Dimanche du Fils Prodigue Saint-Prix, le 4 février 2018   Lc XV, 11-32 – Homélie du père André Fortounatto

        La parabole nous présente deux frères. Elle s’étend longuement sur le cadet, qui est un prodigue – dépensier, irréfléchi, ingrat. Il ne calcule pas, bien au contraire, incapable d’esprit de suite qu’il est. Mais son fond n’est pas mauvais ; il garde du cœur. Il s’est exilé loin de son Père. La sévérité de l’épreuve le ramène à la pensée du Père. Il a préparé un discours de retour, l’aveu de sa faute : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi ». L’épreuve a ouvert son cœur sur ce qui avait été un mouvement d’égoïsme, d’ingratitude et d’inconscience.

        Le Père accueille son fils dans la joie, sans un reproche, sans question humiliante. Bien au contraire, il lui rend robe, anneau et sandales, signes de ses prérogatives d’autrefois. Et il fait sacrifier le veau gras, en signe de communion retrouvée.

        Le portrait de l’aîné révèle colère, jalousie et agressivité. En affirmant qu’il sert son père depuis tant d’années et n’a jamais transgressé ses ordres, il se situe par rapport à lui dans une relation qui détermine le devoir plus que l’amour. Son attitude de juste renvoie à celle des pharisiens et des scribes. Comme eux, il manifeste la distance qui le sépare du prodigue en nommant son péché : « il a mangé ton bien avec des prostituées », et en le désignant comme « Ton fils que voilà » – et non « son frère ». Il accuse son père de favoritisme et, au bout du compte, lui reproche « d’avoir tué le veau gras », de manger et de festoyer avec celui qui n’est qu’un pécheur.

          En l’approche du Carême, il nous appartient de nous inspirer de cette parabole. Faire retour au Père, savoir se repentir, réintégrer la maison du Père. Mais à la condition nécessaire et préalable de nous réconcilier avec nos frères, de pardonner et d’accueillir, et ayant pardonné, d’oublier et de reconstruire.

        C’est là que nous trouvons tout encouragement dans les paroles du Père. Si au cadet le Père ne parle pour ainsi dire pas, il déclare à son retour : « Mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie. Il était perdu et il est retrouvé ». Voici la joie de Dieu, la joie du berger qui retrouve la brebis perdue, la joie du ciel qui se réjouit pour un pécheur sauvé, la joie de notre Père, qui « ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il vive ». C’est la reconnaissance de cet amour qui doit ramener en ce carême tous nos cœurs à Dieu.

        Mais avec l’aîné, le Père, c’est-à-dire Dieu, a des paroles littéralement extraordinaires : « Toi, mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ». Nous restons confondus de stupeur devant une telle confession. L’aîné, bien que vivant auprès du Père, est en réalité au plus loin de lui ; mais aux yeux du Père, l’aîné reste toujours aussi proche lui, aussi baigné de son amour, aussi entouré de sa tendresse. Affection, amour, ne sont que des mots pour dire qu’entre le Père et l’aîné, en dépit de l’attitude de celui-ci, il existe un lien indestructible qui est précisément ce foyer d’amour du Père.

       Ce n’est pas tout. « Tout ce qui est à moi est à toi ». Quelle communauté ! Ou plutôt, quelle unité entre le Père et son fils ! Alors, pourquoi cette jalousie de l’aîné pour le cadet ? Ce que le Père a fait pour l’un ne retire rien à l’autre. Il fallait l’étroitesse d’esprit, la sécheresse de cœur de l’aîné pour ne pas le comprendre. « Tout ce qui est à moi est à toi » ! On ne retrouve des mots pareils que dans la prière sacerdotale de Jésus, dans la confidence que fait Jésus à Ses disciples de l’unité d’amour qui le lie à Son Père : « Tout ce qui est au Père est à Lui ». Mais aujourd’hui c’est pour nous que Jésus rapporte cette parole, ce secret plutôt, qu’Il partage avec Dieu Son Père.

        La parabole du Fils prodigue révèle le plus extrême de l’amour du Père pour nous, un amour qui se fonde, qui s’enracine même dans l’amour qui unit Jésus à Son propre Père. Oui ! Jésus est Fils par nature du Père, et partage tout avec Lui. Mais s’Il S’est incarné, c’est bien pour faire de nous des fils par adoption, pour nous révéler que, comme Lui, nous recevons la plénitude de l’amour du Père.

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Début du triode de carême Saint-Prix janvier 2018

Nous sommes entrés dimanche dernier dans le Triode de carême. Le Grand carême est précédé de cinq dimanches qui le préparent. Le dimanche de Zachée a été le premier de ces cinq dimanches. Demain ce sera le dimanche du Publicain et du Pharisien. Chacun des Evangiles de ces dimanches met l’accent sur un ou plusieurs types d’efforts que nous sommes appelés à fournir pendant cette période, pour nous préparer à fêter dignement la Résurrection du Christ. Mais la Résurrection est également commémorée tous les dimanches. Il serait donc souhaitable que nos efforts soient permanents. Les différents carêmes, répartis sur toute l’année liturgique, sont des rappels, sont des incitations à s’en souvenir.

