ».

Ces propos étaient dérangeants au premier siècle – les différences sociales étaient marquées, – entre pauvres et riches, entre maîtres et esclaves, même si la loi juive imposait que les esclaves soient bien traités. Le statut de la femme, était inférieur à celui de l’homme, mais l’infériorité relative de la femme juive était tempérée par le fait que la judaïté se transmettait aux enfants par la femme et non par l’homme – ce qui est toujours le cas. Les Juifs ne se mélangeaient pas aux Grecs, c’est-à-dire ni aux païens, ni aux Samaritains et les toutes premières communautés chrétiennes s’étaient formées selon des critères ethniques, avant que ne se développe la mixité sociale et nationale prônée par Saint Paul. Au départ, les anciens païens avaient leurs communautés, les Juifs devenus chrétiens avaient les leurs.

Pour ce qui est des émigrés, le judaïsme, depuis la fuite d’Egypte, a toujours préconisé leur protection et leur respect, mais cette attitude lui était spécifique et n’était partagée par aucun autre peuple.

En quoi tout cela nous concerne-t-il ? En tout. La société a évolué, mais certains problèmes continuent parfois à se poser. La vie paroissiale est, ou doit être, l’illustration parfaite de cette unité dans la diversité à laquelle Saint Paul fait référence. Dans nos paroisses se retrouvent des fidèles de tous âges, de toutes origines – sociale ou ethnique. Certains sont à l’aise financièrement, d’autres ne le sont pas. Les hommes ne se sentent pas supérieurs aux femmes. Espérons que les femmes ne se sentent pas supérieures aux hommes. Les opinions sur tout ce qui touche à la vie dans la Cité peuvent être différentes, mais elles ne prennent pas le pas sur le reste, sur le plus important, sur ce qui nous unit. De ce qui est a priori divisé – et c’est le cas dans la société civile, le Christ fait une unité, dans l’Eglise avec un grand E, comme dans les églises avec un petit e, comme dans la nôtre où l’atmosphère est paisible et les relations sont fraternelles.

Nous savons tous que cela n’est pas le fruit du hasard, ne serait-ce que parce que le hasard n’existe pas. C’est le résultat des efforts de tous. Mais, comme le conseille l’apôtre Pierre à la fin de sa première épître, nous devons « veiller, car notre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » et l’apôtre nous appelle « à résister aux forces du Malin, par la fermeté de notre foi ». C’est de cette foi qu’il est aussi question dans l’Evangile d’aujourd’hui. La foi de la femme qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans l’a guérie. La foi guérit les maladies physiques – c’est spectaculaire quand cela arrive, trop rarement à notre goût. La foi atténue également les maladies spirituelles, de façon plus discrète.

Demandons à l’Esprit qu’Il continue à nous aider à rester une famille spirituelle unie, à nous soutenir les uns les autres, à supporter nos défauts respectifs. Demandons à l’Esprit la force de ne pas juger notre prochain y compris en dehors de l’église, et d’agir envers lui, comme nous aimerions qu’il agisse envers nous. « Confions-nous, nous-mêmes, les uns les autres, et confions toute notre vie au Christ, notre Dieu ».

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Dimanche de la généalogie Mt 1, 1-25 Hb 11, 9-10, 17-23, 32-40,

Le mot « mystère » se traduit de deux façons en russe, il se traduit par deux mots de même racine : « tainstvo » et « taina ». La première traduction : « tainstvo » correspond, plus ou moins, au mot « sacrement » en français, mais sa signification est plus large et désigne toute intervention divine dans le cadre de l’Eglise. C’est, en premier lieu, la consécration des dons qui vont servir à la communion du clergé et des fidèles au cours de la liturgie. Ce sont ensuite, aussi, toutes les bénédictions faites par un évêque ou un prêtre, les bénédictions de personnes, les bénédictions de maisons, d’icônes, de troupeaux, de véhicules, la liste est très longue. Nous ne limitons à 7 le nombre des sacrements, le nombre des mystères, que par commodité. La seconde traduction du mot « mystère » est « taina ». Elle évoque une réalité qui dépasse l’entendement, qui se situe au-delà de notre compréhension, mais une réalité à laquelle notre foi nous permet d’accéder.

