Attention ! Les vêpres du samedi 13 mai sont annulées, la liturgie du dimanche 14 est évidemment maintenue.

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Dimanche Myrrhophores et Joseph d’Arimathie Mc 15, 43-16, 8 Ac 6, 1-7 Mc 6, 7-13 1P 5, 6-14

            Nous fêtons aujourd’hui les femmes myrrhophores et Joseph d’Arimathie, auxquels on peut ajouter Nicodème, cité par l’évangéliste Jean. Il a souvent été question, ici, des femmes myrrhophores qui ont servi et accompagné le Christ jusqu’au bout, et ne L’ont pas abandonné comme les apôtres, à l’exception de Saint Jean. Elles étaient plus nombreuses que les sept femmes citées dans les Evangiles. Elles sont un modèle pour tous les chrétiens, en priorité pour les hommes.

            Le noble Joseph, comme il est qualifié dans les textes liturgiques, était originaire d’Arimathie, une ville située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Jérusalem. C’était un riche propriétaire terrien, un notable juif, membre du Sanhédrin de Jérusalem, comme Nicodème. Le Sanhédrin était une administration à la fois politique, religieuse et juridique. Son conseil comportait 71 membres, pharisiens et sadducéens, représentant les grandes villes de Palestine. Le rôle politique du Sanhédrin a été supprimé par le roi Hérode. Et après la destruction du Temple de Jérusalem, en l’an 70, les sadducéens ont été progressivement écartés du conseil au profit des seuls pharisiens.

            Joseph d’Arimathie est décrit par l’évangéliste Luc, comme « un membre du Conseil juste et bon, qui n’avait donné son accord ni au dessein, ni aux actes des autres membres du Sanhédrin ». Il est fait allusion au rejet et à la condamnation du Christ. La richesse et la position sociale de Joseph d’Arimathie lui ont permis d’approcher Pilate pour demander l’autorisation de déposer le corps du Christ dans un tombeau qu’il avait fait creuser. La loi juive exige que les morts soient enterrés rapidement et avant le coucher du soleil.

           Nicodème, qui a accompagné Joseph d’Arimathie et l’a aidé à mettre le Christ au tombeau, est mentionné trois fois dans l’Evangile de Jean. Au chapitre 3, l’évangéliste rapporte l’entretien du Christ avec Nicodème, un notable juif, de la mouvance pharisienne, venu voir le Christ de nuit, par discrétion et précaution. Au chapitre 7, le même Nicodème prend la défense du Christ, face aux grands-prêtres et aux pharisiens, en disant : « Notre loi condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il fait » ?

            Joseph d’Arimathie, comme Nicodème étaient deux disciples du Christ, deux disciples discrets, par peur de représailles. Alors que tous les autres, les femmes myrrhophores et l’apôtre Jean, mis à part, s’étaient évanouis dans la nature au moment de la crucifixion, ces deux notables ont eu le courage d’aller réclamer le corps du Christ pour qu’Il ne soit pas enterré dans la fosse commune, réservée aux suppliciés, et ont pris en charge, avec les myrrhophores, tout l’aspect matériel lié à Son ensevelissement. Des récits apocryphes ont rapporté, de façons différentes, les fins de vies des ces deux « membres crypto-dissidents » du Sanhédrin. Joseph d’Arimathie serait mort de mort naturelle en Angleterre où il aurait annoncé l’Evangile. Nicodème, lui, était parent de Gamaliel, le docteur de la loi, cité au chapitre 5 des Actes des apôtres. Gamaliel, le maître du futur Saint Paul, avant sa conversion, aurait enterré, sur ses terres, près de Jérusalem, Saint Etienne, l’un des sept premiers diacres, après sa lapidation. Gamaliel aurait également recueilli Nicodème, chassé de ses terres après son baptême. Et, selon la tradition, il se serait lui-même fait baptiser secrètement avec son fils Aviv, par les apôtres Pierre et Jean. Le juste Gamaliel et son fils Aviv, enterrés au même endroit que Nicodème et Etienne, ont été béatifiés. L’on fête, le 2 août, la translation de Jérusalem à Constantinople des reliques de saint Etienne et l’invention, c’est-à-dire la découverte, des reliques des Justes Nicodème, Gamaliel et Aviv.

            L’Eglise nous propose les femmes myrrhophores comme modèles pour la permanence de leur courage, de leur abnégation et de leur fidélité. Joseph d’Arimathie et Nicodème, eux, sont donnés en exemples pour leur fidélité indéfectible au Christ, alors que Sa mort les avait plongés dans la stupeur et avait eu raison de leur foi en Sa divinité. Assumons nos doutes inévitables et, comme les femmes myrrhophores, Joseph d’Arimathie et Nicodème, restons fidèles au Christ en toutes circonstances.