Le pauvre Zachée, dont il a été question, souffre de trois handicaps – un handicap physique, qui peut sembler anecdotique : il est vraiment petit de taille, ce qui dans le cas de Zachée a pourtant de l’importance. Il souffre d’un handicap moral – il éprouve un sentiment latent de culpabilité, et il souffre en plus d’un handicap social, conséquence de sa culpabilité : il est détesté par les habitants de Jéricho, parce qu’il est un collecteur d’impôts, un collecteur malhonnête qui détourne une partie de l’argent collecté. Et il est aussi un traître, un collaborateur au service des Romains pour qui il prélève ces impôts. Mû par la curiosité, Zachée veut voir le Christ. Il surmonte son premier handicap, il n’a pas peur du ridicule et grimpe sur un arbre. Nous sommes incités à faire preuve de la même curiosité, ne serait-ce qu’en lisant les Ecritures. Rien n’empêche de consulter également des ouvrages spirituels écrits par des Pères de l’Eglise ou des auteurs contemporains. Et nous sommes incités aussi à ne pas avoir honte de notre foi, à l’assumer dans une société qui n’est plus vraiment chrétienne et où la foi est souvent ridiculisée.

Quand le Christ remarque Zachée sur son arbre, Il S’invite chez lui. Zachée est complètement retourné par l’honneur qui lui est fait, honneur qu’il est conscient de ne pas mériter. Il se repent, et promet de se corriger et de réparer tous les torts qu’il a eus envers les gens qu’il a volés. Son sentiment de culpabilité va s’envoler. En langue d’Eglise, il s’est converti, il s’est tourné vers Dieu. Zachée règle aussi le problème de son handicap social. L’on peut supposer que sa conversion et le remboursement de l’argent qu’il avait détourné aura au moins augmenté sa popularité.

Nous avons un certain nombre de points communs avec Zachée. Comme pour lui, Dieu fait toujours le premier pas vers nous, nous sommes invités, sans que nous le méritions. Nous refusons souvent de le remarquer, parce que cela ne nous arrange pas, parce qu’il faudrait modifier notre mode de vie. Nous sommes ici, cela signifie que nous répondons partiellement à l’invitation de Dieu. Mais notre baptême, notre fréquentation des offices, ont-ils changé notre vie, comme la rencontre de Zachée, le futur premier évêque de Césarée, comme sa rencontre avec le Christ a changé la sienne ? Répondons honnêtement à cette question.

Notre handicap à nous, c’est notre état de pécheurs, et de pécheurs en connaissance de cause, même si nous n’allons pas jusqu’à suivre l’exemple du Publicain, encore un collecteur d’impôts, qui se sent tellement coupable qu’il n’ose entrer dans le Temple pour y prier. Mais nous pouvons être aussi des pécheurs qui s’ignorent, ou qui préfèrent ignorer leur état, si nous estimons que nous sommes plutôt meilleurs que la moyenne, parce que, comme le Pharisien de l’Evangile de demain, il nous semble que nous faisons tout à peu près comme il faut : nous fréquentons les offices, nous ne volons pas, nous évitons de faire du mal à notre prochain et pratiquons ainsi l’autosatisfaction, aux antipodes de l’humilité préconisée par le Christ, comme condition à l’entrée au Royaume.

Les situations de Zachée, comme celles du Publicain et du Pharisien, peuvent sembler éloignées des nôtres. Elles ne le sont pas tant que cela. En proposant ces extraits de l’Evangile, l’Eglise nous appelle à prendre conscience de notre état de pécheurs, à fournir des efforts pour nous rapprocher le plus possible de la perfection que Dieu attend de nous. Elle nous appelle à réparer les torts que nous avons eus envers notre prochain. Elle nous appelle aussi à prendre conscience qu’il nous faut laisser l’Esprit agir en nous. Nos péchés chassent régulièrement le Roi céleste, le Consolateur, que nous avons reçu après notre baptême, au moment de la chrismation. Sa présence en nous est renouvelable à chaque confession des péchés qui L’ont chassé.

Profitons de la période de préparation au carême et du carême lui-même pour opérer un retour vers Dieu, utilisons ce temps et les possibilités que nous offre l’Eglise pour nous convertir.

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Modifications en Mars : consulter le calendrier à la rubrique « calendrier »

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Début du carême de Noël 11/2017

            Nous sommes entrés mardi dernier dans la période du carême de Noël, période de préparation spirituelle qui s’appuie sur une ascèse physique. Il est souvent dit que les efforts matériels sont secondaires, et que les efforts dans le domaine spirituel, eux, priment sur tout le reste. Sur quoi devrions nous alors faire porter nos efforts en priorité ?

           Nous sommes tous sous l’emprise potentielle ou effective du démon, nous sommes tous atteints par des maladies spirituelles que nous devons combattre. Ces maladies que les Pères de l’Eglise appellent « passions », et dont nous sommes les victimes le plus souvent consentantes, seraient au nombre de huit. Nous allons en évoquer six qui concernent tout le monde : l’orgueil, l’avarice, terme réducteur pour ce que les Pères appellent la philargirie, la tristesse, la colère, la crainte et l’acédie.