La Nativité est un de ces mystères qui dépassent l’entendement. L’une des personnes de la Trinité, et ce mystère nous dépasse encore plus que tous les autres, le Fils de Dieu qui existe de toute éternité, S’incarne en naissant d’une femme. Conçu d’une façon qui défie les règles de la nature, Il vient au monde, comme tous les autres enfants. Evoquant la mort du Fils de Dieu sur la Croix et Sa résurrection, L’apôtre Paul parle de scandale pour les Juifs et de folie pour les païens. Cette formule peut s’appliquer à Sa naissance. Comment une femme, complètement humaine, peut-elle mettre au monde un Dieu préexistant ? Et l’enfant de Marie ne Se distingue pas des autres. Il est complètement homme. L’enfance, l’adolescence et les débuts de la vie d’adulte du Dieu fait homme ont été si ordinaires, que seuls deux événements sont relatés dans les récits évangéliques canoniques : Sa Présentation au Temple, peu après Sa naissance, et, plus tard, Son escapade à Jérusalem, alors qu’Il avait douze ans, au cours du pèlerinage pascal annuel de Sa famille. La vie publique du Christ ne commence que peu après Son baptême dans le Jourdain, vers l’âge de trente ans.

Cette Nativité que nous nous apprêtons à fêter, et que notre foi nous permet d’accepter, a été prophétisée dans l’Ancien testament. Il est écrit dans le livre d’Esaïe : « Le Seigneur vous donnera Lui-même un signe : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Is 7, 13-14). Sachant que la signification du nom Emmanuel est « Dieu est avec nous », l’enfant né à Bethléem est donc Dieu.

Dans son 131-ème psaume, le roi et prophète David annonce également la venue du Messie, sous la dictée de l’Esprit Saint, sans vraiment se rendre compte de ce qu’il dit : « Le Seigneur l’a juré : c’est quelqu’un sorti de toi (il s’agit de David) que Je mettrai sur ton trône » (Ps 131, 11). Dans la généalogie du Christ sur 42 générations, David apparaît à la 15-ème. Joseph, le beau-père du Christ, qui, pour ses contemporains était considéré comme Son père biologique figure au 42-ème rang.

Saint Jean Damascène apporte une réponse à ceux qui sont gênés que la généalogie du Christ parte de celle de son beau-père qui n’était pas Son père. Si les évangélistes Mathieu et Luc n’évoquent pas la généalogie de la Mère du Christ, qui elle aussi est de la lignée de David, c’est parce que traditionnellement, dans l’Ancien testament, les généalogies prenaient en compte les hommes et non les femmes. D’autre part, la Mère de Dieu était obligatoirement issue de la même tribu d’Israël que son époux, celle de David. Joseph n’aurait jamais contracté un mariage avec une femme issue d’une autre tribu. Cela ne se faisait pas. Cette généalogie, si précise soit-elle, et l’explication supplémentaire de Saint Jean Damascène, ne lèvent pas le mystère. Souvenons-nous de l’erreur d’Adam qui a voulu tout savoir et tout expliquer et ne commettons pas la même. Il est fondamental que nous, chrétiens, acceptions parfois de remplacer la connaissance rationnelle par la foi. Les deux ne sont pas incompatibles, mais c’est la foi qui permet d’accéder à la vraie connaîssance.

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Saint Jacques    Mt 13, 53-58 Ga 1, 11-19    Lc 5, 1-11 2 Co 9, 6-11

 L’apôtre Jacques est nommé dans l’Evangile de Matthieu, comme dans l’épître de Saint Paul aux Galates, dans les extraits lus aujourd’hui. Dans ces deux lectures, il est évoqué un lien de parenté entre celui qui sera le premier évêque de Jérusalem et le Christ.

Les habitants de Nazareth, venus écouter le Christ dans une synagogue de leur ville, sont très étonnés. Ils se mettront même en colère, rapporte l’évangéliste Luc. La sagesse, les miracles dont tout le monde parle, ne coïncident pas avec l’image qu’ils se font de leur ancien voisin, le fils du charpentier. Ils continuent de côtoyer Ses frères – Jacques, Joseph, Simon et Jude, et Ses sœurs qui, tous, vivent à Nazareth et ne se distinguent en rien du reste de la population. Dans la tradition orthodoxe, les frères et sœurs du Christ étaient issus du premier mariage de Joseph avec une certaine Salomée, dont on ne sait pas grand-chose. Ils étaient donc, selon la loi juive, les demi-frères du Christ.

Comment le membre d’une famille aussi ordinaire, comment un simple fils de charpentier pouvait-Il avoir acquis une telle sagesse et être l’auteur des miracles dont tout le monde parlait ? L’expression « Nul n’est prophète en son pays », utilisée par le Christ, est passée dans la langue courante pour exprimer la défiance que les gens éprouvent envers ceux qui, issus du même milieu, se distinguent des autres par leur succès dans tel ou tel domaine et provoquent une forme de jalousie.