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Dimanche des Rameaux 2017

     L’entrée triomphale du Christ à Jérusalem est l’une des douze fêtes majeures célébrées par notre Eglise. Nous ne fêtons ni l’accueil d’un Messie dont la foule espère qu’Il va bouter l’occupant hors de la Palestine, ni la versatilité programmée de la foule qui va abandonner le Christ dès Son arrestation et ira jusqu’à demander Sa mort. Cette entrée triomphale à Jérusalem est une fête, dans la mesure où elle anticipe la Résurrection. Il est facile de se rassurer en pensant qu’à la place des contemporains du Christ, nous aurions adopté une attitude différente. L’apôtre Jean, et les futures myrrhophores, mis à part, les autres apôtres et disciples du Christ ont eu un comportement à peine meilleur que celui de la foule qui avait approuvé la mise à mort de Celui qu’elle avait suivi, estimant qu’elle avait été trompée. Les disciples, restés fidèles malgré tout, n’ont ni compris, ni accepté la mort du Christ, jusqu’à Sa résurrection. Il serait présomptueux d’imaginer que, dans les mêmes circonstances, nous aurions été plus courageux qu’eux et que notre foi aurait été supérieure à la leur.

       Nous savons quelles étaient les attentes de la foule qui avait accueilli triomphalement le Messie à Jérusalem. Interrogeons-nous sur nos attentes. Pour quelles raisons, sommes-nous devenus chrétiens, et plus particulièrement chrétiens orthodoxes, ou, pour quelles raisons assumons-nous le choix fait par nos parents lorsqu’ils nous ont baptisés ? Quelles sont nos vraies motivations ? Qu’espérons-nous trouver dans l’Eglise ? Ne sommes-nous que des « consommateurs » qui recherchent des bénéfices spirituels ?

       Les chrétiens sociologiques, ceux qui vont à l’église parce que c’est la tradition dans la famille, ou parce que cela se fait, sont en voie d’extinction. Dans notre société, la foi chrétienne n’est plus vraiment à la mode. Rares sont ceux qui ont bénéficié d’une révélation subite, à la Saint Paul sur le chemin de Damas. Alors qu’est ce qui nous a amenés à l’Eglise ? Les Pères réfutent les arguments purement intellectuels. La foi est une grâce. Les connaissances sont utiles, mais elles ne sont qu’un éventuel élément déclencheur. Le pari de Pascal, selon lequel on a intérêt à croire en Dieu, qu’Il existe ou non, parce que s’Il n’existait pas, l’on ne perdrait rien et que s’Il existait, l’on gagnerait tout, ce pari est tout sauf orthodoxe. L’on ne peut et ne doit devenir chrétien par calcul. Le seul côté positif du « pari » est qu’il recommande une vie réglée par le Décalogue et les œuvres. La pratique peut alors déboucher sur une vraie foi, qui sera accordée par Dieu.

     Une adhésion au christianisme en vue d’un bien-être matériel, prôné par des mouvances protestantes américaines, qui établissent une relation entre une vie vertueuse et la récompense matérielle accordée par Dieu ici-bas, est inconciliable avec la Tradition. L’aspiration au bien-être spirituel, et non au confort spirituel, est acceptable lorsque nous acceptons de porter dans le même temps notre croix personnelle, comme le Christ l’a demandé. Cette croix est, tout sauf confortable, mais si elle est acceptée, elle est alors source de bonheur spirituel. L’on ne devient pas chrétien pour échapper aux souffrances. Une foi bien comprise permet de les assumer et de les sublimer. Les Pères de l’Eglise s’appuient fréquemment sur l’exemple de Job, du livre de la Bible qui porte son nom.

      Job était un homme aussi riche que vertueux – « il était intègre et droit, il craignait Dieu et s’écartait du mal » – est-il écrit. Le Malin met alors Dieu au défi – il est facile d’être vertueux quand tout va bien, quand on est riche et bien-portant. La foi de Job en Dieu résistera-t-elle à la perte de ses biens et de sa santé, (…) l’homme accablé perdant le jugement » ? Aussitôt dit, aussitôt fait – Job est mis à l’épreuve. Dans une première étape, il est complètement ruiné, ses propriétés sont brûlées, ses troupeaux sont volés, ses serviteurs, puis ses fils et ses filles sont assassinés. Job accepte tout. Il prononce les paroles que l’on connaît, sans toujours savoir qui en est l’auteur : «Je suis né nu, je mourrai nu. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris. Que le Nom du Seigneur soit béni » ! Dans une seconde étape, Job est frappé par « une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête » – est-il écrit. Là, commence une période de turbulences spirituelles. Un ami de Job résume la situation: « Dieu t’a mis à l’épreuve et tu fléchis (…) tu savais rendre la vigueur aux foules que tu éduquais, (…) tes paroles redressaient ceux qui perdaient pied, tu affermissais les genoux de ceux qui ployaient. Maintenant que ces malheurs te sont arrivés, c’est toi qui fléchis. Ta piété, ta bonne conduite ne tenaient-elles qu’à ton bien-être ?

      Après une longue période de doutes et de révolte, Job retrouve la foi, 42 chapitres plus tard: « Je sais que Tu peux tout, – dit-il à Dieu, et qu’aucun projet n’échappe à Tes prises. (…) J’ai abordé, sans le savoir des mystères qui me confondent. (…) Je vais T’interroger et Tu m’instruiras, disais-je. Je ne Te connaissais que par ouï-dire. Maintenant mes yeux T’ont vu, et j’ai horreur de moi ». Job a enfin accepté sa croix. Il est écrit alors que « le Seigneur rétablit les affaires de Job, occupé à intercéder auprès de Lui pour son prochain ».