           L’orgueil, et l’amour égoïste de soi, sont à la source de toutes les autres passions, de toutes les autres maladies spirituelles. L’orgueilleux s’estime et s’admire lui-même. Il attend les louanges des autres. Il a la prétention de tout savoir et est incapable de voir ses propres défauts. Il s’attribue les mérites de ses qualités, oubliant qu’elles viennent de Dieu. Il juge son prochain en permanence. Il recherche la vaine gloire. Il est fier des biens matériels qu’il possède. Il est fier de sa beauté ou de ses capacités intellectuelles ou artistiques. L’orgueil, c’est le désir d’être vu, considéré, estimé, honoré, flatté par les autres. C’est également l’amour du pouvoir, la volonté de domination, la recherche d’une situation ou d’un rang social plus élevé. C’est aussi le désir d’être admiré pour son ascèse, pour ses vertus. « Dès que l’homme se glorifie de ses vertus, il cesse aussitôt d’être vertueux » – rappelle Saint Jean Climaque. L’orgueilleux, enfin, se croit et se sent supérieur aux autres, il rabaisse son prochain, le méprise, le juge, le critique. Et il ne croit qu’en ses propres forces.

         La philargirie est l’attachement à l’argent et à toutes les formes de richesse – matérielle, intellectuelle ou même spirituelle. Elle est jouissance de la possession, volonté de conserver ses biens à tout prix, réticence à partager quoi que ce soit, volonté de posséder davantage, avidité, envie, convoitise, cupidité, avarice. Les Evangiles mettent souvent en garde contre les dangers de la richesse. Pour être sauvé, le riche, que ce soit sur les plans matériel, intellectuel ou spirituel doit partager et il ne doit pas être obsédé par sa richesse.

         La tristesse qui fait pleurer l’homme conscient de ses péchés, de son éloignement de Dieu est un bien. Elle est même nécessaire à son salut. La tristesse causée par la perte de biens matériels, l’insatisfaction des désirs dans tous les domaines non spirituels est une passion.

         La colère-vertu a été donnée à l’homme pour l’aider dans sa lutte contre les tentations et contre les forces du Malin. La colère devient une passion quand elle est détournée de sa fonction première, quand elle est retournée contre le prochain et parfois même contre Dieu. La colère-passion regroupe toutes les manifestations d’agressivité, rentrées ou ouvertes : le ressentiment (c’est-à-dire la colère entretenue), la rancune, la haine, l’hostilité, l’inimitié, la méchanceté, la mauvaise humeur, la manifestation de son irritation, les moqueries, l’ironie, la volonté de nuire à son prochain, la joie mauvaise (quand on se réjouit du malheur de quelqu’un), le manque de compassion, quand on ne partage pas la tristesse de son prochain à qui il est arrivé un malheur, et enfin, le refus de partager le bonheur d’un autre.

          La crainte, la crainte de Dieu, primaire, quand c’est la crainte du châtiment divin, ou la crainte de Dieu supérieure, quand c’est la crainte d’être séparé de Lui, de L’avoir contrarié, cette crainte est une vertu. La crainte-passion est le résultat d’un manque de foi. Elle est le signe d’un trop grand attachement au Monde, à la vie matérielle. Elle se manifeste par la peur, l’anxiété, l’angoisse. La crainte de la douleur, conséquence de la chute d’Adam, est naturelle et n’est pas répréhensible. Le Christ, totalement homme (sauf pour ce qui est du péché) a éprouvé de l’angoisse avant Sa Passion.

         L’acédie, enfin, est un état de paresse, d’ennui, de dégoût, de lassitude, d’abattement, de découragement, de nonchalance, de négligence, de laisser-aller et de tristesse. C’est une insatisfaction vague et générale que rien de précis ne motive. Cette passion est dangereuse parce qu’elle rend mou et sans courage, en particulier dans le domaine des efforts spirituels. « A quoi bon faire des efforts, puisque de toutes façons je n’y arriverai pas », … dit et pense celui qui est atteint par cette passion. Elle rappelle la tiédeur fustigée dans les Evangiles. Cette passion est répandue de nos jours, en tout cas dans les pays riches.

           Voilà au moins six domaines dans lesquels nous sommes appelés à faire des efforts. Ceux qui disent que les efforts matériels sont moins importants que les efforts spirituels ont raison, mais l’ascèse physique et la prière, soutiennent les efforts spirituels, qui eux sont bien plus difficiles à fournir. Et lorsque nous négligeons l’ascèse physique, accordons-nous réellement la priorité aux efforts spirituels. Nous sommes habituées à nos passions, à nos maladies spirituelles, et les trouvons même parfois confortables. Ne refusons pas l’aide de l’Esprit pour les chasser et demandons Lui de nous aider à les vaincre.

Classification et définitions adaptées à partir de l’ouvrage de Jean-Claude Larchet : Thérapeutiqe des maladies spirituelles

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Le « Notre Père » Saint-Prix,  janvier 2018

            Depuis le 3 décembre, catholiques et luthériens de France doivent remplacer dans le Notre Père, la formule : « Et ne nous soumets pas à la tentation » par : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation », et la majuscule est rétablie sur le mot « Mal », à la fin de la phrase : « 
mais délivre-nous du Mal ». L’idée est que l’ancienne traduction laissait à désirer par son imprécision, car une personne non avertie pourrait penser que Dieu serait à l’origine de la tentation, ce qui est évidemment impensable.