Le Jacques, dont il est question également dans l’épître aux Galates, au moment où il est déjà à la tête de l’Eglise de Jérusalem, est l’auteur présumé de l’épître qui lui est attribuée. Certains exégètes affirment que le style de l’épître ne correspond pas au style qu’aurait du avoir Jacques et que la rédaction de l’épître est ultérieure, qu’elle a été faite par un disciple lettré qui aurait rapporté l’enseignement de l’apôtre. Cela n’a guère d’importance. L’essentiel est que nous ayons accès à cet enseignement. L’épître est facile à comprendre, elle est à la portée de tous, ce qui n’est pas toujours le cas de celles de Saint Paul, qui peuvent parfois rebuter par leur difficulté.

Dans son épître, l’apôtre Jacques s’adresse « aux douze tribus vivant dans la dispersion ». Il s’agit, au départ, des chrétiens d’origine juive issus des douze tribus d’Israël, disséminés dans le monde entier de l’époque. Mais le message s’adresse également à tous les chrétiens à venir, dont nous faisons partie. Les conseils donnés par l’apôtre sont nombreux. Il est impossible de passer toutes ses recommandations en revue, en quelques minutes, et dans la mesure où elles sont toutes importantes, arrêtons-nous sur deux d’entre elles, les deux premières.

Le chrétien est appelé « à prendre de bon cœur, toutes les épreuves par lesquelles il passe, sachant que le test auquel sa foi est soumise produit de l’endurance ». (…) Et, l’apôtre Jacques ajoute : « heureux l’homme qui endure l’épreuve, parce qu’une fois testé, il recevra la couronne de vie promise à ceux qui aiment Dieu ». Le conseil est difficile à suivre et demande une grande force de caractère. Nous n’aimons pas les épreuves et avons tendance à les fuir. Les rechercher serait une faute, mais les éviter à tout prix en serait une aussi, car le mal plus ou moins grand aboutit à un bien, si l’épreuve acceptée nous permet de nous rapprocher de Dieu.

Le second conseil est tout aussi important, il coïncide avec ce que nous demandons dans la prière Roi céleste, il coïncide aussi avec l’acquisition de l’Esprit, préconisée avec force par Saint Séraphin de Sarov. « Si la sagesse fait défaut à l’un d’entre vous – écrit l’apôtre Jacques, qu’il la demande au Dieu qui donne à tous avec simplicité et sans faire de reproche ; elle lui sera donnée. Mais qu’il demande avec foi, sans éprouver le moindre doute ; car celui qui doute ressemble à la houle marine que le vent soulève. Que ce personnage ne s’imagine pas que le Seigneur donnera quoi que ce soit à un homme partagé, fluctuant dans toutes ses démarches ». Tout est dit. Malgré notre faiblesse, nous sommes tous invités au Royaume. L’Esprit est à nos côtés pour nous guider et nous relever quand nous trébuchons. Il faut l’inviter à venir faire Sa demeure en nous, avoir foi en Son action et Le laisser agir en nous. Il serait bon que le jour de la fête de Saint Jacques soit l’occasion pour nous de relire son épître.

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Présentation au Temple de la Mère de Dieu.

 Dans notre Eglise, en plus de Pâques, nous avons douze fêtes majeures et sept grandes fêtes. Quatre grandes fêtes sont dédiées à la Mère de Dieu – l’Annonciation, la Dormition, Sa Nativité et Sa Présentation au Temple que nous fêtons aujourd’hui. Une cinquième fête, celle de la sainte Rencontre du Christ, notre fête paroissiale, est mixte, elle est cataloguée à la fois dans la catégorie des fêtes mariales et dans celle des fêtes, dites du Seigneur. La Protection de la Mère de Dieu, elle, entre dans la catégorie des Grandes fêtes.

Pourquoi cette comptabilité ? La Mère de Dieu est la personne qui apparaît le moins souvent dans les Evangiles, alors qu’elle a un statut à part, alors qu’elle est omniprésente dans notre liturgie et tous nos offices et qu’au moins six fêtes lui sont consacrées. Au cours de la proscomédie, elle a une prosphore pour elle seule, et la parcelle qui en est prélevée est placée, avant toutes les autres, sur la patène, et à la droite de l’Agneau, à la droite du Christ. Au cours de la liturgie, elle est mentionnée dans de nombreuses prières et, à la fin de chaque litanie – le célébrant dit : « Faisant mémoire de notre très sainte, immaculée, toute bénie et glorieuse souveraine, la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, et de tous les saints, confions-nous nous-mêmes, les uns les autres, et confions toute notre vie au Christ, notre Dieu ». Là aussi, comme à la proscomédie, la Mère du Christ est mentionnée en premier, avant tous les saints. Dans toute église orthodoxe, il y a toujours une grande icône de la Mère de Dieu sur l’iconostase, à la gauche des portes Royales. D’une certaine façon, elle fait face à celle du Christ.