         Quelles que soient les raisons qui nous ont fait franchir le seuil de l’Eglise, le chemin qui mène au Royaume est parsemé d’épreuves qui, heureusement, ne sont pas toujours aussi terribles que celles que Job a du affronter. Mais ce chemin ne peut être de tout repos. Et il est différent pour chacun d’entre nous. Notre imperfection nous pousse à nous engager dans cette voie, d’abord pour recevoir, pour nous sentir mieux ou moins mal. Il faut passer à l’étape suivante – faire le bien, non pour obtenir quelque chose, mais parce qu’il le faut, comme le serviteur inutile de la parabole qui n’attend pas de récompense pour ce qu’il a fait, parce que c’était normal. La foi est essentielle, car les résultats des efforts ne sont jamais immédiats. Tirons les leçons de l’expérience de ceux qui ont abandonné le Christ, parce qu’ils ont été déçus, parce que le Christ n’a pas répondu à leurs attentes immédiates et à leurs espoirs. Ayons confiance. Seules la confiance en Dieu et l’aide de l’Esprit, si nous la demandons, permettent de continuer d’avancer dans la bonne direction et de surmonter les périodes de découragement et les doutes inévitables.

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4-ème dimanche de Carême 2017 Mt 4, 25 – 5, 12

     Nous sommes tous invités à entrer au Royaume, et déjà ici-bas. Nous le sommes à chaque liturgie eucharistique, qu’elle soit dominicale ou autre. L’ouverture des Portes Royales et le point culminant de la liturgie qu’est la communion aux Saintes Espèces, sont les signes de notre entrée provisoire au Royaume, dans lequel, comme le disent des théologiens contemporains, nous avons pu mettre un pied.

       Nous savons que, malheureusement, très vite après le passage à la croix, à la fin de la liturgie, nous réintégrons le monde. Et, même si nous sommes dans de bonnes dispositions, même si nous nous sentons encore un peu citoyens du Royaume, le Malin fait tout ce qu’il peut pour nous ramener sur terre, avec un coefficient de réussite étonnant. Tous les moyens lui sont bons – une bonne colère, bien sûr justifiée à nos yeux, assortie parfois d’expressions peu polies, une envie irrésistible de porter un jugement sur quelqu’un qui, bien sûr, le mérite bien, pour ne citer que deux incitations du démon. Les forces du Malin ont une imagination débordante et leur efficacité est redoutable, tant nous sommes des proies faciles, tant nous nous laissons faire, parce que cela nous est plus facile que de résister.

        Nous sommes pourtant invités à continuer notre chemin en direction de ce Royaume, entrevu, le temps d’une liturgie. Et cela, malgré les tentations, malgré notre faiblesse, en dépit de notre état de pécheurs qui retombent toujours dans les mêmes péchés. C’est décourageant, même déprimant. Nous sommes inconsciemment contaminés par une maladie spirituelle, dont le virus aura été instillé par le Malin. Cette maladie, cette passion (en langue d’Eglise) que les Pères appellent « acédie » est d’autant plus dangereuse qu’elle est discrète et se développe lentement mais sûrement. L’examen de conscience qui devrait être permanent, qui devrait être quotidien, nous fait découvrir le manque de résultats de nos efforts, manque de résultats encore plus flagrant en période de carême. Quelles sont les manifestations de cette maladie spirituelle et que recouvre-t-elle ?

        L’acédie est un état de paresse, à la fois spirituelle et physique qui apparaît lorsqu’on a l’impression, qui n’est malheureusement pas fausse, de toujours retomber dans les mêmes péchés, peu après chaque confession. Cette constatation peut déboucher sur l’acédie. Cette passion se manifeste par un ensemble de sentiments et d’attitudes complémentaires, par le dégoût de soi, la lassitude, le découragement, le laisser-aller et la tristesse. Le tout s’accompagne d’une insatisfaction générale que rien de très précis ne semble motiver. Cette passion est dangereuse parce qu’elle rend mou, elle enlève toute combattivité dans le domaine des efforts spirituels. « A quoi bon faire des efforts, à quoi bon se battre contre ses tendances naturelles, puisque de toutes façons l’on arrivera à rien » ? Les apôtres, eux-mêmes, étaient conscients de ne pouvoir atteindre la perfection que Dieu attend de nous, alors qu’ils vivaient aux côtés du Christ, témoin de leur moindre dérapage, alors qu’ils L’accompagnaient et profitaient en permanence de Son enseignement.

        Il y a un antidote, il y a un traitement pour lutter contre le découragement. Dans son épître, L’apôtre Jacques « félicite les gens endurants » et donne en exemple le Job du livre de la Bible qui porte son nom. « Heureux l’homme, – écrit-il également, qui endure l’épreuve, parce que une fois testé, il recevra la couronne de la vie ».

        N’oublions donc pas que les épreuves, les tentations, les souffrances de toutes sortes, la constatation de notre état permanent de pécheurs, auront des résultats différents, selon que nous écouterons ce que susurre le Malin à notre oreille ou que nous suivrons le conseil du même apôtre Jacques et demanderons à l’Esprit la sagesse qui nous fait défaut. Nous avons deux armes à notre disposition – la prière « Roi céleste et celle de Saint Ephrem, spécifique au carême, dans laquelle nous demandons de l’aide afin de « ne pas tomber dans l’esprit d’oisiveté, d’abattement, de domination et de vaines paroles ». Les deux textes sont à votre disposition à côté des cierges, pour ceux qui ne les connaissent pas par cœur.