            Plusieurs tentatives d’introduction dans nos paroisses francophones de nouvelles traductions du Notre Père ont été faites. Dans la plupart des cas, elles ont échoué, et ont été le plus souvent abandonnées, car les fidèles n’ont pas suivi. Dans l’Eglise orthodoxe, même les décisions conciliaires n’aboutissent pas toujours à des changements, si ces changements n’ont pas été reçus et acceptés par le peuple, par les fidèles.

            Revenons à la question de fond. Il serait sans doute préférable de dire « ne nous laisse pas succomber à la tentation » pour éviter toute ambiguïté, mais, de toutes façons, la fin de la phrase, qui fait un tout avec ce qui précède, lève le doute : « ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Malin ». L’initiative est laissée par Dieu au Malin. Le Malin nous tente, comme il a tenté le Christ dans le désert. La formule utilisée dans toutes les traductions en usage de l’Evangile de Matthieu est claire. Dans la version de la TOB, il est écrit : « Jésus fut conduit par l’Esprit au désert, pour être tenté par le diable ». La traduction de Louis Second, en usage dans le monde protestant francophone, ne dit pas autre chose : « Jésus fut emmené dans le désert pour être tenté par le diable ». Ce n’est pas l’Esprit qui tente le Christ, mais c’est Lui, l’Esprit, qui de fait, laisse le diable tenter le Christ. La formulation « ne nous soumets pas à la tentation » est donc acceptable, même si elle peut sembler ambiguë à une oreille non avertie.

             Comme le Christ-homme, nous sommes libres de succomber aux tentations du Malin ou de ne pas le faire. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il a été créé complètement libre, libre d’obéir à Son Créateur, mais également libre de succomber à la séduction du Tentateur.

            Dans notre société occidentale, toutes religions confondues, l’on ne croit, malheureusement plus, aux forces du Malin, l’on ne croit plus en l’existence du démon. « L’homme se croit civilisé et cultivé, en souriant quand on parle du démon, mais c’est ainsi qu’il en devient le jouet » – a écrit le père Cyrille Argenti.

            Pour des raisons d’efficacité pédagogique, l’Eglise indivise, en Orient, comme en Occident a laissé représenter le démon sous la forme d’un être horrible et laid. Dans le deuxième exorcisme du baptême, il est demandé au démon de se retirer du catéchumène, de se retirer de celui qui va être baptisé. Le célébrant s’adresse à « l’esprit étranger, à l’esprit malin (c’est-à-dire intrinsèquement mauvais et diaboliquement intelligent), à l’esprit impur, fétide (c’est-à-dire nauséabond, qui sent mauvais) et l’auteur de l’office ajoute « qui inspire le dégoût ».

            Le problème est que le démon inspire rarement le dégoût. Le Malin n’est horrible et laid, le Malin n’est repoussant que pour les saints, pour ceux qui, par leur foi, par leur vie, sont plus proches de Dieu que nous. Cette proximité leur permet de percevoir la laideur spirituelle du démon, laideur que nous ne percevons pas. Tous les anges créés par Dieu, ne peuvent qu’être beaux, même s’ils sont laids spirituellement, comme les anges déchus.

            En langue moderne, le démon est un être toxique. Dans la vie de tous les jours, ceux dont on dit qu’ils sont toxiques, sont des personnes intelligentes, séduisantes, manipulatrices, qui divisent et dont l’influence est addictive. C’est la définition du démon, à ceci près que les victimes de personnes toxiques finissent en général par s’en rendre compte et essaient alors d’échapper à leur emprise. Mais le démon, être immatériel, ange déchu, est beaucoup plus fin, bien plus intelligent et séduisant. Son action est moins perceptible que celle de l’être humain. Ses victimes, nous tous, avons tendance à ignorer l’emprise que le Malin exerce sur nous.

            Les tentations sont d’autant plus malignes, d’autant plus dangereuses, que le mot « tentation » est associé aux notions de satisfaction et de plaisir, qui en font oublier les conséquences. A l’inverse, les efforts que nous devrions fournir pour ne pas succomber aux tentations sont le plus souvent pénibles. Et que dire des multiples addictions, dont nous ne sommes même pas toujours conscients ?

            Le « démon est partout comme un lion rugissant qui rôde, cherchant qui dévorer »- a écrit l’apôtre Pierre à la fin de sa première épître. L’image est belle, mais elle peut nous faire baisser la garde. Le lion qui cherche une proie avance à visage, à gueule découverte. Dans la plupart des cas le Malin, lui, avance masqué. Soyons donc vigilants.