Alors pourquoi, les renseignements biographiques sur la Mère du Christ sont-ils aussi peu nombreux, et aussi succincts dans les Evangiles, y compris celui de Luc, qui est le plus documenté sur Elle ? Pourquoi, dans les Evangiles des fêtes qui sont consacrées à la Mère de Dieu, n’est-il question que de Marthe et Marie, les sœurs de Lazare ? Pourquoi, alors qu’elle est presque absente dans les Ecritures est-elle aussi présente dans nos églises, dans nos offices et pourquoi autant de fêtes lui sont-elles consacrées ? Parce que bien que Mère du Christ, elle est héritière, comme nous, du premier homme. Elle a donc été confrontée, comme nous au monde déchu, et dans ce contexte pas vraiment favorable, elle a été la personne la plus proche de la perfection, à laquelle nous sommes tous appelés. Elle est le modèle que nous devons suivre et notre intercesseur numéro un auprès de Dieu.

La première raison du choix de l’Evangile de Marthe et Marie est que trop peu de lignes sont consacrées à la Mère de Dieu dans les récits des évangélistes et parce que l’épisode de la Présentation au Temple n’y est pas évoqué du tout. La seconde raison est que le caractère de la Mère de Dieu correspond à celui des deux sœurs – de Marie, celle qui écoute humblement la Parole, et de Marthe, celle qui s’affaire pour le bien de tous. Et si la Mère de Dieu est rarement nommée dans les Evangiles, c’est pour souligner son humilité qui couronne toutes ses autres qualités. Toujours présente auprès de Son Fils, jusqu’au pied de la Croix, elle Se tient toujours en retrait. Le seul écart dans cette conduite a été son intervention aux Noces de Cana où Elle force la main à son Fils pour qu’Il règle un problème d’intendance – il n’y a plus de vin pour les invités. Le Christ va faire ce qu’il faut pour qu’il y en ait pour tout le monde. Il transforme l’eau en vin et en vin d’une qualité extraordinaire. C’est le côté Marthe de la Mère de Dieu, la Marthe qui s’affaire, qui s’occupe de tout ce qui est matériel dans la maison de Lazare.

Les textes des vêpres et matines de la Fête d’aujourd’hui ont été rédigés d’après les renseignements puisés dans les Evangiles apocryphes de Jacques et de Mathieu et dans les récits de la tradition orale que nous avons héritée du judaïsme, et qui a joué un grand rôle dans l’Eglise primitive, jusqu’à la rédaction des Evangiles canoniques et autres livres du Nouveau testament. Alors que fêtons-nous aujourd’hui ? La Présentation au Temple de la future Mère du Christ, alors qu’elle était âgée de trois ans afin qu’elle y serve Dieu et aie le moins possible de difficultés pour y mener une vie pure et sainte.

Les trois lectures de l’Ancien testament des vêpres de la fête ont le Temple de Jérusalem pour thème. La première évoque la construction de l’Arche d’alliance et du Sanctuaire par Moïse, la seconde lecture raconte la construction du Temple par Salomon et la dernière est un extrait du livre d’Ezéchiel où sont évoquées les règles d’admission au sanctuaire du temple de Jérusalem. La porte du sanctuaire est fermée à tout homme, elle est réservée à Dieu. Il est écrit exactement : « Le Seigneur me dit : Cette porte restera fermée ; on ne l’ouvrira pas ; personne n’entrera par là ; car le Seigneur, le Dieu d’Israël, est entré par là ; elle restera fermée ». La prophétie fait allusion à la virginité de la Mère de Dieu avant, pendant et après la naissance du Christ. C’est le sens des trois étoiles qui figurent, l’une au niveau du front, et les deux autres au niveau de chacune des épaules de la Mère du Christ sur les icônes.

Le Temple, dont il est question dans les lectures, préfigure et symbolise la Mère de Dieu, temple vivant, par lequel le Fils de Dieu S’est incarné. Le Roi céleste est venu faire Sa demeure en Elle. Ce temple est supérieur à tout temple de pierre.