    Notre tristesse, justifiée au départ, sera alors atténuée, puis transformée par la conscience de la mansuétude infinie de Dieu qui pardonne celui qui se repent soixante dix-fois sept fois, c’est à dire 490 fois, ce qui est une autre façon de dire toujours. Encore faut-il demander pardon, et au moins essayer de s’amender. La deuxième étape, après celle du repentir est d’avoir au moins le désir profond de ne plus pécher, disait le père Alexandre Men’.

        Mettons à profit les deux semaines qui nous restent, avant Pâques, pour ne pas nous contenter d’être les ouvriers de la 11-ème heure.

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2-ème dimanche de carême 2017  Mc 2, 1-12

          Le miracle de la guérison du paralytique de Capharnaüm est intéressant à plusieurs titres. Quand des parents demandent à Dieu la guérison de leur enfant, cela n’a rien de surprenant. Quand ce sont des amis qui demandent la guérison d’un adulte, cela signifie que cette personne compte beaucoup pour eux. Nous dirions qu’il s’agit de quelqu’un de bien. Et là, les amis du paralytique fournissent un effort supplémentaire et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne manquent ni d’imagination, ni de toupet et qu’ils vont surprendre tout le monde. Dans la mesure où la présence du Christ a attiré une grande foule, plus personne ne peut entrer dans la maison, dont les exégètes pensent qu’il s’agit de celle de l’apôtre Pierre. Le seul moyen d’arriver jusqu’au Christ est de monter sur le toit en bois, recouvert de terre battue, d’en démonter une partie et de faire descendre le paralytique sur son brancard.

         Le Christ, Lui aussi, surprend et choque son auditoire. Il commence déjà par pardonner les péchés du paralysé, ce qui fait scandale, et non au vu de la foi de l’infirme, mais au vu de la foi de ses amis. A la fin de son épître, l’apôtre Jacques nous dit que la prière collective est efficace et qu’elle l’est d’autant plus que ceux qui la font sont justes, c’est-à dire qu’ils observent ou, en tout cas, s’efforcent d’observer les recommandations du Christ : « L’un d’entre vous est-il malade, – écrit l’apôtre, qu’il fasse appeler les anciens de l’Eglise et qu’ils prient après avoir fait sur lui une onction d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient ; le Seigneur le relèvera et s’il a des péchés à son actif, il lui sera pardonné. (…) Priez les uns pour les autres, afin d’être guéris. La requête d’un juste agit avec beaucoup de force ».

        Nous remarquons que, pour le paralytique de Capharnaüm, le pardon des péchés précède la guérison physique et que Dieu « prête une oreille attentive à la voix des supplications », pour reprendre une expression utilisée dans nos offices. Le Christ établit une hiérarchie des guérisons. A Capharnaüm, la guérison est d’abord spirituelle, puis physique. Cela s’explique par le fait que la guérison spirituelle débouche sur l’éternité, tandis que la guérison physique est limitée dans le temps, ne serait-ce que par la fin de vie.

        Le père Alexis Metchoff, un saint russe du début du 20-ème siècle était un adepte de la prière concertée – quand des fidèles prient ensemble à des endroits différents, mais à des moments sur lesquels ils s’étaient mis d’accord. Le résultat des prières, concertées ou individuelles, n’est pas toujours celui qui est escompté. Il est impossible de dire pour quelles raisons les prières n’ont pas été exaucées. Cela ne signifie pas que ceux qui ont prié n’étaient pas des justes. Une ébauche de réponse est sans doute contenue dans le Notre Père – « que Ta volonté soit faite » sous-entend que la volonté de Dieu ne coïncide pas nécessairement avec la nôtre. Et que c’est la Sienne qui prévaut. Cela peut déstabiliser. Il est très difficile, il est même parfois impossible de trouver une justification ou une quelconque raison à la souffrance qui nous paraît gratuite, à la souffrance qui nous semble injuste. La tentation est grande d’en faire porter, à tort, la responsabilité à Dieu. Il est des questions auxquelles nous n’aurons peut-être des réponses que dans l’autre-monde.

       « La voie de Dieu est une croix quotidienne – a écrit St Isaac le Syrien. Nul n’est monté aux cieux en menant une vie de fraîcheur », c’est-à-dire une vie sans soucis, sans épreuves. La substitution de la formule « délivre du Malin », c’est-à-dire « de l’emprise des force du mal », par « délivre nous du mal », c’est-à-dire de tout ce qui nous est désagréable, montre clairement que l’homme a naturellement tendance à privilégier le bien-être matériel, le bien-être physique, au bien-être spirituel. La hiérarchie établie par le Christ à Capharnaüm est inversée. A nous de rétablir le bon ordre.

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Dimanche du Pardon 2017

         « Quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Celui qui dira à son frère « imbécile » sera justiciable du Sanhédrin. Celui qui dira : « fou » sera passible de la géhenne de feu. Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande ». Que la partie féminine de l’assistance se rassure, il est évident que les sœurs sont tout autant concernées par ces paroles du Christ.