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Dimanche des ancêtres   Saint-Prix 12/2017

         « Heureux qui prendra part au repas dans le Royaume de Dieu », dit un convive au cours d’un repas de sabbat chez un dignitaire pharisien. Le Christ lui répond par la parabole des invités qui refusent l’invitation et sont remplacés par des pauvres. La parabole est toujours actuelle. La liturgie est une anticipation du Royaume, Royaume si souvent symbolisé par un repas dans les Evangiles. L’achat d’un champ, ou de cinq paires de bœufs, ne sont plus vraiment d’actualité et ne s’appliquent guère à nous. Mais ils peuvent être aisément remplacés par toutes les raisons que nous pouvons invoquer quand nous déclinons l’invitation qui nous est faite de participer à une liturgie.

          En privilégiant cette parabole, que tout le monde connaît et qui ne demande pas vraiment d’explications, l’on omet souvent les recommandations du Christ qui la précèdent.

           Avant le repas, le Christ avait commencé par guérir un malade et l’avait renvoyé chez lui. A ceux qui avaient assisté à la guérison, tout en gardant un silence réprobateur, parce que la guérison était faite le jour du sabbat, le Christ demande ce qu’ils auraient fait si leur fils ou leur bœuf était tombé dans un puits. Il n’obtient pas de réponse, tant les invités sont gênés, sachant qu’ils auraient alors tous enfreint les règles du sabbat. Pour être juste, il convient de préciser que lorsqu’il y a danger pour la vie, les règles du sabbat passent au second plan dans le judaïsme contemporain. Et c’était probablement aussi le cas à l’époque du Christ qui, Lui, met l’accent sur la priorité de l’amour du prochain sur tout le reste, même quand une vie n’est pas mise en danger.

            Remarquant ensuite que les invités choisissent spontanément les meilleures places, le Christ ajoute une leçon d’humilité – Il avertit ceux qui se mettent en avant : ils risquent une humiliation, si le maître de maison leur demande de s’effacer et laisser la place à quelqu’un d’autre, à quelqu’un de plus important. « Tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé » – est-il écrit dans ce passage de l’Evangile de Luc. Dans l’Evangile de Matthieu, il est dit que « les premiers, – en fait ceux qui veulent être les premiers, seront les derniers ». Et le Christ ajoute : « Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur, et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner Sa vie en rançon pour la multitude ».

           Les Pères de l’Eglise affirment que l’humilité est une condition incontournable pour entrer au Royaume. N’oublions pas que c’est l’orgueil, le manque d’humilité, qui est à l’origine de la chute du premier homme.

            Revenant enfin sur l’amour désintéressé du prochain, le Christ conseille au maître de maison « d’inviter plutôt les pauvres, les estropiés, les aveugles », parce qu’ils ne pourront rendre l’invitation, contrairement aux amis, aux proches et aux riches voisins. Les propos rapportés par l’évangéliste Luc au chapitre 6 de son Evangile sont encore plus explicites : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs en font autant. (…) Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour ». Et comme le Christ connaît notre faiblesse Il ajoute : « Alors votre récompense sera grande, et vous serez les Fils du Très-Haut, car Il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants ». En fait, la récompense réside dans l’acte lui-même.

            Dans ce chapitre 14 de l’Evangile de Luc, le Christ S’attaque d’abord au formalisme, quand la pratique de la loi prend le pas sur l’amour du prochain. Le Christ pourfend ensuite l’orgueil, quand on recherche spontanément les honneurs. Il dénonce, enfin, la bonne action faite par intérêt, quand on espère une récompense ou un retour.

             Dans une autre parabole, celle dite « du serviteur inutile », le Christ précise que nous devons faire le bien, non pour en tirer une quelconque gloire ou récompense, mais parce que c’est tout simplement notre devoir, parce que c’est ce que nous devrions faire naturellement, sans même réfléchir.

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 Ep. 5, 9-19 Lc 12, 16-21

           L’Evangile et l’épître d’aujourd’hui se complètent. Dans l’extrait de l’épître aux Ephésiens, l’apôtre Paul exhorte ses lecteurs, et nous exhorte, à vivre en « enfants de lumière ». Le thème de la lumière revient souvent dans les Evangiles. Et des saints, comme saint Séraphim de Sarov sont passés par des phases de transfiguration – la lumière immatérielle qui émanait d’eux était le signe de leur proximité avec Dieu. Les cas de transfiguration sont très rares et réservés au Christ et à quelques saints, mais il existe d’autres formes de lumière, moins spectaculaires, qui ont aussi leur importance. Dans la langue de tous les jours, lorsqu’on dit que quelqu’un ou un événement a illuminé notre journée, cela signifie que nous avons éprouvé une grande joie, une forme de bonheur. Les apôtres Pierre, Jacques et Jean ont éprouvé un bien-être extraordinaire quand ils ont été illuminés au moment de la Transfiguration du Christ.

          « Les fruits de la lumière », – écrit l’apôtre Paul, sont la bonté, la justice et la vérité ». Les chrétiens sont appelés à apporter cette lumière à leur prochain. Etre juste en langue d’Eglise, c’est observer les règles de vie qu’induisent les Ecritures, les règles qu’induit la Vérité, apportée par le Christ. La bonté au quotidien, la bienveillance permanente, concrétisées en paroles, et surtout en actes, illuminent le monde déchu dans lequel nous vivons, elles peuvent inonder de bonheur ceux qui la reçoivent, comme ceux dont elles émanent.