Demandons à notre tour à l’Esprit de faire Sa demeure en nous, pour que nous devenions, nous aussi, des temples de Dieu, comme le dit l’apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens. Bonne fête à tous !

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Saint apôtre Jacques Mt 25, 14-30 2 Co 6, 1-10

Nous fêtons aujourd’hui l’apôtre Jacques, fils d’Alphée, l’un des douze apôtres et un événement non moins important pour notre paroisse – l’entrée en orthodoxie de François. L’entrée en orthodoxie n’est pas un reniement. C’est le résultat d’un cheminement et d’une réflexion spirituels. De notre point de vue, c’est un retour aux sources. Trois de nos archevêques n’ont pas été baptisés dans notre Eglise, trois de nos archevêques qui n’ont pas été élevés dans des familles orthodoxes ont été élus à la tête d’un archevêché de tradition russe, dépendant du Patriarcat de Constantinople – Monseigneur Georges Wagner, né dans une famille protestante allemande, Monseigneur Gabriel, né dans une famille flamande belge et Monseigneur Jean, notre archevêque actuel, né à Bordeaux dans une famille catholique. Monseigneur Gabriel a exprimé ici-même sa reconnaissance à l’Eglise catholique qui l’a formé et sans laquelle il ne serait pas entré en orthodoxie.

En fait, celle ou celui qui est reçu dans l’orthodoxie revient dans ce qu’a été l’Eglise indivise avant que de nouveaux dogmes aient été promulgués en Occident– ce n’est donc ni un reniement, ni une trahison, et l’on ne devient pas hérétique.  En quoi consiste cette entrée ? Dans la mesure où nous reconnaissons le baptême des catholiques et des protestants, dans la mesure où dans le symbole de la foi, dans le credo, nous « confessons un seul baptême », il est hors de question de les rebaptiser, s’ils prennent la décision d’être reçus dans l’Eglise orthodoxe.

Pour ce qui est de la chrismation qui, chez nous, suit immédiatement le baptême, elle correspond plus ou moins à la confirmation célébrée dans l’Eglise catholique. Elle est donc facultative pour l’entrée en orthodoxie, même si la confirmation ne recouvre pas exactement ce qu’est la chrismation. Les enfants baptisés et chrismés sont immédiatement admis à la communion. La notion d’âge de raison, n’a cours que pour la confession des péchés et cet âge varie en fonction des Eglises orthodoxes – il est plus tardif, par exemple, chez les orthodoxes d’Egypte.

            La réception en orthodoxie est un office court en une ou deux parties, selon qu’il est suivi ou non de la chrismation. Les baptisés qui ont déjà été confirmés demandent souvent à être chrismés, sans doute pour qu’il y ait un signe tangible de leur entrée en orthodoxie. Répondant aux questions du célébrant, le postulant affirme solennellement qu’il a pris librement la décision d’être reçu dans l’Eglise orthodoxe, il s’engage à être fidèle à la tradition et à la foi orthodoxes et promet l’obéissance aux canons, c’est-à-dire aux règles de l’Eglise, et à sa hiérarchie. Il renonce enfin à tout enseignement contraire à la foi orthodoxe et prononce le symbole de la foi, le credo, qui est identique à celui de l’Eglise catholique à une différence près – la formule concernant l’Esprit Saint est la formule originelle, sans l’ajout du filioque, ajouté progressivement par l’Eglise romaine, ajout qui a, malheureusement, abouti à la rupture de communion entre nos Eglises en 1054. Suivent les prières que l’on appelle prières initiales, celles que le prêtre prononce devant l’iconostase avant chaque liturgie, puis la prière d’absolution et la prière de l’onction avec le saint chrême, une huile parfumée, bénie à Constantinople par le patriarche, assisté de nombreux évêques, au cours d’une longue cérémonie. Viennent enfin les prières de conclusion à la Mère de Dieu et au Christ, puis la bénédiction finale.

Le filioque et les dogmes ultérieurs de l’Eglise catholique mis à part, c’est-à-dire celui de l’Immaculée conception de la Mère de Dieu et celui de l’infaillibilité papale, tout le reste est commun sur le plan dogmatique. Il y a de nombreuses différences d’usage et de discipline, mais il y a également des différences entre Eglises-sœurs orthodoxes. Pour rassurer les catholiques présents aujourd’hui – la discipline observée par les catholiques de rite oriental est la même que la nôtre et nous célébrons la même liturgie de Saint Jean Chrysostome.