         Cette citation de l’Evangile de Matthieu n’est pas seulement d’actualité le dimanche du pardon – elle s’applique en permanence à toutes les liturgies, tout au long de l’année. Dans les recommandations faites aux célébrants en première page du texte de la liturgie de Saint Jean Chrysostome, telle qu’elle est célébrée dans les Eglise orthodoxes de tradition slave, il est écrit : « Avant de célébrer la divine liturgie, le prêtre et le diacre doivent s’être réconciliés avec tous et n’avoir de ressentiment envers personne. Ils doivent garder leur cœur libre de toutes pensées mauvaises et avoir observé l’abstinence et le jeûne selon les prescriptions de l’Eglise ». Ces recommandations ne s’appliquent pas qu’au clergé, elles devraient être observées par tous les fidèles.

         Nous allons célébrer ensemble les vêpres du pardon, après les courtes agapes qui suivront la liturgie. Le pardon, l’absence de jugement et l’amour du prochain sont incontournables.

         Un grand nombre de citations des Evangiles vont dans ce sens. « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » Mt 6, 14 – est-il rappelé dans l’Evangile d’aujourd’hui. Un peu plus loin, dans le même Evangile de Matthieu, il est écrit : « Pierre s’approcha du Christ et Lui dit : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu’à sept fois ? Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois ». Soit 490 fois, ce qui est une façon imagée de dire « toujours ». C’est cette formule qui est reprise dans l’une des prières avant la confession : « C’est Toi, Seigneur, qui as dit : Je ne désire pas la mort (la mort spirituelle) du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive, et qu’il faut pardonner soixante-dix fois sept fois le péché». Contrairement à nous, Dieu pardonne donc toujours le pécheur.

          A la dernière liturgie il vous a été dit que selon Saint Isaac le Syrien, « Il n’y avait point de péché non pardonné hormis le péché non repenti ». Le Christ a dit que « le seul péché qui ne soit pas pardonné était le péché contre l’Esprit». D’après Monseigneur Serge, notre archevêque de 1993 à 2003, il s’agit du désespoir, quand le pécheur n’a pas foi en la mansuétude divine et pense qu’il ne sera pas pardonné.

         Une citation recomposée à partir de deux autres du chapitre 7 de l’Evangile de Matthieu résume tout : « Il ne suffit pas de dire « Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de Mon Père qui est aux cieux. (…) Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux ».

         Pour ce qui est du carême qui commence ce soir, il est possible d’adapter ces paroles en disant : « Il ne suffit pas d’observer un jeûne strict et d’aller à tous les offices que l’Eglise propose pour entrer dans le Royaume – c’est non seulement utile, c’est nécessaire, mais ce sont des moyens et non un but en-soi. La priorité, c’est pardonner, s’abstenir de juger, et agir envers les autres, comme l’on voudrait qu’ils agissent envers nous. Le jeûne, la prière et la pratique de l’amour du prochain sont indissociables et se complètent.

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Dimanche du Jugement dernier 1 Co 8, 8 – 9, 2 Mt 25, 31-46

Nous sommes entrés dans la période de préparation au Grand carême. Les textes lus au cours de notre liturgie font partie de cette préparation. Dans l’extrait de l’épître aux Corinthiens de ce jour, l’apôtre Paul demande aux chrétiens de Corinthe de ne pas consommer de viande provenant de sacrifices faits aux idoles. « Si un aliment doit faire tomber mon frère, je renoncerai à tout jamais à manger de la viande plutôt que de faire tomber mon frère » – écrit-il. Cette phrase a été précédée d’une autre phrase déroutante : « Ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : si nous n’en mangeons pas, nous ne prendrons pas de retard ; si nous en mangeons, nous ne serons pas plus avancés ». Nous non plus d’ailleurs ne sommes pas plus avancés, dans la mesure où la phrase n’est pas très claire. Il est cependant possible d’en déduire, en ce qui concerne notre carême, que nous observerons le jeûne pour nous et non pour Dieu, à qui nos menus importent peu. Les restrictions alimentaires et autres, que nous allons nous imposer, nous aideront à recentrer notre vie sur l’essentiel. Elles seront une aide, mais certainement pas un but en soi.

Un second thème est abordé, cette fois, dans l’évangile d’aujourd’hui, celui du Jugement dernier. La présentation de ce Jugement a de quoi effrayer. A commencer par les conditions à remplir pour gagner notre entrée au Royaume. S’il nous est arrivé, de nourrir les affamés directement, ou indirectement, par le biais de dons à des associations, s’il nous est arrivé de rendre visite à des malades, rares sont ceux, parmi nous, qui ont recueilli un étranger, et encore plus rares sont ceux qui sont allés voir un prisonnier, ne serait-ce que parce que c’est matériellement difficile à réaliser. Alors, si nous n’avons pas accompli ce qui est demandé ici par le Christ, et la liste n’est pas limitative, serons-nous condamnés à être « maudits », serons-nous « condamnés au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges », comme il est écrit dans l’Evangile ? La fin du passage est encore plus angoissante – « les justes bénéficieront d’une vie éternelle, les autres d’un châtiment éternel ». C’est le mot éternel qui fait problème quand il s’agit du châtiment. Les théologiens de toutes les époques ont essayé de trouver des réponses plus ou moins convaincantes pour nous remonter le moral.