           « Si l’Eglise, au lieu de prétendre administrer des preuves philosophiques de l’existence de Dieu cherchait davantage à témoigner de la présence du Dieu vivant dans Sa vie et celle de Ses membres, (c’est à dire de nous) le monde athée lui prêterait une oreille plus attentive » a dit le Père Cyrille Argenti. Il ajoute : « Un culte qui ne transforme pas notre vie n’est qu’hypocrisie. » (…) « L’orthodoxie ne doit pas être une étiquette confessionnelle, mais une réalité existentielle. (…) Il n’y a pas d’orthodoxie sans orthopraxie ». Plus simplement, la foi et les œuvres sont indissociables. « Il ne suffit pas de Me dire : « Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de Mon Père qui est aux cieux » – a dit le Christ à Ses disciples.

            Dans la parabole du riche insensé l’accent est mis sur la priorité du spirituel sur le matériel. Le Christ ne dit pas que le matériel n’a aucune importance, mais qu’il vaut mieux se soucier du Royaume. Les biens amassés, le confort de vie sur terre, ne seront d’aucune utilité dans l’autre-monde, où ils ne pourront être emportés par celui qui les a acquis. Et le p. Cyrille Argenti, encore lui, ajoute que ce n’est pas la réussite que le Christ a offerte à Ses disciples, mais la Croix ».

           Quand les préoccupations d’ordre matériel prennent le pas sur tout le reste, en particulier sur la relation avec Dieu, c’est un très mauvais calcul – la durée d’une vie, même si l’on meurt centenaire est infiniment, ridiculement courte, comparée à l’éternité. Aussi difficile que cela puisse paraître, être « enfant de lumière » est une tache extrêmement difficile, car cela demande que nous allions contre notre penchant naturel à penser d’abord à nous-mêmes. Le rôle du chrétien, de « l’enfant de lumière » est d’illuminer le monde, de l’éclairer. Il est donné à tout le monde, à un moment de sa vie, d’illuminer inconsciemment son prochain, non par la pratique des bonnes œuvres, comme on le pense souvent, mais par un état de rayonnement intérieur, propre à ceux qui, ne serait-ce que quelques instants, s’oublient pour accorder, véritablement et sans calcul, la priorité à leur prochain. Et, encore une fois, l’illumination inonde de bonheur celui qui la reçoit, comme celui dont elle émane.

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Parabole du riche et de Lazare   05/11/ 2017

         La parabole du riche et de Lazare est moins claire qu’il n’y paraît. Elle n’est pas, tout d’abord, une condamnation de la richesse matérielle, même si le Christ met souvent en garde contre ses dangers. La richesse est condamnable lorsqu’elle a été acquise de façon malhonnête ou quand elle est le résultat de l’exploitation d’autrui. Elle est dangereuse sur le plan spirituel quand sa recherche devient obsessionnelle. Toutes les formes de richesse – matérielle, intellectuelle ou physique peuvent devenir des obstacles à la progression spirituelle.

         La parabole du riche et de Lazare n’est pas non plus une illustration de l’incommunicabilité entre le monde dans lequel nous vivons et le Royaume auquel nous aspirons, et elle n’est certainement pas un argument contre les prières pour les défunts que l’Eglise nous propose. Nous prions pour ceux qui nous ont quittés et eux prient pour nous. L’Eglise est constituée par les vivants et les défunts qui sont tout aussi vivants, mais autrement. Vivants et défunts sont associés au cours de la proscomédie, la première partie de la liturgie, quand les fidèles viennent lire leurs dyptiques. Le célébrant prélève des parcelles dans les prosphores qu’ils apportent pour les déposer devant l’Agneau sur la patène. A la fin de la liturgie, le prêtre demande à Dieu d’effacer les péchés de tous ceux qui ont été mentionnés à la proscomédie.

         La parabole du riche et de Lazare ne signifie pas davantage que les riches sont nécessairement mauvais et que les pauvres sont systématiquement bons. La pauvreté peut, malheureusement, rendre parfois des gens mauvais, même si elle est alors une circonstance atténuante.

         S’il ne s’agit pas d’une condamnation de la richesse a priori, s’il ne s’agit pas d’un message destiné à bien séparer les vivants des défunts qui prient les uns pour les autres, de quoi est-il question ? Dans la parabole, il est question de la foi et de ce sur quoi elle se fonde. La foi est une certitude qui ne s’appuie pas sur des preuves matérielles. Sinon, elle ne serait pas la foi, mais une constatation. Les miracles ne sont jamais des preuves de l’existence de Dieu pour ceux qui ne croiraient pas. Ne serait-ce que parce que ces miracles sont peu nombreux. Tous les malades ne guérissent pas, malgré les prières de ceux qui demandent leur guérison. Encore moins de morts ressuscitent, et ce n’est alors qu’un sursis – Lazare, l’ami du Christ ressuscité par Lui, avant la Passion, a fini par mourir une trentaine d’années plus tard en Crête, dont il était devenu l’évêque, et de mort naturelle, contrairement à beaucoup de disciples, morts en martyrs. Les miracles les plus discrets, comme les plus spectaculaires, sont rarement des déclencheurs de foi pour ceux qui ne veulent pas croire, même lorsqu’ils en ont été les témoins. Le riche de la parabole avait cinq frères, et il aurait voulu que Lazare revienne sur terre pour les avertir de ce qui les attendait s’ils persistaient dans leur erreur et continuaient de vivre comme lui, le riche, avait vécu. Mais il n’y aurait eu que très peu de chances que les frères du riche croient Lazare et se convertissent.