Aujourd’hui notre communauté s’enrichit d’un nouveau membre qui a fréquenté la paroisse assez longtemps et s’est mis spontanément au service de personnes qui en avaient besoin, avant de prendre la décision de l’intégrer pleinement. Nous sommes très heureux de l’accueillir et lui souhaitons une belle progression spirituelle.

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Matthieu 22, 1-14   2 Co, 1, 21 – 2, 4

La parabole du festin nuptial est déroutante par sa sévérité, et elle peut être interprétée au moins de deux façons, selon que nous pensons que le Christ S’adresse aux seuls Juifs ou à nous tous. La conclusion est très inquiétante. Dans les Evangiles, le festin de noces est toujours l’image du Royaume céleste, et le fait que tous soient appelés et qu’il y ait peu d’élus nous interpelle, d’autant plus que ceux qui n’auront pas été élus « seront jetés pieds et poings liés dans les ténèbres du dehors où il y aura des pleurs et des grincements de dents ». En langue moins imagée, cela semble signifier que si tout le monde est invité au Royaume, très peu de personnes y auront leur place. Sont exclus, ceux qui auront refusé l’invitation et parmi ceux qui l’auront acceptée, certains se verront reconduire dans un endroit qui n’aura rien de plaisant, en raison de leur indignité.

            Une première interprétation simpliste serait que le Christ S’adresse à Ses compatriotes, à tous ceux qui ne L’ont pas reconnu ou ne Le reconnaîtront pas comme le Messie. Ils connaîtront le pire des sorts et seront rejetés par Dieu. L’explication ne tient pas. Nous parlons de deux testaments. Dieu à fait deux promesses – une première au peuple dont le Christ est issu par Sa Mère et une seconde à tous les peuples de la terre. Un homme peut changer de testament, un homme peut revenir sur sa parole. Il est impossible que Dieu revienne sur la parole qu’Il a donnée. Le peuple juif a et aura toujours un statut spécial, un statut qui nous dépasse totalement, un statut qui est au-delà de notre compréhension. Et le fait de penser que le Christ, ici, ne S’adresse qu’aux seuls Juifs ne nous dédouane pas de nos obligations et de nos responsabilités. Nous n’avons aucune idée de la façon dont les Juifs seront jugés, et, d’ailleurs, cela ne nous regarde pas. Occupons-nous plutôt de nous, et voyons dans quelle mesure cette parabole nous concerne, nous.

Nous sommes tous appelés, et cela malgré notre état de pécheurs. Pour que nous en soyons bien conscients, le Christ n’a cessé de répéter qu’Il était venu pour sauver les pécheurs, dont Saint Paul a dit qu’il était le premier. Et nous avons raison de reprendre à notre compte cette affirmation dans les paroles que nous prononçons dans la prière avant la communion, communion qui préfigure le festin du Royaume céleste.

Les bonnes raisons, données par les invités de la parabole qui déclinent l’invitation qui leur est faite symbolisent toutes les bonnes raisons que nous trouvons pour ne pas répondre à la double invitation du Christ – celle à Le suivre en nous convertissant, en changeant notre vie et celle à participer aux liturgies dominicales où nous sommes invités à communier aux Saintes espèces.

 Le vêtement de noces que nous devons revêtir est la préparation à la liturgie. Quand notre âme est trop « sale », nous avons la possibilité de la laver par le biais de la confession. Les contemporains du Christ qui étaient trop pauvres pour avoir un vêtement de noces s’en voyaient prêter un par les parents des futurs mariés. Le sacrement de la confession, lui, n’est pas un prêt, c’est un don. Mais soyons réalistes, nous avons hérité de toutes les complications qui résultent de la faute d’Adam, de la faute du premier homme, et, le jour de notre baptême mis à part, puisque ce jour là nous avons été lavés de tout péché – nous ne serons jamais complètement « propres », si l’on continue d’utiliser l’image de la noce. Cependant, si le Christ a eu des paroles très sévères, Il a également dit que « ce qui était impossible aux hommes était possible à Dieu ». Dans la mesure où nous ne sommes et ne serons jamais parfaits, l’Esprit compensera toujours nos insuffisances et à moins d’avoir un péché très lourd sur la conscience, nous serons toujours invités à communier à la liturgie, malgré nos maladies spirituelles.

Le Christ souffle le froid dans un but pédagogique, parce que l’absence de crainte du châtiment pourrait nous inciter à ne plus fournir aucun effort, mais Il souffle également le chaud en laissant clairement entendre que si nous fournissons des efforts, l’Esprit sera toujours là pour compenser les insuffisances, dont nous ne pourrons jamais nous débarrasser complètement. Et cela nous empêche de sombrer dans le désespoir.