Certains ont déduit, sans doute à juste titre, que Dieu étant à la fois infiniment bon et ami des hommes, l’idée d’un châtiment éternel pour tous ceux qui ne seraient pas parvenus à la perfection était difficile à admettre. Les plus pessimistes ont avancé la théorie du purgatoire, les plus optimistes ont imaginé une période d’adaptation entre le moment de la mort physique et l’entrée au Royaume.

Les paroles très dures de l’Evangile d’aujourd’hui semblent contredire de très nombreuses autres paroles du Christ qui a affirmé qu’Il était venu sauver les pécheurs et non ceux qui se croyaient justes, que si atteindre la perfection était impossible aux hommes – leur faiblesse pouvait être compensée par l’infinie miséricorde de Dieu.

L’un des théologiens les plus optimistes a été Saint Isaac le Syrien, un saint du 7-ème siècle, dont voici quelques réponses à nos interrogations légitimes.

« Il n’est point de péché non pardonné, hormis le péché non repenti ». Voilà une première réponse au désespoir de celui qui a conscience de son état de pécheur. Saint Isaac ajoute : « Voici, mon frère, un commandement que je te donne : que la miséricorde l’emporte toujours dans ta balance, jusqu’au moment où tu sentiras en toi-même la miséricorde que Dieu éprouve envers le monde ».

Saint Isaac poursuit en précisant que « La miséricorde est contraire à la justice ; la justice (…) donne à chacun ce dont il est digne (c’est à dire ce qu’il mérite), sans admettre de faveur ni de partialité. Mais la miséricorde (la miséricorde divine) (…), se penche sur chacun avec compassion ; elle ne rend point le mal à celui qui le mérite, et restitue le bien avec une grande surabondance ». L’idée a été reprise par Mgr Antoine de Londres qui a dit que « Si Dieu était juste, nous serions tous condamnés ». Saint Isaac va encore plus loin : « Une poignée de sable dans la mer immense, a-t-il écrit, voilà ce qu’est le péché de toute chair (c’est-à-dire de tout être humain) en comparaison avec la Providence et la miséricorde de Dieu ». La poignée de sable – ce sont nos péchés, la mer c’est la miséricorde divine.

            Cet optimisme est cependant relativisé par les paroles suivantes : « La voie qui mène à Dieu est une croix quotidienne. Nul n’est monté aux cieux en menant une vie de fraîcheur. Nous savons où cette dernière se termine ».

            Profitons du Grand-Carême, qui va bientôt commencer, pour nous efforcer de trouver un équilibre en vivant le plus chrétiennement que nous le pourrons, sans complaisance envers nous-mêmes. Ne soyons pas déstabilisés par nos chutes, par nos échecs inévitables. Ayons confiance en la mansuétude divine mais ne comptons pas sur elle seule pour nous relever, elle ne nous dispense ni de nos efforts, ni de notre croix.

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Dimanche de la Théophanie Saint-Prix 2017

 Nous fêtons la nouvelle année deux fois par an – quatre fois par an pour ceux qui jouent sur les deux calendriers, le julien et le grégorien. Nous fêtons le Nouvel an liturgique, le 1-er septembre, et le Nouvel an civil, le 1-er janvier. Voilà, en plus des carêmes, deux occasions de prendre de bonnes résolutions. Nos bonnes résolutions ecclésiales diffèrent des bonnes résolutions civiles par leurs destinataires. Il est difficile, même si c’est nécessaire, de faire bénéficier de nos résolutions un « Dieu inexprimable, incompréhensible, invisible et insaisissable », comme le définit Saint Jean Chrysostome. Alors faisons bénéficier de nos efforts à venir, le prochain que nous voyons et réussissons à peu près à comprendre et à cerner.

Saint Jean résume très bien la situation dans sa première épître : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas ». Commençons donc par aimer nos proches, ce qui devrait être le moins difficile. Etendons notre rayon d’action à ceux qui nous aiment ou nous apprécient, ce qui n’est pas trop compliqué non plus. Mais le Christ nous a demandé d’aimer aussi ceux qui ne nous aiment pas, et nous pouvons rajouter ceux qui nous sont indifférents – c’est ce qui devrait distinguer les chrétiens de ceux qui ne le sont pas. Cela ne veut pas dire qu’il faut aimer tout le monde de la même façon. Le Christ préférait bien Saint Jean aux autres apôtres. Cela ne signifie pas qu’Il ne les aimait pas. Le Christ, Lui, aimait Ses ennemis, c’est au dessus de nos forces, pour la plupart d’entre nous. Le père Alexandre Men’ demandait à ses paroissiens qui en étaient aussi incapables que nous, d’au moins ne pas souhaiter de mal à leurs ennemis, et d’essayer d’être bienveillants à l’égard de tout le monde.

Commençons donc par travailler notre relation avec notre prochain, en nous fondant sur les textes fondamentaux que sont les dix commandements qui se résument en deux : l’amour de Dieu et du prochain, puis sur les Béatitudes et le Notre Père.