         Dieu a créé le premier homme à Son image, Il l’a créé libre. Les descendants d’Adam, que nous sommes, avons conservé cette liberté. Nous sommes libres de croire ou ne pas croire. L’homme qui ne veut pas croire trouvera toujours une explication plus ou moins rationnelle à un miracle. Dieu ne force pas la main de ceux qui ne veulent pas de Lui. Il respecte leur liberté. La foi de l’homme qui veut croire, en revanche, est acceptée par Dieu. « Je crois, viens au secours de mon incrédulité » a dit le père d’un enfant que le Christ allait guérir. Les portes du Royaume sont ouvertes par la mansuétude divine, par la foi de l’homme ou tout au moins le désir d’acquérir la foi, par l’humilité et l’amour du prochain.

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Résurrection d’un jeune homme à Naïn

Le mot « mystère » a deux sens qui découlent l’un de l’autre. Le premier sens est associé à toute intervention divine, à l’intervention invisible de l’Esprit au moment où les sacrements sont dispensés et au cours de la liturgie. Le second sens, plus courant met l’accent sur la notion de secret, puisque toute intervention divine est rarement perceptible par le commun des mortels et est inexplicable selon nos critères humains. L’adjectif « mystérieux » signifie alors « que l’on ne peut expliquer ». Nous ajouterons que c’est précisément là qu’intervient la foi qui permet d’accepter et d’adhérer à ce que l’on est, en général, incapable de comprendre. Au début du chapitre 11 de son épître aux Hébreux, l’apôtre Paul écrit que « la foi est une manière de posséder déjà ce que l’on espère et un moyen de connaître des réalités que l’on ne voit pas ».

En russe comme en français l’ambigüité linguistique du mot mystère et de ses dérivés est complète. Une des conséquences de cette ambigüité est la dérive courante dans le monde orthodoxe, en particulier dans le monde orthodoxe russe, où très souvent, les prières dites « secrètes », les prières « mystérieuses » sont lues en catimini par le clergé derrière l’iconostase. Le contre-sens est total, et là où ces prières ne sont pas lues à haute voix, l’assemblée est en partie privée d’une belle leçon de théologie. De nos jours, ce n’est pas si grave, les fidèles qui ne peuvent entendre ces prières peuvent toujours les lire avant les offices. Tout le monde sait lire. Et même en Russie, il est de plus en plus courant que les micros restent branchés pendant ces lectures et les retransmissions télévisées des offices permettent à tout le monde de les entendre.

Le mystère est lié à la foi. Nous devons admettre qu’il nous est impossible de tout comprendre. Nous ne devons pas reproduire la faute d’Adam qui, par orgueil, a voulu tout comprendre par lui-même, sans passer par Dieu. Et même en passant par Dieu, il y a des choses que l’on ne comprend pas. L’Evangile d’aujourd’hui met en évidence ce mystère. Le Christ croise une procession funéraire et est pris de pitié pour la veuve qui a perdu son fils unique. Il ressuscite le jeune homme. Plusieurs questions se posent. Quels ont été les critères de choix pour les guérisons que le Christ a opérées, pourquoi a-t-il fait revenir ce jeune homme à la vie et pas tous les autres, qu’Il n’a pas manqué de croiser ? La notion de mérite étant absente dans les Evangiles, la réponse à ces questions est tout, sauf évidente. C’est là qu’interviennent la foi, et l’acceptation du fait qu’on ne peut tout comprendre.

 A la question « pour quelles raisons les Juifs doivent-ils observer 613 commandements – 365 commandements négatifs ou interdits et 248 obligations ou commandements positifs », le rabbin de la synagogue de la Place des Vosges a répondu que, si une partie de ces commandements était le résultat d’une certaine logique, ce n’était pas le cas de certains autres, mais qu’il fallait tous les observer et que la compréhension complète viendrait dans l’autre monde. D’autres rabbins ajoutent que l’effort permanent que représente l’observance de ces lois apporte sa récompense et son bonheur dans leur accomplissement.

Le Père Cyrille Argenti va dans le même sens quand il dit que « dans les moments difficiles, quand on ne sait ni ne sent plus ce qui est vrai ou faux, ce qui est bien ou mal, les commandements sont alors la seule chose qui nous reste. Ce sont eux qui dans l’obscurité permettent de garder le cap ». Il est évident que les commandements dont parle le p. Cyrille sont le Décalogue – les dix commandements, et ceux qui découlent des Béatitudes.