Publié dans sermon | Commentaires fermés

Lc 7, 11-16 Lc 8, 41-56

 Les deux évangiles d’aujourd’hui, celui qui est lu dans notre Archevêché, comme celui qui est lu dans les paroisses grecques, relatent tous deux des miracles opérés par le Christ – chez nous, le Christ ressuscite le fils d’une veuve, chez les Grecs, le Christ guérit une femme qui souffrait d’hémorragies depuis 12 ans et fait revenir à la vie la fille de Jaïre, un dignitaire juif.

Il y a au moins deux sortes de miracles. Ceux qui défient les lois de la nature, quand un mort est ramené à la vie, plusieurs jours après son décès, comme cela a été le cas de Lazare, l’ami du Christ, ou quand un aveugle de naissance retrouve la vue. Ce sont les miracles les plus rares. Il faut être le Christ ou, plus tard, au moins un apôtre ou un grand saint pour que ces miracles se produisent. Et, n’oublions pas que si un apôtre ou un saint demandent une guérison ou un miracle, c’est Dieu qui agit. D’autres miracles ne vont pas à l’encontre des lois de la nature. Ils sont plus nombreux que les premiers, mais les uns et les autres restent rares. Il peut même nous sembler qu’au 21-ème siècle, ils sont rarissimes, du moins peut-on le supposer, car il ne leur est pas fait de publicité. A nos yeux, les miracles appartiennent plutôt au passé qu’au présent.

Pour quelles raisons les miracles sont-ils si rares ? La première raison est que Dieu respecte totalement notre liberté. Le Christ n’a pas manié le miracle, comme une incitation à se convertir pour entrer au Royaume. Le plus souvent, Sa motivation était la pitié, la compassion. Si les miracles étaient la récompense automatique pour une vie entièrement tournée vers Dieu, l’homme n’aurait pas besoin de la foi. La foi serait remplacée par la certitude d’être récompensé pour des mérites, et la vertu, en vue d’une récompense, serait alors tout sauf désintéressée. Mais la parabole du serviteur inutile, qui fait ce qu’il faut parce qu’il le faut, la parabole du serviteur qui ne fait que son devoir, nous rappelle que la notion de mérite n’a pas cours dans le christianisme. Les miracles ne dépendent pas de la vertu de l’homme, qui ne sera jamais suffisante, mais de sa foi. Les autres raisons de la rareté des miracles sont, soit notre aveuglement – nous ne les voyons pas, soit notre manque de foi, si nous les avons demandés et n’avons pas été exaucés. Si un miracle n’est pas une récompense, il est, en revanche, une forme de reconnaissance de la foi de celui qui en bénéficie ou de ceux qui ont demandé la guérison de quelqu’un d’autre. Et c’est là que, pour nous, le bât blesse.

Au chapitre 17 de l’Evangile de Luc, le Christ dit aux apôtres que « s’ils avaient vraiment de la foi gros comme une graine de moutarde, s’ils disaient à un sycomore (à un arbre) – déracine-toi et va te planter dans la mer, il leur obéirait ». L’évêque catholique de Troyes, commentant ce verset, a développé l’image en l’adaptant à notre époque : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous feriez des miracles » a-t-il dit dans une homélie et il a ajouté : « En recevant cette parole, nous nous trouvons face à une double question : est-ce que dans notre monde un peu tordu, il y a des miracles ? S’il n’y en a pas, cela veut dire qu’il n’y a plus de foi. Et le deuxième volet de la question : est-ce que nous faisons des miracles ? Si ce n’est pas le cas, c’est que, d’après Jésus, nous manquons de foi ».

Poursuivons ce raisonnement. La raison de l’absence de miracles visibles dans notre monde contemporain qui, à certains égards, semble avoir été abandonné par Dieu, est notre manque de foi. Il se produit certainement des miracles, dont nous pourrions être les témoins, mais que nous sommes incapables de voir. Notre cécité, notre aveuglement spirituel ne nous permettent pas plus de voir tous les petits et grands miracles qui se produisent sous nos yeux, à commencer par le miracle permanent de la nature. Quant aux miracles, dont nous voudrions être les bénéficiaires, il y a d’innombrables raisons, en plus de notre manque de foi, pour qu’ils ne s’accomplissent pas – et ces raisons nous sont inconnues. Les voies du Seigneur – dit-on à juste titre, sont impénétrables.