Les Béatitudes indiquent clairement la marche à suivre. Il faut cependant régler une question de vocabulaire. Etre pauvres en esprit, c’est un certain nombre de choses. C’est opérer un renversement de nos valeurs, c’est nous détacher, ne plus être esclaves de notre bien-être matériel et même spirituel, c’est ne plus centrer notre vie sur l’assouvissement de nos besoins réels ou imaginaires, ne plus nous accorder la priorité à nous mêmes, mais à notre prochain et, par ce biais, à Dieu. La pauvreté dont il est question, c’est aussi avoir l’humilité d’intégrer que quoi que nous fassions, quelles que soient nos éventuelles réussites sur le plan spirituel, elles seront ridiculement petites, tant nous serons loin de la perfection. De toutes façons, nous n’aurons fait que ce qu’il faut faire. La pauvreté en esprit, c’est enfin la conscience de notre impuissance à obtenir, par nos seules forces, le salut qui dépend infiniment plus de la miséricorde divine que des efforts que nous aurons pu fournir. Nous dépendons entièrement de l’aide de l’Esprit et de la miséricorde du Père.

« Heureux les doux et les miséricordieux ; il leur sera fait miséricorde » – est-il écrit. Et dans la prière léguée par le Christ, nous avons une fâcheuse tendance à oublier que nous devons pardonner les offenses si nous voulons être pardonnés. C’est aussi une des conditions pour que vienne le Règne du Père et que Sa volonté soit faite sur la terre.

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour les autres » – a résumé le Christ.

Dans l’épître de la fête qui vient d’être lue, il est écrit que « la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes (…) enseigne à renoncer (…) aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété ». « Justice », signifiant « en observant les règles préconisées par le Ecritures ». Et plus loin, l’apôtre Paul ajoute : « Notre Sauveur (…) nous a sauvés, non en vertu d’œuvres que nous aurions accomplies nous-mêmes (…), mais en vertu de Sa miséricorde ».

Le jour du Jugement, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Alors vivons dès aujourd’hui, comme si ce devait être notre dernier jour et n’attendons plus pour mettre en pratique nos bonnes résolutions, même si elles peuvent paraître dérisoires par rapport à ce que Dieu attend de nous. Il compensera nos insuffisances, si nous faisons le premier pas.

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Saints André, Barbara et Nicolas. Mc 5, 24-34 Ep 2, 14-22 Ga 3, 23-29

 Les deux lectures de l’apôtre – celle du dimanche, comme celle de Sainte Barbara, l’une des saintes du jour, mettent l’accent sur un changement majeur du statut de la personne dont l’enseignement du Christ est à l’origine. Ce changement a troublé les membres des premières communautés chrétiennes auxquelles Saint Paul adresse ses épîtres. « Grâce au Christ, – est-il écrit dans l’épître aux Ephésiens, (…) les uns et les autres, dans un seul Esprit, (…) nous ne sommes plus des étrangers, ni des émigrés, nous sommes concitoyens des saints, nous sommes de la famille de Dieu ». Dans le même extrait, l’apôtre ajoute que « de ce qui était divisé, le Christ a fait une unité. Dans Sa chair, Il a détruit le mur de séparation qu’est la haine » (…) « A partir du Juif et du païen, Il a voulu créer un homme nouveau (…) et les réconcilier tous les deux avec Dieu ». Dans l’épître aux Galates, Saint Paul reprend la même idée : « par la foi, devenus fils de Dieu, en Jésus Christ, nous tous qui avons été baptisés en Christ, nous L’avons revêtu. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, nous sommes un en Jésus Christ ».

Ces propos étaient dérangeants au premier siècle – les différences sociales étaient marquées, – entre pauvres et riches, entre maîtres et esclaves, même si la loi juive imposait que les esclaves soient bien traités. Le statut de la femme, était inférieur à celui de l’homme, mais l’infériorité relative de la femme juive était tempérée par le fait que la judaïté se transmettait aux enfants par la femme et non par l’homme – ce qui est toujours le cas. Les Juifs ne se mélangeaient pas aux Grecs, c’est-à-dire ni aux païens, ni aux Samaritains et les toutes premières communautés chrétiennes s’étaient formées selon des critères ethniques, avant que ne se développe la mixité sociale et nationale prônée par Saint Paul. Au départ, les anciens païens avaient leurs communautés, les Juifs devenus chrétiens avaient les leurs.

Pour ce qui est des émigrés, le judaïsme, depuis la fuite d’Egypte, a toujours préconisé leur protection et leur respect, mais cette attitude lui était spécifique et n’était partagée par aucun autre peuple.

En quoi tout cela nous concerne-t-il ? En tout. La société a évolué, mais certains problèmes continuent parfois à se poser. La vie paroissiale est, ou doit être, l’illustration parfaite de cette unité dans la diversité à laquelle Saint Paul fait référence. Dans nos paroisses se retrouvent des fidèles de tous âges, de toutes origines – sociale ou ethnique. Certains sont à l’aise financièrement, d’autres ne le sont pas. Les hommes ne se sentent pas supérieurs aux femmes. Espérons que les femmes ne se sentent pas supérieures aux hommes. Les opinions sur tout ce qui touche à la vie dans la Cité peuvent être différentes, mais elles ne prennent pas le pas sur le reste, sur le plus important, sur ce qui nous unit. De ce qui est a priori divisé – et c’est le cas dans la société civile, le Christ fait une unité, dans l’Eglise avec un grand E, comme dans les églises avec un petit e, comme dans la nôtre où l’atmosphère est paisible et les relations sont fraternelles.