Nous pouvons reprendre ces raisonnements et ces conclusions à notre compte. C’est cela la foi. Nous ne comprendrons sans doute jamais pourquoi des enfants naissent avec des handicaps, pourquoi certains d’entre eux ont été et continuent d’être tués dans des conflits. Nous ne comprendrons sans doute jamais pourquoi le malheur semble s’abattre plutôt sur les pauvres, pourquoi les riches semblent préservés, pourquoi la maladie frappe plutôt certains que d’autres. Le Christ a en partie répondu à l’avance à cette dernière question en disant que ce n’était pas une punition, que ce n’était pas la faute des parents, mais Il n’est pas allé plus loin dans Sa réponse. Nous avons le choix entre une révolte naturelle et la foi en la mansuétude divine. C’est la foi qui peut permettre, à la longue, de dépasser la révolte.

Il arrive que nous ne comprenions que beaucoup plus tard pourquoi une prière, qui apparaît comme étant raisonnable, semble ne pas avoir été entendue. Des justes ont obtenu des réponses à toutes ces questions grâce à leur maturité spirituelle, grâce à leur appartenance à Dieu, grâce à la proximité qu’ils ont eue avec Lui. Le mot « Saint » signifiant « qui appartient à Dieu ». Nous obtiendrons peut-être certaines réponses en ce monde, mais nous n’aurons la réponse à toutes les questions qu’après notre passage dans l’au-delà.

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Les démons et l’Esprit   Lc IV, 31-36

En chaque être humain coexistent l’Esprit, à qui nous demandons de faire Sa demeure en nous, et les forces du Malin. Chaque être humain a en lui le germe de l’Esprit Saint qui prend possession de celui qui accepte de Le recevoir. C’est ce qui se passe au cours du sacrement de baptême. Le célébrant exorcise le futur baptisé, dont il chasse les forces du Malin qui l’habitent, et l’Esprit prend ensuite toute la place au moment de la chrismation. Le problème est que notre vie d’après le baptême est marquée par une lutte permanente – nous avons constamment des choix à faire. Or les bons choix exigent des efforts, alors que les mauvais n’en demandent pas.

Dieu nous laisse entièrement libres. Quand Il nous suggère les bonnes décisions, Sa voix est discrète, et nous n’avons pas toujours envie de l’entendre. En revanche, les forces du Malin n’ont pas les mêmes scrupules et font tout pour nous séduire et reprendre, avec notre complicité, la place qu’ils ont perdue le jour de notre baptême, puis à chacune de nos confessions. Leur voix, elle, n’a rien de discret et nous l’écoutons avec intérêt. Sans l’aide de l’Esprit, le combat est perdu d’avance. Nos armes sont notre imprégnation par la Parole, le recours à la confession de nos péchés, la prière, et la communion aux saintes Espèces.

Dans le récit évangélique d’aujourd’hui, le Christ chasse un démon impur. Notre société réfute l’existence des anges et des démons. Nos tendances à faire le bien ou le mal seraient le résultat de l’activité de notre cerveau, et Dieu serait une invention destinée à nous tranquilliser. A ceux qui parlent d’opium du peuple et nient en bloc toute vie immatérielle, les Pères ont répondu à l’avance, en les comparant à des aveugles qui nieraient l’existence du soleil parce qu’ils ne le voient pas. Nous ne sommes pas tous aveugles sur le plan spirituel, mais nous sommes tous myopes, voire très myopes et sommes peu conscients de l’existence des anges – des bons, et des mauvais – des anges déchus, et des forces du Malin.

L’action de l’Esprit, doublée par celle de notre ange spécifique qui nous est attribué par Dieu, ne peut s’exercer qu’avec notre assentiment, même s’il arrive que nous bénéficiions de coups de pouce que, par ignorance, nous attribuons au hasard.

L’Eglise propose deux prières à l’ange gardien qui sont très claires :

« Ange de Dieu, mon saint Gardien, envoyé du ciel pour me protéger, je te prie avec ferveur : éclaire-moi aujourd’hui, et garde-moi de tout mal, instruis-moi dans la pratique du bien, et conduis-moi dans le chemin du salut, amen.

« Ange Saint, toi qui veilles sur mon âme misérable et sur ma pauvre vie, n’abandonne pas le pécheur, la pécheresse que je suis, et ne t’éloigne pas de moi à cause de mon intempérance. Ne permets pas au malin démon de dominer sur moi, par l’asservissement de mon corps mortel. Garde ma main faible et sans force et conduis-moi sur la voie du salut. Oui, Saint Ange de Dieu, gardien et protecteur de mon âme misérable et de mon corps, pardonne-moi de t’avoir affligé tous les jours de ma vie jusqu’à cette heure.Couvre-moi pendant la nuit présente, garde-moi de toute embûche de l’ennemi afin que je n’irrite pas Dieu par une quelconque faute. Prie le Seigneur de m’affermir dans Sa crainte et de faire de moi un serviteur digne de Sa bonté. Amen ».

Pour résumer, nous avons besoin de l’aide de l’Esprit et, pour cela, de l’intercession de la Mère de Dieu, de notre Ange Gardien, des saints, des vivants et des défunts qui prient Dieu pour nous. Et pour ne pas encourir les foudres de nos frères protestants, soyons bien conscients que l’aide vient du seul Esprit qui répond aux prières, aux nôtres et à celles de ceux qui intercèdent pour nous.

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