Essayons d’être attentifs à tous les signes qui, dans notre vie, nous sont adressés par l’Esprit et faisons nôtres les paroles du père de l’enfant possédé : « Nous croyons, Seigneur, mais viens au secours de notre incrédulité ».

Publié dans sermon | Commentaires fermés

1-ère liturgie de septembre Mt 19, 16-26   1 Co 15, 1-11

 Comme le jeune homme riche, nous voudrions tous savoir ce qu’il faut faire « pour avoir la vie éternelle ». La réponse est donnée à chaque page des Evangiles, dont la lecture devrait être quotidienne. Le problème est que même quand nous les lisons et savons ce qu’il faudrait faire, nous ne le faisons pas.

Le Christ conseille au jeune homme de commencer par observer les dix commandements de la loi mosaïque. Le jeune homme répond que c’est ce qu’il fait depuis toujours. Il y a des chances pour que ce soit vrai. Nous sommes déjà hors-course. Qui parmi nous peut se vanter d’observer tous les commandements ? Nous contrevenons à la plupart d’entre eux du matin au soir, en pensée, en action ou par omission. Nous applaudissons des deux mains le discours sur la Montagne, les Béatitudes, mais n’appliquons pas dans notre vie les règles qui en découlent. Qui peut affirmer qu’il aime en permanence son prochain comme lui-même ? Essayons au moins de le faire. Ayons au moins l’envie d’essayer.

Dans l’Evangile de Marc, il est écrit que « Jésus regarda le jeune homme et Se prit à l’aimer ». Le jeune homme riche, contrairement au jugement que nous avons tendance à porter, est donc loin d’être un personnage négatif aux yeux du Christ. Il lui fait cependant une recommandation, il lui demande d’abandonner ses richesses, de les distribuer aux pauvres et de Le suivre. Il est tentant de penser que ce passage des Evangiles ne nous concerne pas directement – nous ne vivons pas dans la misère, mais sommes loin d’être des milliardaires ou même des millionnaires. Nous n’aurions donc pas grand-chose à abandonner. Et pourtant nous sommes concernés – toute forme de richesse, qu’elle soit matérielle, intellectuelle ou même spirituelle peut être un obstacle entre nous et Dieu. Nos éventuels talents, nos intérêts, nos passions, sont des obstacles s’ils nous détournent de l’essentiel, de Dieu et de notre prochain, s’ils nous les font oublier, s’ils prennent la première place dans notre vie.

Il nous est demandé de renoncer à tout ce qui pourrait être un obstacle dans notre chemin vers le Royaume. Comme le jeune homme de l’Evangile d’aujourd’hui nous sommes incapables de nous convertir au point de renoncer à tout ce qui nous empêche d’atteindre la perfection à laquelle nous sommes appelés. Nous sommes incapables de renoncer au péché que le Malin nous présente sous des aspects attrayants.

L’apôtre Pierre, dans l’Evangile de Matthieu, tous les apôtres, dans l’Evangile de Marc, sont également conscients de leur imperfection, mais le Christ les rassure, Il les félicite d’avoir tout abandonné pour Le suivre.

Nous sommes loin d’observer les commandements en permanence et nous n’avons pas renoncé à grand-chose pour suivre le Christ. Les apôtres étaient imparfaits, nous le sommes bien plus qu’eux. Il nous reste cependant un espoir – dans notre vie spirituelle, nous ne parviendrons jamais à rien par nos seules forces, mais l’Esprit est là pour nous soutenir dans nos efforts, pour nous aider à nous relever après chaque chute – et elles sont inévitables. L’humilité, la persévérance dans les efforts à fournir, l’absence du jugement d’autrui, le pardon des fautes, l’amour du prochain sont des passages obligés. La foi en la miséricorde divine, la foi en l’amour du Père qui attend les enfants prodigues que nous sommes feront le reste si nous faisons au moins le premier pas.

Alors, en ce début d’année liturgique, prenons de bonnes résolutions. Ne soyons pas trop ambitieux, ne soyons pas trop orgueilleux et fixons-nous des objectifs qu’il est possible d’atteindre, sans attendre le Grand-carême. Refusons le désespoir, ne soyons pas minés par nos chutes, il y en aura toujours, ne serait-ce que pour nous rappeler que nous avons besoin de l’aide de Dieu. Relevons-nous à chaque fois. Agissons comme si tout dépendait de nous tout en demandant à l’Esprit de compenser nos insuffisances.

Publié dans sermon | Commentaires fermés