Nous savons tous que cela n’est pas le fruit du hasard, ne serait-ce que parce que le hasard n’existe pas. C’est le résultat des efforts de tous. Mais, comme le conseille l’apôtre Pierre à la fin de sa première épître, nous devons « veiller, car notre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » et l’apôtre nous appelle « à résister aux forces du Malin, par la fermeté de notre foi ». C’est de cette foi qu’il est aussi question dans l’Evangile d’aujourd’hui. La foi de la femme qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans l’a guérie. La foi guérit les maladies physiques – c’est spectaculaire quand cela arrive, trop rarement à notre goût. La foi atténue également les maladies spirituelles, de façon plus discrète.

Demandons à l’Esprit qu’Il continue à nous aider à rester une famille spirituelle unie, à nous soutenir les uns les autres, à supporter nos défauts respectifs. Demandons à l’Esprit la force de ne pas juger notre prochain y compris en dehors de l’église, et d’agir envers lui, comme nous aimerions qu’il agisse envers nous. « Confions-nous, nous-mêmes, les uns les autres, et confions toute notre vie au Christ, notre Dieu ».

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Dimanche de la généalogie Mt 1, 1-25 Hb 11, 9-10, 17-23, 32-40,

Le mot « mystère » se traduit de deux façons en russe, il se traduit par deux mots de même racine : « tainstvo » et « taina ». La première traduction : « tainstvo » correspond, plus ou moins, au mot « sacrement » en français, mais sa signification est plus large et désigne toute intervention divine dans le cadre de l’Eglise. C’est, en premier lieu, la consécration des dons qui vont servir à la communion du clergé et des fidèles au cours de la liturgie. Ce sont ensuite, aussi, toutes les bénédictions faites par un évêque ou un prêtre, les bénédictions de personnes, les bénédictions de maisons, d’icônes, de troupeaux, de véhicules, la liste est très longue. Nous ne limitons à 7 le nombre des sacrements, le nombre des mystères, que par commodité. La seconde traduction du mot « mystère » est « taina ». Elle évoque une réalité qui dépasse l’entendement, qui se situe au-delà de notre compréhension, mais une réalité à laquelle notre foi nous permet d’accéder.

La Nativité est un de ces mystères qui dépassent l’entendement. L’une des personnes de la Trinité, et ce mystère nous dépasse encore plus que tous les autres, le Fils de Dieu qui existe de toute éternité, S’incarne en naissant d’une femme. Conçu d’une façon qui défie les règles de la nature, Il vient au monde, comme tous les autres enfants. Evoquant la mort du Fils de Dieu sur la Croix et Sa résurrection, L’apôtre Paul parle de scandale pour les Juifs et de folie pour les païens. Cette formule peut s’appliquer à Sa naissance. Comment une femme, complètement humaine, peut-elle mettre au monde un Dieu préexistant ? Et l’enfant de Marie ne Se distingue pas des autres. Il est complètement homme. L’enfance, l’adolescence et les débuts de la vie d’adulte du Dieu fait homme ont été si ordinaires, que seuls deux événements sont relatés dans les récits évangéliques canoniques : Sa Présentation au Temple, peu après Sa naissance, et, plus tard, Son escapade à Jérusalem, alors qu’Il avait douze ans, au cours du pèlerinage pascal annuel de Sa famille. La vie publique du Christ ne commence que peu après Son baptême dans le Jourdain, vers l’âge de trente ans.

Cette Nativité que nous nous apprêtons à fêter, et que notre foi nous permet d’accepter, a été prophétisée dans l’Ancien testament. Il est écrit dans le livre d’Esaïe : « Le Seigneur vous donnera Lui-même un signe : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Is 7, 13-14). Sachant que la signification du nom Emmanuel est « Dieu est avec nous », l’enfant né à Bethléem est donc Dieu.

Dans son 131-ème psaume, le roi et prophète David annonce également la venue du Messie, sous la dictée de l’Esprit Saint, sans vraiment se rendre compte de ce qu’il dit : « Le Seigneur l’a juré : c’est quelqu’un sorti de toi (il s’agit de David) que Je mettrai sur ton trône » (Ps 131, 11). Dans la généalogie du Christ sur 42 générations, David apparaît à la 15-ème. Joseph, le beau-père du Christ, qui, pour ses contemporains était considéré comme Son père biologique figure au 42-ème rang.

Saint Jean Damascène apporte une réponse à ceux qui sont gênés que la généalogie du Christ parte de celle de son beau-père qui n’était pas Son père. Si les évangélistes Mathieu et Luc n’évoquent pas la généalogie de la Mère du Christ, qui elle aussi est de la lignée de David, c’est parce que traditionnellement, dans l’Ancien testament, les généalogies prenaient en compte les hommes et non les femmes. D’autre part, la Mère de Dieu était obligatoirement issue de la même tribu d’Israël que son époux, celle de David. Joseph n’aurait jamais contracté un mariage avec une femme issue d’une autre tribu. Cela ne se faisait pas. Cette généalogie, si précise soit-elle, et l’explication supplémentaire de Saint Jean Damascène, ne lèvent pas le mystère. Souvenons-nous de l’erreur d’Adam qui a voulu tout savoir et tout expliquer et ne commettons pas la même. Il est fondamental que nous, chrétiens, acceptions parfois de remplacer la connaissance rationnelle par la foi. Les deux ne sont pas incompatibles, mais c’est la foi qui permet d’accéder à la vraie connaîssance.

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